‹ Careme (volume 2)Chapitre 46 sur 81 · LE DIMANCHE DE QUASIMODO · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE DE QUASIMODO

Sujet. // ieur dit une seconde fois : La paix soit avec vous.

Voilà le précieux trésor que Jésus-Christ laisse à ses apôtres. Mais d'où vient qu'il ne se conlen'e f)as de leur donner une fois la paix , et qu'il leur dit deux foix , que la paix soit avec vous ? c'est ce que je vais vous apprendre , et d'où je tire le sujet de ce discours. p. 385—387.

Division. Paix de l'esprit et paix du cœur , dovible paix que le Sauveur donne à ses apôtres ; et voilà pourquoi il leur dit deux fois dans la même apparition , que la paix soit avec vous. Mais par où arrivet-on à l'une et à l'autre ? par la soumission à la foi , et par l'obéissance à la loi. En deux mots , il faut que la foi gouverne notre esprit , si nous voulons qu'il soit dans le calme • première partie. Il faut que la loi de Dieu règne dans notre cœur, si nous voulons qu'il jouisse d'un bonheur solide : deuxième partie. P. 087—589.

Première fartie. Paix de l'esprit dans la soumis-

«ion à la foi. Hors de celle soumission à la foi , il est impossible ([ue notre esprit trouve jamais le repos. Car donnez-moi un homme déterminé à ne croire que ce qu'il lui plaît, sans déférer à la foi ; sur quoi »'appuiera-t-il ? il vivra dans Tindifférence touchant la religion , ou il se fera une religion particulière selon ses vues. S'il vil dans une indifférence entière touchant la religion , c'est-à-dire sans se metlre en peine s'il y a un Dieu et une autre vie , vous voyez assez le malheur de cet état. Quelle paix peut-il goûter, ne sachant ni ce qu'il est , ni ce qu'il deviendra, cl abandonnant au hasard son bonheur et son malheur élernel ? S'il se fait une religion de sa raison , je veux dire selon ses vues naturelles , il n'y trouvera pas plus de tranquillité ; pourquoi ? parce qu'un homme sage , pour peu qu'il se connoisse lui-même , doit êlre convaincu de trois choses louchant sa raison ; savoir, qu'elle est sujette à l'erreur, qu'elle est naturellement curieuse , et que la plupart de ses connoissances ne sont tout au plus que des opinions qui la laissent toujours dans l'incertitude en lui proposant même la vérité. Or ces trois choses sont absolument incompatibles avec le repos de l'esprit. P, 389

Si je suis sage , je ne puis établir ma religion sur ma raison , pourquoi ? parce que je sais que ma raison est sujette à mille erreurs , surtout en ce qui concerne la religion. Exemple des païens, des Egyptiens, des Romains , peuples d'ailleurs si polis , qui sont tombés dans les plus prodigieux égaremens sur ce qui regarde le culte de la divinité. Exemple de tant d'hérêtiqvies : point d'hérésie si extravagante qui n'ait trouvé des sectateurs. De plus , qui ne sait pas que le caractère de notre esprit , dans la plupart des jugemens qu'il forme , est un caractère d'incertitude , irincouslaucc , d'inésoiuUun ? autre qualité directe-

mont contraire au repos iju'il cherche. Voyez ces pré- Iciidus eî^rits forts du monde, qui , pour avoir peu de religion, raisonnent éternellement sur la religion. Ils raisonnent , mais sans savoir ce qu'ils croient et ce qu'ils ne croient pas ; incertains de tout , et détruisant aujourd'hui ce qu'ils avoîent hier avancé. D'où est venue cette confusion qui a paru de !out temps dans le progrès des hérésies ? de l'orgueil de la raison humaine. Chacun s'érîgeoit en maifre et dogmatisoit à sa mode. Quand il n'y auroit que la eu iosité desavoir, avec celte insatiable avidité d'acquérir sans cesse de nouvelles connoissances , pourrions-nous esp^^rer de procurer la paix à noire esprit ? P. 393—397.

Il faut donc, pour metire notre esprit en possession de cette bienheureuse paix où il aspire , quelque choe de stable , qui arrête et qui borne sa curiosité ; quelque chose de certain , qui remédie à ses incon>t;inces ; quelque chose d'infaillible , qui corrige ses erreurs. Or ce sont les trois caractères de la foi : car la foi borne notre raison , en réduisant tous ces discours à ce seul principe , c'est Dieu qui Ta dit ; la foi remédie à ses inconstances , en nous meltant dans cette sainte disposition d'esprit où nous renoncerions plutôt à toutes les lumières de la nature et à toutes les connoissances des sens que de ne pas croire ce que nous croyons ; enfin la foi assure la raison de riiomme contre le mensonge et l'erreur, parce qu'étant fondée sur la révélation divine, elle est aussi infaillible que Dieu même P. 397 — 399,

