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natur (i) , craif^nez donc , mes frères , qu'il w^'y ait en quelqu'un de vous un fonds ou d'incrédulité ou de malignité , qui Péloigne du Dieu vivant ; mais exhortez-vous sans cesse les uns les autres , tandis que dure ce temps , que l'Écriture appelle aujourd'hui , parce que vous devez être persuadés que ce qui s'appelle aujourd'hui est pour vous le temps des miséricordes du Seigneur : Donec hodie cognominatur. Voj^ez , reprend saint Chrjsostôme , l'admirable théologie de saint Paul ; il n'exhorte pas les Hébreux à se convertir demain , ni à suivre les lumières de la grâce quand ils seront libres de certains embarras du siècle , ni à revenir de leurs erreurs dans un certain terme qu'il auroit pu leur marquer : pourquoi ? parce que son exhortation eût été vaine et même trompeuse : car , en leur disant , convertissez-vous demain , il eût supposé que ce lendemain étoit assuré pour eux , et qu'ils en étoient maîtres ; surtout que ce lendemain étoit propre à l'exécution des ordres de Dieu qu'il leur signifioit. Or c'eût été une supposition fausse dans toutes ses parties ; et , bien loin de les instruire utilement , il leur eût dressé un piège. Mais que leur dit-il ? Ah ! mes frères , exhortez-vous les uns les autres pendant que vous êtes en possession de ce jour présent , parce que ce jour présent vaut mieux pour vous que tous les siècles compris dans la durée infinie de Dieu ; parce que ce jour présent est le seul point de l'éternité au-
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quel VOUS ayez droit ; en un mot , parce qu'il n'y a que ce jour présent où vous puissiez sûrement et infailliblement opérer votre salut : Sed adhoy^tamini vosmetipsos , donec kodie cognaminaiur. Que fait donc le pécheur qui diffère et qui ne se détermine jamais à prendre pour sa conversion ce jour si important ; qui , dans Tindispensable nécessité où il est de réformer sa vie \ se repose toujours sur le lendemain ; qui , voulant en quelque sorte composer avec Dieu , par le partage le plus injuste , donne toujours à Dieu le temps à venir , et use du présent pour soi ; c'est-à-dire donne toujours à Dieu ce qu'il n'a pas et ce qu'il ne lui peut donner, et ne lui donne jamais ce qu'il a , et le temps dont il pourroit disposer pour lui en faire un sacrifice agréable ; qui , dans l'intérieur de son ame , semble ainsi s'expliquer à lui : Seigneur , ne me demandez pas encore celte année , dont je veux jouir tranquillement, et je vous en promets d'autres auxquelles 3e ne sais si je parviendrai jamais. Que fait-il encore une fois ce pécheur ? Il raisonne , répond saint Grégoire de Nazianze , et il parle en insensé , puisque , oulre l'injustice qu'il commet envers Dieu , il trahit ses propres intérêts et se contredit lui-même. Gomment cela ? parce qu'il ne veut jamais se convertir dans le temps où il le peut toujours , qui est l'heure présente ; et qu'il le veut toujours pour le temps où il ne le peut jamais , qui est le lendemain : car le lendemain , selon l'ingénieuse remarque de saint
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Augustin dont je vous ai déjà lait part, ne doit ni ne peut être le temps de sa conversion.
