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CHAPITRE Il

Technique.

Notre technique a été en général fort simple, et si nous en faisons un chapitre à part, c'est surtout pour exposer la méthode d'Ernst qui nous a rendu de grands services.

Les pièces étaient fixées et conservées dans l'alcool lorsque nous avons entrepris leur examen; nous avons donc également employé l'alcool pour la fixation du matériel nouveau (parathyroïdes, thymus, etc.), non seulement afin de suivre une technique comparable, mais aussi afin de nous placer dans les meilleures conditions pour certaines colorations ultérieures, et parce que, malgré la rétraction des tissus délicats, nous considérons l’alcool comme un des plus parfaits parmi les fixateurs généraux.

Les inclusions ont été faites dans la celloïdine.

La plupart de nos colorations sont à l’hématoxyline van Gieson; d’autres sont à l’hématoxyline-éosine ou acide picrique ; quelques-unes à l’orcéine, au Gram ou au Weigert.

Ces deux dernières méthodes de coloration nous ont été particulièrement atiles, d’abord pour faire ressortir les figures karyokinétiques, puis surtout pour mettre en évidence dans le corps des cellules les moindres traces de kératine.

Les colorations de Gram et de Weigert ont été simple-

ment érigées en méthode pour la kératine par Ernst, dans Herrenschmidt e

af

deux articles parus en 1896 et 1897 dans Zieglers Beiträge.

Voici comment : il s'agissait pour cet auteur de prouver la présence de la substance cornée qu’on soupçonnait dans un cas d’épithélioma pavimenteux des bronches. Il se souvint de la vive coloration violette que prennent par la méthode de Gram les couches superficielles de l'épiderme, et commença aussitôt une longue série d’expériences dans l'espoir d'en dégager un moyen par lequel on pourrait, même dans les cas pathologiques, reconnaître un tissu dérivé de l’ectoderme. Les résultats obtenus n’ont pas atteint la valeur générale qu'il souhaitait, mais il reste acquis que la méthode de Gram ou celle de Weigert, appliquée aux coupes d'un organe quelconque fixé par l'alcool, le liquide de Müller ou de Zenker (le formol est à éviter), colore en bleu violet les plus fines particules de kératine et de kératohyaline.

Naturellement le procédé d'Ernst n'est pas spécifique. Il colore d'abord certaines bactéries et la fibrine, ensuite le contour des coccidies dans le foie des lapins, la chromatine du noyau, les têtes des spermatozoïdes, les fibres du muscle cardiaque, les séreuses, lhémoglobine, la substance colloïde et le mucus (ou plutôt une partie constituante du mucus où bien un mucus modifié) ; mais, pratiquement, le procédé d'Ernst conserve une réelle valeur en ce qui concerne la recherche de la kératine, car il suffit d’être prévenu pour ne pas confondre des grains ou des réseaux intra-protoplasmiques avec la chromatine du noyau, avec des mucosités, de l’'hémoglobine. de la substance colloïde, avec de la fibrine.: Et d’ailleurs un lavage à l'alcool chlorhydri-

que décolore tous ces éléments à l'exception de la substance cornée

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La distinction entre la kératine et la kératohyaline peut seule, au premier abord être embarrassante (1), mais les deux substances ne se rencontrent d'ordinaire conjointement que dans les processus normaux. Dans l'épiderme, la formation de kératohyaline (2) est un phénomène qui accompagne le processus de kératinisation ; mais dans quels rapports ? On ne le sait pas d’une façon certaine. Est-elle la prokératine, ou bien une substance qui favorise la formation de la kératine, ou n'y a-t-il aucun lien entre elles ? car pathologiquement la kéraline se rencontre en général seule,

(4) La kératohyaline est digérée par la peptone, la kératine non.

(2) On sait que la kératohyaline ne se confond pas avec l’éléidine. Simultanément Ranvier et Waldeyer avaient décrit dans le stratum granulosum l’un des gouttelettes, l'autre des granulations. Les gouttelettes d’éléidine de Ranvier confluent dans le stratum lucidum, se répandent en flaques entre les cellules et disparaissent au voisinage de la couche cornée. Les granulations de kératohyaline de Waldeyer ne se trouvent que dans le stratum granulosum.

