LE DIMANCHE DE LA CINQUIÈME SEMAINE
Sujet. Celui qui est de Dieu , entend ia parole de Dieu*
Il n'est rien de plus efficace et de plus fort que la parole de Dieu. Mais puisque c'est par elle que Dieu a opéré tant de miracles dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce , d'où vient qu'elle est aujourd'hui si stérile dans le christianisme ? d'où vient même qu'au lieu de nous êlre salutaire , elle a tous les jours un effet tout opposé, et que souvent elle estlesujetde notre condamnation ? Voilà ce que nous avons à examiner dans ce discours. P. i — 6.
Division. Si la parole de Dieu ne produit plus présentement les mêmes fruits qu'elle produisoit autrefois , ce n'est ni à cette sainte parole qu'il faut s'en prendre , ni aux prédicateurs qui la débitent , mais aux chrétiens qui l'écoutent. Ce n'est point à la parole de Dieu , puisqu'elle est toujours la même. Ce n'est point aux prédicateurs qui la débitent , puisque son efficace n'est attachée ni à leurs talens,
TABLE ET ANALYSE DES SERMONS. 4^1 ni à leur sainteté. Par conséquent , c'est aux chrétiens qui l'écoutent et qui lui opposent trois obstacles bien ordinaires , savoir , le dégoût de la parole de Dieu, l'abus de la parole de Dieu, et une résistance volontaire à la parole de Dieu. Sur quoi je fais trois propositions, et je dis : que le dégoût de la parole de Dieu est un des plus terribles châtimens que doive craindre un chrétien, première partie; que l'abus de la parole de Dieu est un des désordres les plus essentiels que puisse commettre un chrétien , deuxième partie ; enfin , que la résistance à la parole de Dieu est une des plus prochaines dispositions à rendurcissement et à la réprobation d'un chrétien, troisième partie. P. 4 — 8.
Première partie. Le dégoût de la parole de Dieu est un des plus terribles châtimens que doive craindre un chrétien. C'est par sa parole que Dieu a sanctifié le monde , et c'est par sa parole encore qu'il le veut sanctifier. Ce que saint Paul a dit de la foi, qu'elle n'est venue que de ce qu'on a entendu ^ et qu'on n'a ente^idu que parce que la parole de Jésus-Christ a été préchée , nous pouvons le dire de la pénitence à l'égard des pécheurs , et de la persévérance à l'égard des justes. On ne se convertit , ou l'on ne persévère dans une vie chrétienne , que parce qu'on se sent touché des vérilés éternelles , et ces vérités sont la parole de Dieu que l'on entend. D'où il s'ensuit qu'un des plus grands malheurs pour nous est de tomber dans le dégoût de cette divine parole P. 8— lo.
Ceci suffiroit pour établir ma première proposition ; mais je vais plus loin. Si je voulois examiner les principes de ce dégoût , je vous ferois aisément reconnoîfre qu'il vient dans les uns d'un orgueil secret , dans les autres d'un fonds de libertinage , dans ceux-ci d'un attachement honteux aux plaisirs des
^ens , dans ceux-là d'une insatiable c upidilé des bien» Icmporels. Mais contentons-nous d'en voir les ni illieurcnscs consé(|uences. Car, que fait ce de^goût de la sainte parole ? i." il nous en éloigne , a^. il nous rend incapables d'en profiter. Double chàliment de Dieu. P. 10 , II.
I.* Ce dégoût nous éloigne de la parole de Dieu , l)reniitT châtiment. Figure des Juifs (|ui se dégoûtèrent de la manne , et qui ne la recueilloient plus •ju'avec dédain ; eflFel de la vengeance du Seigneur , selon la remarque d'Origène et de saint Jérôme. Ainsi la parole de Dieu est la vraie maUàie ; et quand autrefois nous étions dans Tordre , nous la goûtions , nous la cherchions ; mais maintenant que nous avons engagé Dieu à se tourner contre nous , nous la négligeons el nous refusons de l'entendre. P. i i , 12.