Mais encore pourquoi n'y csl-il pas propre , et quelle qualité a-t-il si contraire à Touvrage du salut? il n'en faut point d'autre que Taffreuse incertitude de son être et de toutes ses circonstances ; car c'est une chose que nous devons bien observer, poursuit excellemment saint Augustin, que , quoique toutes les parties du temps soient de même espèce , le passé et le futur ont néanmoins , par rapport à nous, une opposition infinie; et qu'autant qu'il est vrai qu'à notre égard tout est déterminé dans le passé, autant sommes -nous convaincus que tout est incertain dans le futur. Incertain s'il sera, qui le peut garantir? incertain combien il durera , à qui Dieu l'a-t-il révélé ? incertain quelle issue il aura , funeste ou heureuse , subite ou prévue ; c'est un abîme d'obscurité. Je vous demande donc, chrétiens, un temps de cette nature est-il propre à la décision de la plus essentielle de toutes les affaires , qui est le retour à Dieu? Hé , mon frère , roncluoit saint Jérôme , que vous prenez mal vos mesures , de vouloir dans un temps incertain faire une pénitence certaine ! car il faut, ajoutoit-il , que vous soyez également persuadé de ces deux vérités : la première , qu'étant certainement pécheur , vous ne pouvez être sauvé que par une pénitence certaine ; et la seconde , qu'une pénitence certaine ne se peut faire que dans un temps certain. N'est-il donc pas bien étonnant que vous vous proposiez
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(îans le futur ^ qui est l'incertitude même , une conversion telle que doit être absolument celle qui nous sauve et dont dépend notre bonheur? Vous me répondrez (ceci est encore de saint Augustin) que Dieu , par le plus solennel de tous les sermens , a promis à la pénitence la rémission et le pardon du péché; et il est vrai : mais en promettant la rémission et le pardon à votre pénitence , a- 1il promis à votre négligence et à vos continuels retardemens le lendemain que vous vous promettez à vous-même ? Ferum dicis ^ quod Deus pœnitentiœ tuœ indulgentiam proniisit^ sed dilationi tuœ numquid crastinum promisit? Car ce sont deux diverses grâces , et qui n'ont même rien de commun , de pardonner à l'homme qui déteste son péché, et de lui donner le temps de le détester , et quand Dieu s'est obligé à l'un , il ne s'est point engagé à l'autre. Vous me citez les prophètes pour montrer que ce Dieu de miséricorde ne méprise jamais un cœur contrit et humiUé; et ce n'est pas de quoi il s'agit, puisqu'on en demeure d'accord : mais dans quel prophète trouvez-vous que parce que c'est un Dieu de miséricorde, il doive prolonger votre vie, afin que vous ayez le loisir de prendre un jour ces sentimens de contrition : Sed in quo prophetd legis , quia qui promisit correcto gratiam^ promisit et tibi longam vitam? Non , non, ne vous prévenez pas d'une si dangereuse erreur; car pour vous en détromper, voici la conduite pleine de sagesse qu'il a plu à Dieu de tenir. II a considéré
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daiKS le monde deux sortes de pécheurs ; les uns loibles et pusillanimes , qui iresperoient pas assez; et les autres vains et téméraires, qui espéroient trop : pour les pusillanimes elles loibles, qu'il vouloit consoler, il a établi la pénitence, comme un port salutaire qui leur est ouvert; et pour les téméraires et les présomptueux , qu'il vouloit contenir dans le devoir, il a ordonné que le jour de la mort fût incertain : Propter eos qui desperatione periclifantiir ^ py^oposuit pœnitentiœ portum; et propter eos qui dilationibus illuduntur^ fecit diem mortis incertum. Celui-là , troublé de la vue de ses crimes, tomboit aussi-bien que Caïu dans un secret abattement de cœur : Dieu lui a dit par Ezéchiel : Non, ne perds point la confiance que tu dois avoir en moi ; car quelques crimes que tu aies commis, au moment que tu les pleureras , je les oublierai. Celui-ci , au contraire , fortifié d'une promesse si authentique , ou plutôt rinterprétant mal , péchoit avec sécurité et conservoit en péchant une fausse paix. Dieu lui a dit au même endroit : Crains, malheureux, et défie-toi de ton espérance même; car, quelque authentique que soit ma promesse , elle ne s'étend point jusqu'à te répondre de l'avenir. Ainsi Dieu, reprend saint Augustin, a mis les choses dans un juste tempérament; et, par l'incertitude de l'avenir, il a tellement permis à l'homme d'espérer toujours j qu'il le réduit à la nécessité de ne différer jamais.