Ranvier, Suchard d’une part, Waldeyer, Unna de l’autre, n'étaient pas arrivés à se meltre d'accord sur cette substance mystérieuse, identifiable par certaines réactions, différente par d'autres, lorsqu’en 1888 Unna vint à Paris voir les préparations de Ranvier et leva le malentendu : l'éléidine et la kératohyaline sont deux substances n’ayant de commun que la propriété de se colorer par le picrocarminate (Ernst, Virch, Arch., 1892, 130). L'éléidine se trouve dans le stratum lucidum en gouttelettes ou en flaques graisseuses, se colore par l'acide osmique et la nigrosine, non par l’hématoxyline, la kératohyaline se trouve dans le stratum granulosum en particules solides, se colore par l'hématoxyline et non par l'acide osmique ni par la nigrosine.

Quant à savoir quelle est la part de l’éléidine et de Ja kératohyaline dans la formation de la kératine, c’est une question sur laquelle on ne peut qu'échafauder des hypothèses. Waldeyer suppose que la kératohyaline (prokératine) subit une transformation au contact de l’éléidine (stade où ses granulations dispersées ne sont plus colorables) et que ses granulations, à la base de la couche cornée, s'unissent avec le spongioplasma pour donner la kératine.

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Quoi qu'il en soit, les granulations de kératohyaline sont irrégulières : grandes on petites, rondes ou anguleuses, elles avoisinent le noyau dont elles paraissent être une émanation, et se colorent mieux par le Weigert que par le Gram. La kératine se montre en granulations intracellulaires d'une finesse extrême, ordonnées quelquefois à la file comme les stroptocoques ; en d'autres points ou en d'autres cas, c'est un réseau filamenteux lâche avec des épaississements nodaux, et dans un stade plus avancé un enchevétrement onduleux, serré de filaments grêles, d'un bout à l’autre de la cellule, autour du noyau ou de la place qu'il occupait (fig. 8, 9 et 10). La kératine semble dériver du protoplasma et prend mieux le Gram que le Weigert.

Dans l’un de nos cas nous avons pu ainsi démontrer que nous étions en présence de kératine, alors que l'acide pierique en laissait seulement supposer l'existence ; dans l'autre, où les colorations ordinaires permettaient de suspecter la présence de substance cornée, nous l’avons sans hésitation éliminée.

La kératinisation au sein des cellules malades ne se fait pas toujours suivant le type épidermique, ou comme dans les globes épidermiques du cancroïde. Elle est souvent anormale, incomplète : c'est ainsi que la kératohyaline et l'éléidine peuvent manquer totalement et manquent de fait le plus souvent. :

La kératine apparaît dans des cellules sans ordonnance, non comprimées, et pourvues d'un noyau encore bien vivant et colorable, ce qui n’est pas le cas dans la peau. Elle ne se condense pas en lamelles serrées ; nous connaissons les formes qu'elle adopte d'ordinaire (granulations, filaments,

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plaques); mais plus encore que ses formes, les irrégularités de sa formation sont caractéristiques de la kéraline patho logique : tout est inégal, capricieux, hâtif, inachevé ; ici un groupe de cellules produit de la kératine, là un autre n’en produit pas ; certaines cellules ne se chargent de kératine que dans une moitié ; telle cellule évolue complètement, mais sa voisine ne pousse pas aussi loin et déjà elle se dissout ; celle-ci est filamenteuse, celle-là granuleuse ou homogène, etc. On a l'impression très netle d’un processus, fragile, maladif, et sans force régulatrice, tantôt exagéré, tantôt avorté, dont les cellules néoplasiques surexcitées sont le siège, tout comme elles sont parfois le siège de divisions karyokinétiques anormales, irrégulières. précipité.

Cette kératinisation maladive qui représente le vestige d'une fonction (plutôt qu'une dégénérescence) dans les cellules qui vont mourir, est connue sous le nom de parakérati-

nisation ou de parakératose.

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