2.° Ce dégoût nous rend incapables de profiter de la parole de Dieu , autre châtiment. Car pour bien profiter d'une viande , il faut l'aimer et la goûter. Surtout , pour profiter de la parole de Dieu , il faut que Dieu y ajoute l'onction de sa grâce ; el quand Dieu voit le mépris que nous faisons de sa parole , il nous laisse dans notre indifférence , sans se faire sentir intérieurement à nous. P. 12 — 14-
Vous me direz que ce dégoût n'est point précisément un dégoût de la parole de Dieu , mais de la parole de Dieu mal annoncée. Et moi je réponds • s'il étoit vrai , comme vous le prétendez , qu'il n'y eût plus de prédicateurs capables de vous bien annoncer la parole de Dieu , cela même ne seroit-il pas une punition visible du Ciel? Cependant nous n'en .sommes pas là ; et j'ajoute que le chàliment ne consiste pas en ce qu'il n'y ait point de prédicateurs, rriais en ce qu'il n'y en ait point selo» votre goût dépravé ; car c'est à votre égard comme s'il n'y en avoît point du tout. Le comble du malheur est que vou»
ne romprenez pas là-dessus votre malheur. Vous regardez ce défaut de prédicateurs , tels que vous les demandez , comme une preuve de la finesse et de la justesse de votre esprit; mais Dieu sait bien confondre cette prétendue finesse et cette fausse justesse par elle-même , en permettant qu'elle serve d'obstacle à un' nombre infini de grâces dont votre salut dépend. Heureux , mon Dieu , ces cœurs dociles qui goûtent voire parole , et qui i'écoutent et se mettent en état d'en profiter, parce qu'ils la goûtent. P. 14 — 20.
Deuxième partie. L'abus de la parole de Dieu est un des désordres les plus essentiels que puisse commettre un chrétien. A quoi l'apôtre saint Paul réduis(>i:-il l'abus de la communion ? à ne pas faire un juste discernement du corps de Jésus-Christ , et à manger celte viande céleste comme une viande commune : Non dijuclicans corpus Domini. J'applique ceci à mon sujet. Nous commettons mille abus dans l'usage de la parole de Dieu ; mais l'abus capital est que nous ne faisons pas le discernement nécessaire de cette adorable parole ; c'est-à-dire que nous ne l'écoutons pas comme parole de Dieu , mais comme parole des hommes ; et voilà ce que j'appelle un désordre ; 1.** désordre par rapport à Dieu ; 2," désordre par rapport à nous-mêmes. P. ao — *29..
i,^ Désordre par rapport à Dieu. Quand vous ne faites pas un juste dicernemenl du corps de Jésus- Christ , vous le profanez ; et , par la même règle , je dis que vous profanez la parole de Dieu , quand vous ne savez pas la discerner de la parole de l'homme. Ecoutez sur cela saint Augustin. La parole de Dieu , dit ce Père , n'est rien à noire égard de moins précieux que le corps de Jésus-Christ. D'où il tire cette conclusion , que celui-là donc n'est pas dans un sens moins criminel envers Dieu , qui abuse de
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celte parole et qui la profane , que s'il profanoil le corps (lu Sauveur. C'est néannioins ce qui arrive tous les jours. Si l'on cntcndoit la parole de Dieu conime parole de Dieu , ou l'entendroit avec recueilleluenl , avec respect , avec humililé, avec attention, avec un esprit et un cœur docile : au lieu qu'on renlcnd avec des dispositions toutes contraires. P. ua
2.° Desordre par rapport à nous-mêmes. Comment ? c'est qu'en abusant de la parole de Dieu et en la profanant, nous nous la rendons inutile. Car la parole de Dieu , reçue comme parole de l'homme , ne peut produire que des effets proportionnés à la vertu de la parole de riiomnie. Or , la parole de Fhomme n'est d'elle-même pour le salut qu'un vain instrument. C'est pourquoi saint Paul félicitoit les Thessaloniciens de ce (jii'iis avoient reçu la parole de Dieu non comme parole d'un hommie, mais comme parole de Dieu. Voilà , leur dîsoit-il , la source des bénédictions que Dieu a répandues sur votre Eglise. Au contraire dans cet(e ville de Lycaonie où saint Barnabe et saint Paul furent écoutés avec tant d'applaudissement qu'on vouloit leur offrir de l'encens, leurs prédications ne firent aucun fruit : poure|uoi ? parce qu'on rcouloit ces deux apôtres et qu'on les admiroit comme hommes. Ainsi tant de mondains admirent quelquefois le prédicateur, mais ne se convertissent pas. C'est ce que faisoient les Juifs lorsque le [)rophète Ézéchiel leur annonçoit les calamités dont Dieu devoit bientôt les affliger. Ils couloient en foule l'entendre , ils lui applaudissoient , mais ils ne pratiquoient rien de ce qu'il leur enseignoit. Aiidiiiiit ici ha tua , et non faciunt ea- P. 26 — 29.