. Il n'y a donc rien de certain , mes frères* dans
le futur, que son incertitude même. Il n'y a rien (le certain, sinon que nous y serons surpris. Car le Sauveur du monde nous Ta dit en termes formels : Quâ horâ non j)utaUs (i). Après une parole si positive , mais si terrible , ajouterai-je encore au désordre de mon péché le désordre de la plus criminelle et de la plus insensée témérité : remettant toujours ma conversion , de mandant toujours trêve jusqu'au jour suivant, Inducias usque mane? Et pourquoi cette trêve qui ne peut être, si je l'obtiens, qu'une continuation afFectée de mon iniquité ; et si je ne l'obtiens pas , que la cause de mon impénitence finale? Pourquoi cet appel opiniâtre au lendemain, contre Toracle de la sagesse qui me le défend, IVe glorieris in crastiniim (2)? Puis-je ignorer que ce lendemain a perdu des âmes sans nombre , et que l'enfer est plein de réprouvés qu'il a engagés dans le dernier malheur? lis se flattoient d'un lendemain , et il n*y en avoil; point pour eux ; ils avoicnt fait un pacte avec la mort , selon l'expression du texte sacré , et la mort ne le gardoit pas. Est-il croyable qu'elle changera de nature pour moi , et qu'étant si infidèle pour le reste des hommes , j'aurai seul droit de pouvoir m'y fier ? Quand même je l'aurois ce lendemain , sera-ce un temps de pénitence et de conversion ? Toute sorte de temps n^est point le temps de la pénitence ; et c'est un abus insupportable dans l'homme de croire que parce qu'il aura le temps peut-
(i) Luc. 12. — (i) Prov. 27.
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ctre d'exécuter les frivoles desseins que lui su^- ^cre son avarice ou son ambition , il aura celui de travailler efficacement à scm salul. Si cela étoit^ en vain, selon le raisonnement de saint Augustin, les prophètes nous auroient recommandé de chercher Dieu tandis qu'on le peut trouver, et de l'invoquer pendant qu'il est proche de nous : Quœrite Dominum dum inveniri potest^ et invocate eum dum propè est (i). En vain Dieu lui-même nous auroit-il dit : C'est au temps favorable que je vous ai exaucé , et c'est au jour du sahit que je vous ai aidé ; In tempore accepta exaudivi te , et in die salutis adjuvi te (2). En vain Jésus-Christ auroit-il menacé les Juifs des dernières calamités qu'il annonçoit s'ils n'usoîent bien du temps qu'il leur donnoit. Car si tous les temps sont également des temps de conversion , ces propositions et ces menaces étoient mal fondées. Mais si elles étoient justes et vraies , comme nous n'en doutons pas , il est donc vrai qu'il y a un temps de pénitence , choisi spécialement de la part de Dieu, et qui doit être ménagé avec vigilance de la part de l'homme ; et c'est celui qu'a voulu définir saint Paul , quand il disoil : JEcce nunc tempus acceptabile (3). Il est donc vrai qu^il y a des jours de salut plus heureux que les autres jours , et comme tels , marqués dans l'ordre de la prédestination divine : Ecce nunc dies salutis (4). Il est donc vrai qu'il y a un temps particulier pour trouver Dieu , hors duquel on le cher-
(î) Isa. 55. — (2) 2 Cor. 6. — (3) Ibid, -- (4) Ih'id:
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che inutilement : Quœretis me , et non invenielis {i). Nous disons bien dans le langage même du monde , que toute sorte de temps ne convient pas à toutes sortes d'affaires ; et comme parle Salomon 5 que toute afFaire veut être traitée et négociée dans son temps : n'y auroit-il que l'affaire du salut qui fût exceptée de cette règle?
Ah ! mes chers auditeurs , voilà le grand scandale du christianisme. Si nous sommes attaqués d'une maladie , nous étudions tous les temps , nous les observons avec exactitude, nous ne remettons point à demain ce qui se peut faire aujourd'hui , et tout notre soin est de bien profiter dans le cours du mal de certains momens critiques et décisifs : ainsi en usons-nous pour le salut du corps. Mais s'agit-il de notre ame frappée de la maladie la plus mortelle , qui est le péché , et infectée de la contagion d'une habitude vicieuse dont il la faut guérir , nous vivons tranquilles et sans inquiétude : j'y mettrai ordre , disons-nous , mais rien ne me presse ; je ne suis pas encore en état, et je trouverai toujours le temps d'y penser. Vous le trouverez , chrétiens? mais qui vous Ta dit ? je veux qu'il vous reste encore des années , et même plusieurs années de vie : qui sait si dans ces années qui vous restent, il y aura pour vous un jour de salut ? souvenonsnous, mes frères, conclut saint Bernard, ramassant en deux mots tout le fond de cette première partie, souvenons-nous qu'il y a des temps
(i) Jean. 34.
