OIE ET CYGNE
ne couve pas. » Puis était venue l'idée d'appliquer à la neige le nom de manteau de Sainl-Marlin •; Je me résume en attribuant à l'oie la fonction, oubliée aujourd'hui, de déterminer à peu près les trois points saillants de l'hiver : le commencement, le milieu et la fin. Tout cela un peu flottant, j'en conviens; mais tenons compte des divers pays où ces points avaient été fixés, avec leurs différences de climats (terrestres ou marins, sous une même latitude), et des variations que les saisons auront pu subir en diverses contrées depuis mille ans. Les défrichements, les modifications de la chaleur atmosphérique dans notre hémisphère ne sauraient manquer d'y avoir eu bien de l'influence; sans compter que les nations du Nord amenées sous notre ciel par les invasions du ve siècle et du xe, ont dû osciller assez longtemps entre le calendrier qu'elles apportaient de leur ancien séjour et celui qui convenait à leurs nouveaux établissements. Par exemple chez les Scandinaves, le 6 janvier passait pour le milieu de l'hiver (midr vetr) , et signalait conséquemment la reprise de l'ascension du soleil sur notre horizon *.
Maintenant que ce symbole a reçu son développement, peut-être serait-ce le cas de revenir sur le cygne dont nous avons plus d'une fois rappelé la parenté avec l'oie (sous le genre anas). J'ai accordé précédemment à l'opinion commune, que le cygne indiquait l'amour de la solitude3, mais je me réservais un retour sur cette opinion accréditée depuis trois ou quatre siècles. Après avoir établi une autre base dans l'article actuel, n'ai-je pas le droit de l'étendre jusqu'à l'autre oiseau? Défait saint Rigobert, archevêque de Reims, est gratifié indifféremment de l'oie ou du cygne; et ceux qui lui donnent ce dernier veulent avec l'école moderne, que cela indique son retour à la vie religieuse lorsqu'il abandonna son siège épiscopal après avoir encouru la disgrâce de Charles Martel. Cependant tous les autres saints que je trouve accompagnés d'un cygne pourraient, sans grand effort, être rattachés au sens que l'oie nous a montré constamment. Car leurs fêtes autorisent à voir dans cet emblème un indice de l'hiver en pleine vigueur, ou près de finir son cours. Tels sont (Cf. Cygne) saint Cuthbert, 20 mars; saint Hugues de Grenoble, 1er avril; et même saint Hugues de Lincoln, 17 novembre. Cependant pour ce dernier, Surius (h. rf., § 10 et 29) cite un contemporain qui parle d'un cygne très-familier avec le saint chartreux; au point que l'oiseau plongeait son cou dans la manche du prélat, en manière de caresse.
Ce n'est pas qu'on ne puisse m'opposer quelque exception; et sans les prévoir toutes, je répondrai à deux ou
Saint Hugues de Lincoln.
trois qui sembleraient triomphantes tout d'abord.
Sainte Amalberge, par exemple, a des oies dans sa
légende4; et sa fête se célèbre au mois de juillet. Pour
1 . Eu plusieurs villages de la Normandie, lorsqu'il neige on dit aux enfants que la sainte Vierge plume des oies.
2. Les Goths et les Germains, comme les Danois et les Norvégiens dont ils semblent avoir partagé bien des pratiques, fêtaient alors le retour du soleil fou du moins le résultat sensible de cç phénomène). Peut-être les Varangues ou les Slaves avaient-ils introduit cette coutume à Constantinople, où Constantin Porphyrogénète {De cere-
moniis, Bonn., t. II, p. 224, 357-3G0) laisse apercevoir la trace de ces réjouissances dans la célébration de 1'Kpiphanie.
3. Dans le Correspondant du mois de janvier 180G, j'ai remarqué que chasser te cygne blanc paraît être une expression celtique pour dire cherelwr la gloire, la liberté, le repos. Cf. supra, p. .r>82, note 4.
4. Cf. AA. SS. lut., t. III, p. 98, sq. Encore ne serait-il pas impossible que cette expulsion des oies sauvages qui ravageaient le
OIE
OISEAUX
éviter ce mauvais pas il n'est point nécessaire de recourir à trop d'artifice; faisons tout simplement observer que cette sainte est souvent confondue avec son homonyme du 21 novembre; or cette fois nul ne dirait qu'il ne s'agisse pas de l'hiver l, car je ne voudrais pas répondre que je n'aie jamais confondu moi-même l'une des deux Amalberges avec l'autre. Les Bollandistes y ont trouvé bien' des embarras*, malgré leur expérience et le nombre des matériaux dont ils disposaient à la fin du xvne siècle.
11 y a aussi un saint Waldebert abbé de Luxeuil ( 2 mai, 655 ) dont on raconte une aventure merveilleuse avec les oies sauvages'. Mais outre que l'époque de sa fête ne dérangerait pas énormément les aperçus généraux qui dominent tout cet article, il faut savoir qu'on l'a échangé (entre autres) avec un saint Walbert de Meaux, frère de saint Faron (28'octobre), dont la translation se fêtait le 26 avril ; nous retombons donc sur la même excuse que tout à l'heure.
Non pas que je prétende écarter tout récit, contemporain surtout, qui ne cadrerait point avec ma théorie précédente; elle n'en subsiste pas moins dans bien des cas, et semble conserver une certaine valeur pratique quand même on la tiendrait pour exagérée.
Quant au canard proprement dit et à la sarcelle, je n'ai pas vu qu'ils fussent beaucoup allégués comme caractéristiques de saints. Mais on peut bien croire que ces congénères de l'oie auront vu leurs titres absorbés par l'autre. L'émigration des diverses tribus voyageuses du genre anas coïncident d'ailleurs sensiblement, pour qui n'y regarde pas de trop près.
OISEAUX
Assurément le titre que j'inscris ici après les oies, n'annonce pas de grandes prétentions à une méthode scientifique. J'avoue que le coq (et la poule), Y aigle, la colombe, le corbeau, la cigogne (et la grue), le faucon, le paon, le cygne et Y oie dont nous venons de parler, ont droit de prendre place parmi les ovipares à plumes. Mais cette fois, sous un nom plus général, je veux introduire les oiseaux petits et grands qui n'ont pas trouvé leur rang ailleurs ; soit parce qu'ils n'offrent pas de caractères généralement bien appréciés par le commun des hommes, soit parce que la légende les montre se groupant en bandes très-mêlées près de quelques saints.
Sans déroger donc aux articles inscrits en d'autres parties de ce livre, logeons à cet endroit bon nombre de
champ de notre sainte, fût une manière d'exprimer la troupe de démons qu'elle mit en fuite en se dérobant au\ poursuites de Charles Martel & travers la Hcsbaie. Cf. Ibid., p. 07.