Aussi est-il de l'honneur de Dieu que la conversion des âmes , qui est le grand ouvrage de sa grâce ,
ne soit pas attribué à la parole des hommes, ni même à la sienne confondue avec celle des hommes. Pour vous punir, il ne vous laissera de sa parole que ce qu'elle a .de spécieux et d'agréable : mais ce qu'elle a de solide et d'avantageux , il le donnera à celâmes choisies qui ne cherchent dans sa parole que sa parole même. Et qui sommes-nous , mes frères , pour mériter que vous vous occupiez de nous ? Ce n'est pas que vous ne puissiez choisir tel prédicateur préférablement à l'autre. Mais sur cela voici deux avis importans que vous devez suivre : i.° entre les ministres de Jésus-Christ ne préférez pas tellement l'un que vous méprisiez les autres ; car ils sont tous envoyés de Dieu : 2.® n'ayez égard , dans le choix que vous faites , qu'à votre avancement spirituel et à votre perfection. P. 29 — 33.
Troisième partie. La résistance à la parole de Dieu est une des plus prochaines dispositions à l'endurcissement et à la réprobation d'un chrétien. 11 y a des choses qui ne peuvent être inutiles sans devenir préjudiciables , et telle est la parole de Dieu. Le Saint-Esprit l'appelle tout à la fois une viande et une épée : une viande , selon la remarque de saint Bernard , pour ceux qui en profitent ; et une épée dont les coups sont moi tels , pour ceux qui n'en profitent pas. C'est ainsi que celte parole a toujours son effet : ou effet de miséricorde , ou effet de justice : non revertetur ad me vacuum. Or quels sont ces effets de justice attachés pour nous à la parole de Dieu , quand nous lui résistons : 1.** endurcissement du pécheur, 2.** condamnation du pécheur. P. 33—36.
1.° Endurcissement du pécheur. Exemple de Pharaon : il résista à la parole de Dieu en résistant \ la parole de Moïse ; et Dieu lui endurcit le cœur, ou
plulôl il s*endurcit lui-iuôine le cœur par son opiniâtre résistance. P. 56 — 38.
a.'* Condamnation du pécheur. Car plus le talent qu'on lui avoit mis dans les mains étoît précieux • plus est-il criminel de n'en avoir fait nul usage. Dieu lui en demandera compte dans son jugement dernier, et deux sortes de personnes s'élèveront contre lui : auditeurs qui auront honoré ta divine parole, et prédicateurs qui la lui auront annoncée. Ah ! Seigneur, serai-je donc employé à ce triste ministère ? Après avoir été le prédicateur de cet auditoire chrétien, en serai- je l'accusateur? non , mon Dieu; mais dès maintenant j'^aurai recours, et pour eux et pour moi, au tribunal de votre miséricorde. Je vous supplierai de répandre sur nous l'abondance de vos grâces , afin que , par la vertu de votre grâce, votre parole nous soit une parole de sanctification. P. 38—41.
LUNDI DE LA Cir^QUlEME SEMAINE.
SUPk l!aMOUR de DIEU.
Sujet., Or il dit cela de V esprit qu'ils dévoient recevoir par ta foi.
Nous devons tous être animés du même esprit que les apôtres , et cet esprit que leur promeltoit le Fils de Dieu , étoit un esprit de vérité, mais surtout un esprit d'amour. Or n'est -il pas étrange qu'uniquement créés pour aimer Dieu, nous ayons peut-être jusqu'à présent ignoré en quoi consiste l'amour de Dieu ? Il est donc important de vous en donner une connoissance exacte , et c'est ce que je vais faire dans ce discours. P. ^2 , ^o,
Dn isioiN. Adoucir les préceptes de la lui de Dieu
DES SEUMOINS. 4-27
cl les outrer , ce sont deux extrémités entre lesquelles nous devons prendre un juste milieu. San( donc exagérer vos obligations touchant l'amour di Dieu , ni les diminuer , je vous dirai précisément ce que l'Evangile nous enseigne. Cela supposé , j'entre dans mon dessein , et je prétends que Pamour de Dieu qui nous est commandé doit avoir trois caractères : l'un par rapport à Dieu , l'autre par rapport à la loi de Dieu , le troisième par rapport au christianism^e ou nous sommes engagés par la vocation de Dieu. Par rapport à Dieu , amour de préférence • première partie. Par rapport à la loi de Dieu, amour de plénitude , deuxième partie. Par rapport au christianisme , amour de perfection , troisième partie.