et des momens que le Père célcslc s'est réservés y et qu'il ne nous appartient pas même de connoilre, bien loin que nous en puissions disposer ; Tempora et momenia quœ Pater posiiit in sud potestate (i). Or ces momens , dans la doctrine de tous les Pères, sont ceux de la conversion et du salut. Souvenons-nous que comme il n'a pas plu h Dieu d'envoyer en toute sorte de temps un Rédempteur et un Messie pour le salut général du monde ; que comme il ne lui a pas plu de répandre sur les royaumes et sur les nations la lumière de TEvangile dans tous !es temps , aussi ne lui plaît-il pas de convertir en particulier chaque pécheur dans tous les fnomens. Souvenons-nous et comprenons bien qu'il veut nous sauver plus spécialement dans un temps que dans un autre ; et qu'ayant pour cela des momens de choix , le plus grand de tous les malheurs est que ces momens nous échappent et que nous les négligions. N'oublions jamais les étonnantes paroles du Sauveur lorsqu'il pleure sur Jérusalem , ou plutôt , comme je vous le disois hier , sur les pécheurs dont cette ville infortunée étoit la figure. Il la regarda avec compassion, non point parce qu'elle devoit être détruite par les Romains , non point parce qu'elle éloit à la veille de la ruine la plus entière , non point parce que ses enfans alloient être , comme Caïn , exterminés de la terre ; le dirai-je? non point même parce que le Saint des saints devoit bientôt y être condamné à la mort^
(i) Âcl. t.
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et h la mort la plus honteuse et la plus cruelle ; mais parce qu^elle n'avoit pas connu le jour de salut qui lui étoit donné , et où le Seigneur lui apportoit la paix ; Quia si cognovisses et tu , et quidemin hac die tua ^ quœ ad pacem iibi (i). Voilà ce qui fitverser des larmes au Fils de Dieu. II n'imputa point la réprobation des Juifs au déicide abominable qu'ils alloient commettre dans sa personne , mais à l'aveuglement volontaire qui les empêchoit de connoître le temps de la visite du Seigneur : Eb qubd non cognoveris tempits visitationis iuœ (2). Or nous le connoissons , chrétiens ^ ce temps de la visite de notre Dieu , ce jour qui nous est accordé , Tn hac die tua. Nous le connôissons ; et peut-être à l'instant que je vous parle, Dieu vous dit-il secrètement : voici, pécheur, votre jour,voicile temps que j'ai destiné pour vous, c est aujourd'hui qu'il faut quitter cette vie libertinercar je ne veux plus de retardement: Ecce nunc iempus acceptabile (3). Mais que vous arrivera-til, mon cher auditeur , si vous consultez l'esprit du monde au lieu de vous rendre attentif et docile à la voix de Dieu ? vous sortirez de cette prédication avec quelques bons désirs , mais désirs vagues et sans conséquence. Vous sentirez bien que Dieu vous aura visité , mais sa visite , par Fendurcissement de votre cœur, n'aura pas l'effet qu'il prétendoit. On ne dira pas de vous que vous ne l'aviez pas connue ; mais on pourra dire que la cou- Hoissant , vous en aurez abusé. Enfin si votre
(i) Lui'. 19. — ('i) Il'ici. — {y) a ar. 6.
conscience vous presse , après avoir cherché de vaines raisons pour colorer votre lâcheté ; après avoir alléyué tout ce que peut inventer la prudence charnelle ; après vous être défendu par mille prétextes d'affaires qui vous occupent , et d'engagemens que vous ne croyez pas encore pouvoir surmonter , vous renverrez à un autre temps ce qui doit avoir la préférence dans tous les temps , savoir votre conversion. Et parce que pour Paccomplir il faut un jour de salut, et que dans les principes de la théologie il n'y a qu'une grâce, je dis une grâce privilégiée, qui puisse faire ce jour de salut , en vous assurant de ce jour vous vous assurerez de cette grâce; et c'est ce que j'ai à combattre dans la seconde partie.