‹ Cardiopathies Mitrales et GestationChapitre 17 sur 53 · FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES

Nous décrirons successivement :

A. — des formes de troubles du rythme ; B.— des formes hémoptoïques ; . C. — des formes caractérisées par des poussées d’endocardite gauche (formes emboliques).

A. — Troubles du rythme.

Silon peut voir survenir chez la femme enceinte toutes les catégories d’arythmies, deux sortes de troubles du rythme seulement nous arrêteront :

— la tachycardie paroxystique ;

— lParythmie complèle.

Tachycardie paroxæystique. — La complication de cardiopathies mitrales par des crises de tachycardie paroxystique au cours de la gestation paraît relativement rare : nous n’en avons rencontré que trois cas certains.

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Dans deux cas, les crises de tachycardie paroxystique s'étaient déjà produites avant la gestation ; dans le troisième, pendant la gestation.

Celle-ci paraît capable d'augmenter la fréquence des crises paroxystiques, sans les déformer : on note seulement la grande fréquence de troubles algiques, douleurs précordiales, légères sensations constrictives ou angoissantes, au début et au cours des accès ; ceux-ci durent de une demi-heure à deux heures au plus.

Dans deux cas, la tachycardie paroxystique est restée | la seule manifestation de souffrance cardiaque.

Dans le troisième cas (obs. 43) elle était associée avant même la gestation à des manifestations d’insuffisance cardiaque, qui se sont aggravées dès les.premiers jours de la gestation.

Maigré l'administration de digitale et de quinidine, ces phénomènes ont persisté, ils ont commandé Pévacuation de l’utérus, qui a été pratiquée au 3° mois de la gestation.

Il faut noter qu'après l'avortement provoqué, la fréquence du pouls est tombée de 80 à 38-44. Cette bradycardie paraît être en relation avec le traitement digitalique prolongé auquel la malade avait été soumise ; aucun tracé n'ayant été fait, il est impossible de dire s’il s'agissait d’une bradycardie sinusale ou d’un block auriculo-ventriculaire complet,

En résumé, la tachycardie paroxystique paraît être aggravée par la gestation ; il est impossible de dire si elle est la cause des accidents gravido-cardiaques, qui,

peuvent survenir chez les femmes qu’elle atteint. Son

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pronostic, en tout cas, ne paraît pas plus sombre que celui des cardiopathies mitrales qu’elle accompagne dans certains cas.

29 Arythmie complète. — Il en est sans doute tout autrement de l’arythmie complète, traduction de l’insuffisance auriculaire. |

L’arythmie complète définitive est rencontrée chez des femmes qui présentent dans leurs antécédents, soit des ‘crises de tachycardie paroxystique banale, soit des accès d’arythmie complète paroxystique.

Il est souvent fort malaisé de déterminer avec exactitude le début de l’arythmie permanente, bien qu’en général il se marque par lPapparilion de quelques œdèmes périphériques fugaces, de dyspnée d’effort, de congestion hépatique légère, il semble néanmoins que souvent la gestation doive être tenue pour responsable de la transformation d’arythmies paroxystiques -en arythmie complèle permanente.

Souvent, dès le début de la gestation, les troubles fonctionnels s’aggravent : la dyspnée s’accuse, devient parfois continue, des sensations de palpitations douloureuses apparaissent ou s’accentuent.

A cette période d'insuffisance auriculaire pure, l’exa-

men clinique décèle :

- — une arythmie complète, caractérisée par une irrégularité et une inégalité absolues permanentes des pulsalions combinées généralement à ‘une tachysphygmie moyenne à 100-120 ;

- l'absence de stase veineuse et d’œdèmes cliniquement appréciables (bien que souvent la diurèse soit in-

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férieure à la normale), l'absence de congestion hépa-

tique.

La radiographie montre — outre la configuration mitrale habituelle du cœur — la très forté augmenla-

tion de volume de l'oreillette gauche.

L'électrocardiographe établit l'existence de la fibrillation auriculaire.

L'évolution de ’arythmie complète peut se faire dans deux sens différents :

a) tantôt l’insuffisance auriculaire reste pure : sous l'influence de la digitaline, la tachycardie diminue, la diurèse augmente, et la gestation se poursuit sans incidents jusqu’au terme normal, ou plus fréquemment, jusque vers le 7° ou le 8 mois seulement, le travail est en général bien supporté, les suites de couches normales. É

b) Tantôt l'insuffisance auriculaire se complique-d’insuffisance du cœur droit ; à une époque variable de Ja gestation, on voit survenir : une dyspnée continue, des œdèmes légers, du subictère avec hépatomégalie douloureuse, de la congestion des bases pulmonaires. Cet état peut encore s’améliorer sous l’influence de la digitale, tout au moins ne pas s’aggraver, et la gestation se poursuivre. D’après l’une de nos observations (obs. 27) l'accouchement s’est fait vers le g® mois ; le travail n’a donné lieu à aucun incident sérieux, et l’état de la femme s’est amélioré pendant les suites de couches.

Néaumoins, de Pavis des cardiologues (Mackensie, : Aubertin) le pronostic de arythmie complète est sévère : les accidents graves d'insuffisance cardiaque ne se pro-

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duiraïent pas pendant, mais après la gestation. Nous verrons plus loin ce point en détail.

3° Arythmies extra-systoliques. — Deux femmes atteintes, l’une de maladie mitrale, l’autre de rétrécissement mitral associé à une insuffisance aortique, ont présenté des accès de tachycardie moyenne, à 130-140, constituées par des extra-systoles. Cette tachycardie intermittente a été chez l’une, la seule manifestation de souffrance cardiaque au cours des deux gestations qui ont été suivies à Baudelocque. Chez la seconde, atteinte en outre de crises d'asthme, sont apparus de la dyspnée d'effort, de légers œdèmes des membres inférieurs, mais la décompensation cardiaque étant très faible, on a laissé la gestation évoluer jusqu’à terme. ;

Dans les deux cas, si l’accélération intermitlente du pouls a provoqué une surveillance étroite des femmes, l’évolution a été somme toute bénigne.

B. — Formes hémoptoiques.

Dans certains cas, on est frappé par l’importance des hémoptysies, qui dominent la scène de la gestation.

Leur fréquence est très grande.

Leurs causes sont de deux ordres : congestion œdémateuse du poumon par hypertension et stase, infarctus pulmonaires par apoplexie.

La distinction entre les deux catégories est classique : dans l’une se voit surtout l’expectoration de crachats sanglants, rutilants, accompagriés d’une mousse rosée, dans l’autre soit le rejet de crachats noirâtres, noirs de jais, soit des hémoptysies abondantes de sang rouge,

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