Première partie. Amour de préférence , c'est-àdire amour , en vertu duquel je préfère Dieu à toute créature. Dieu ne me commande pas de l'aimer d'un amour tendre et sensible ; cette sensibilité n'est pas toujours en mon pouvoir : ni d*un amour contraint et forcé ; il ne seroit pas honorable à Dieu d'êUe aimé de la sorte : ni même d'un amour fervent jusqu'à certain degré ; ce degré de ferveur ne m'est pas connu , et Dieu n^a pas voulu me le prescrire : mais il exige de moi que je l'aime par préférence à tout ce qui n'est pas Dieu , en .*^orle que je soi» prêt à tout quitter et à tout sacrifier pour lui. P. 46^48.
Cet amour n'est-il pas bien raisonnable ? un roi veut être servi en roi ; pourquoi Dieu ne sera-l-^il pas aimé en Dieu ? Or il ne peut être aimé en Dieu , s'il n'est aimé préférablement à toutes les créatures puisqu'il n'est Dieu que parce qu'il est au-dessus de toutes les créatures. P. 48.
Ainsi l'aimoit saint Paul , quand il s'écrioit : Qui me séparera de (a charité de Jésus - Christ ? TApoire, en fai.^ml ce dciî à toutes les créatures y mq
parloit poiii( par un excès de zèle : mais il exprinioil seiilenicnt rohli^alioii commune de l'amour de Dieu. Application de ces paroles txu\ diirérenles occasions où nous pouvons nous trouver, et où nous devons dire comme saint Paul et dans le même sens : Je suis certain que ni la mort , ni la vie , ni la grandeur 5 ni faùaissement , ni les principautés , ni tes puissances <^ ni toute autre créature ne pourra jamais me détacher de mon Dieu. P. 49 — 52.
Tel étoit aussi le sentiment de saint Augustin. Si Dieu , disoit ce Père , vous olFroit les biens du monde, et qu'il vous en assurât la possession pour loule l'éternité ^ mais à une condition , qui seroit de ne le voir jamais , voudriez-vous les avoir à ce prix ? Si cela est, vous n'aimez pas Dieu, parce que vous ne l'aimez pas au dessus de tous les biens temporels. P. 52 , 55.
Faisons une supposition plus naturelle encore et plus présente. Imaginez-vous la chose du monde pour laquelle vous avez plus de passion ; c'est votre honneur. Supposons qu'on vous l'ait pté. Sur cela je vous demande si vous aimez assez Dieu pour croire que vous voulussiez alors lui faire un sacrifice de votre ressentiment. Il est difficile , j'en conviens , d'être disposé de la sorte : mais difficile tant qu'il vous plaira , c'est une disposition nécessaire et sans laquelle il n'y a point de vrai amour de Dieu. Amour de préférence , c'est ce qui condamnera au jugement de Dieu tant d'ames mondaines , qui , pour s'être aîlachées à de fragiles créatures , les ont aimées jusqu'à oublier l'essentielle obligation que leur imposoit la charité due au Créateur. C'est ce qui condamnera en particulier tant de pères et de mères , lant de femmes chrétiennes , tant d'amis trop affectionnés à ceux qu'ils ne dévoient aimer qu'après Dieu cl que pour Dieu. P. 53 — 55.
Deuxième partie. Amour de plénitude par rapport à la loi de Dieu ^ c'est-à-dire, amour qvii nous doit faire observer toute la loi de Dieu; et voilà le mystère de celte grande parole de TApôtre : Plenitudo iegis est ditectio. Il n'en est pas de la charité comme des vertus morales et naturelles ; en sorte que nous puissions diie quand nous accomplissons un précepte, j'ai une charité commencée; si j'en accomplis plusieurs, cette charité croît en moi, et elle sera parfaite lorsque je les accomplirai tous. Non , il n'en va pas ainsi. L'essence de Ja charité ne souffre point départage, non plus que la substance de la foi. Doutez d'un seul article , plus de foi ; et violez un seul précepte , plus d amour de Dieu. P. 55—5;.
C'est donc dans l'amour de Dieu que sont réunis comme dans leur centre tous les commandcmens de la loi , parce que cet amour , en vertu de ce qu'il contient et de ce que nous appelons sa plénitude , est une défense générale de tout ce qui répugne à l'ordre, et un commandement universel de tout ce qui est conforme à la raison. En sorte que dire intérieurement à Dieu qu'on l'aime , c'est lui promettre d'obéir à toutes ses volontés. P. 57 — 58.
Sur quoi saint Augustin fait une réflexion bien judicieuse , en comparant deux passages de l'Évangile , l'un , où Jésus -Christ dit : Si vous gardez mes r.ommandemens , vous serez dans V exercice octuet de mon amour ; et l'autre où il dit : Si vous m'aimez , gardez mes commandcmens. Est - ce donc par la charité que la loi s'accomplit ? demande saint Augustin; ou bien est-ce par l'accomplissement de la loi que la charité se pratique? L'un et l'autre , répondce Père, se vérifie parfaitement. Car quiconque aime Dieu de bonne foi , a déjà rempli tous les préceptes dans la disposition de son cœur; et quand
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il vient à les accomplir dans Texéculion , il ratifie seulement et il confirme par ses œuvres ce qu'il a déjà fait par ses sentimens. D'où il s'ensuit qu'un homme qui manque à un point de la loi, quoiqu'il observe tous les autres , n'a pas plus de charité , j'enlends de cette charité divine et surnaturelle qui nous sauve , que s'il manquoità toute la loi. Comment cela ? parce qu'en omettant un point de la loi , il n'a plus ce qui est essenliel à la charité , savoir une volonté efficace de remplir toute l'étendue de la loi. P. 58— 60.
Voilà le sens de cette parole de saint Jacques , Quiconque pèche contre un seul précepte est aussi coupahle , c'est-à-dire perd aussi immanquablement la grâce et la charité , que s*it péchoit contre tous. Et celte loi , mon Dieu , reprend saint Bernard , cette loi de votre amour n'est-elle pas bien juste ? Qu'un ami m'ait manq,ué àmoî-niéme dans une affaire importante , quoique en toute autre chose il soit sans reproche à mon égard , je ne le regarde plus alors comme ami. P. 60 — 62.
Faut-il conclure de là que quand on a une fois violé un précepte et perdu la charité , on peut donc impunément les violer tous ? ce seroit raisonner en impie et en mercenaire. Quelque indivisible que soit la charité , il est toujours vrai , reprend saint Augustin , que plus vous violez de commandemens , plus vous vous rendez Dieu ennemi , plus le retour à sa grâce vous devient difficile 5 plus vous grossissez ce trésor de colère qu'il produira contre vous au jour de ses vengeances. Mais du reste , convenons aussi qu'il y a bien de l'illusion dans la conduite des hommes à l'égard dece grand précepte, Vous aimerez ie Seigneur votre Dieu, Rien de plus aisé (jue d'aimer Dieu en paroles ; mais rien de plus rare que de l'aimer en pratique. P. 62 — 64.
Troisième partie. Amour de perfection par rapport au chrîslianisiTie. Ceci se réduit à deux points, t.* Dans le christianisme le précepte de l'amour de Dieu impose à l'homme des obligations beaucoup plus grandes que dans l'ancienne loi. 2.* Par conséquent l'acte d'amour de Dieu doit être dans nous beaucoup plus héroïque qu'il ne devoit l'être dans im juif ou dans un gentil , avant que la loi de grâce eût été publiée. P. 65.
1.* Dans le chrislianisme le précepte de l'amour de Dieu impose à l'homme des obligations beaucoup plus grandes que dans l'ancienne loi : pourquoi cela .^ parce que la loi nouvelle, à qvioi il nous oblige 5 est beaucoup plus sainte que la loi de Moïse. Il est vrai que c'est une loi douce , selon la parole de Jésus-Christ : mais non point en ce sens qu'elle nous prescrive des devoirs moins rigoureux. Ce n'est point en cela, dit ïertuUien , que consiste sa liberté. Au contraire, combien de fois le Sauveur du monde nous a-l-il déclaré que pour être son disciple il falloit renoncer au monde et se renoncer soi-même beaucoup plus parfaiîemenl que Moïse ne le demandoit? on a dit à vos pères que telle et telle chose leur étoient permises. Ainsi parloit-il aux Juifs ; et moi je vous dis que ces choses alors prétendues permises ne le seront plus pour vous. Cela nous fait entendre, quoi qu'en aient pensé quelques interprètes, que Jésus-Christ a enchéri sur la loi de Moïse , et qu'il nous a imposé dans sa loi de nouveaux préceptes. P. 65 — 69.
Voilà ce que Tertullien appeloit le poids du baptême , et voilà pourquoi il s'étounoit que les catéchumènes eussent tant d'empressement pour être incorporés dans l'Eglise de Jésus-Christ. 11 raisonnoit mal dans la conséquence qu'il tiroît : mais «on principe étoit toujours vrai , que le baptême est pour
nous un cngagcnienl p(''nil)lo cl ont'MCux. Mais il y vn a , dites-vous , qui ne sentent pas ce joug. A cela je réponds qu'ils ne le sentent pas, ou parce que Dieu leur donne des forces pour le porter, ou parce qu'ils s'en déchargent par une lâche infidélité. Or l'un et l'autre n'enii)échent pas cpie ce ne soit un joug. Tottite juqwn ineum super vos. P. 69 — 71.
2.° Concluons donc que l'amour de Dieu doit être beaucoup plus généreux et plus fort dans un chrétien , puisqu'il doit avoir une vertu proportionnée à ces saintes et rigoureuses obligations que le bapléme nous impose. Disons obligations du baptême , et non pas vœux , parce que le vœu dans sa propre signification est un engagement libre, c'est-à-dire un engagemont que Dieu ne nous commande pas , mais que nous contractons de nous-mêmes et par noire choix. P. 71 , 72.
Je vais plus avant , et je dis de même avec Guillaume de Paris , que l'acte d'amour de Dieu doit embrasser tous les conseils sous condition ; en sorte que s'il étoit nécessaire , pour marquer à Dieu mon amour^ de pratiquer ce qu'il y a dans les conseils de plus mortifiant et de plus humiliant , je fusse disposé à tout entreprendre et à tout souffrir. D'où vient que TerluUien appelle la foi , Ficlem martyrii dehitri'cem .* expression qui convient également à la charité. Ainsi quand les martyrs versoient leur sang, ils étoient loués simplement dans l'Église pour avoir fait leur devoir , et non pas plus que leur devoir ; et ceux qui cédoient à la rigueur des lourmens étoient excommuniés comme des apostats. Il seroit bien étrange qu'on n'eût pas dans le christianisme, à l'égard de Dieu , la même fidélité dont on se pique à l'égard de son prince et de sa patrie. P. 72 — 75.
Or, dîtes-moi, chrétiens, s'il s'agissoit maintenant ou de renoncer notre Dieu ou de mourir pour lui ,
Irouveroit-il encore dans nous des martyrs ? Si nous ne sommes disposés de cœur à mourir pour sa cause, nous ne l'aimons pas. Quelques-uns prétendent qu'il est dangereux de faire ces suppositions , et moi ]c soutiens que ces suppositions ainsi faites sont d'une utilité infinie , i.° pour nous donner une haute idée de Dieu ; 2.** pour nous inspirer , quand il est question de lui obéir, des sentimens nobles et généreux; 3.° pour nous humilier quand novis manquons à certains devoirs aisés et communs. Mais ces suppositions peuvent porter au désespoir. Oui , elles peuvent porter au désespoir 5 mais qui ? ceux qui comptent sur leurs forces, et non point ceux qui s'appuient siules forces de la grâce. P. 75 , 76.
Je conçois maintenant qviel est le mérite de la charité divine. Mais si tout ce que j'ai dit est nécessaire pour aimer Dieu , quel est celui qui aime Dieu ? Demandons , comme l'Apôtre , ce saint amour. Disons comme saint Augustin : Ah ! Seigneur , je vous ai aimé trop tard ; mais au moins veux-je confimencer présentement à vous aimer. P. 76 — 78.