Du reste , notre foi n'est ni une foi ignoranle , ni une foi imprudente, ni une foi aveugle en toutes manières. Ce n'est point une foi ignorante , puisque avant que de croire il nous est permis de nous éclaircir si la chose est révélée de Dieu ou si elle ne Test pas. Ce n'est point une foi imprudente , Duisqu'elie

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est fondée sur des molifs qui ont convaincu les premiers hommes du monde. Ce n'est point une foi aveugle en toules manières, puiscju'à Tobscurilé des mystères qu'elle nous révèle elle joint une espè(.e d'évidence , et c'est l'évidence de la révélation de Dieu. Voilà ce qui achève de calmer mon esprit. ^ 399—401.

Au contraire , si Je sors des voies de la foi , je tombe dans un labyrinthe , où je ne fais que tourner ^ sans trouver jamais d'issue. Il faut , pour y renoncer à celte foi , que je me porte aux plus grandes extrémités : à ne plus reconnoîlre de Dieu , à ne plus reconnoîlre de Sauveur Homme-Dieu , etc. Or, pour en venir là et pour y demeurer , quels combats n'y a-t-il pas à soutenir , et de quels flots de pensées un esprit ne doit-il pas être agité ! P. 401 , ^o'i.

Dans cette contrariété de sentimens qui est entre vous et moi , dirois-je encore à un libertin , qui de nous deux expose davantage , et qui de nous deux doit plus craindre ? En croyant ce que je crois, tout ce qui peut m'arriver de plus fâcheux , c'est de me priver inutilement et sans fruit, pendant la vie , de certains plaisirs défendus par la loi que je professe , et défendus même par la raison ; mais vous , si ce que vous ne croyez pas ne laisse pas d'être vrai , vous vous mettez dans le danger d'une damnation éternelle. P. 4o3.

Concluons. Heureux ceux qui croient et qui n'ont point vu. Notre condition en cela peut être même plus heureuse que celle des apôtres ; car ils avoîent vu les miracles de Jésus-^Christ , et nous croyons sans les avoir vus. P. 4^3 — ^06.

Deuxième partie. Paix du cœur dans Tobéissance à la loi. i.** On ne peut résister à Dieu et avoir la paix. 2. Il est aussi comme impossible de n'avoir pas ia pais; quand on est soumis à Dieu. P. 406.

1 ." On ne peut résister à Dieu et avoir la paix. Quis restitit ci , et pacem hahuit ? Dieu , dit saint Augustin , étant le souverain bien de l'homnie et sa fin dernière, le cœur de l'homme ne peut être en paix qu'autant qu'il est uni à Dieu. Or il n'est uni à Dieu dans celte vie que par un assujettissendent volontaire à la loi de Dieu, Le pécheur veut vivre dans l'indépendance , et dès là il se précipite dans un abîme de malheurs ; dès là sa raison devient son ennemie , sa foi le condamne , sa religion Teffraie , sa conscience le déchire. Cette seule pensée , je suis l'objet de la haine de Dieu, je suis actuellement exposé aux coups de Dieu , n'est-elle pas capable de faire dans l'ame du pécheur vine espèce d'enfer ? Aussi 5 disoit le Sage en parlant à Dieu , vous n'avez , Seigneur , pour punir les pécheurs , qu'à les abandonner à eux-mêmes , sans armer contre eux les créatures. P. 4o6 — 4*o.

Consultons l'expérience. Voyons-nous que les pécheurs du siècle jouissent d'une vérilable paix ? Qu'est-ce que leur vie ? un esclavage où leurs passions et leurs vices les dominent ; une dépendance perpétuelle du monde et de ses lois , un assujettissement servile à la créature. Qu'est-ce que leur vie ? une suite de désordres qui les rendent également criminels et malheureux , parce que c'est , par exemple , une ambition qu'ils ne peuvent satisfaire , une avarice qui ne dit jamais : C'est assez , etc. P. 4io , 4i 1*

Mais ces pécheurs ont souvent tout ce qui fait les hommes heureux dans cette vie ; ils sont riches , puissans , élevés. Je prétends , moi , que ce n'est point tout cela qui fait le bonheur de l'homme : car ne voyons-nous pas tous les jours des hommes conlens sans tout ceLi, et des hommes malheureux avec tout cela ? Mais ils passent pour heureux dans l'opi-

488 TAULli KT ANALYSE DES SKRMONS.

liioii du iiioiule. Ce qui fait le malheur ou le |jo;râlieur, ce n'est pas Topinion et l'idée d'aulrui ; m lii notre propre idée , notre propre opinion , noire propre sentiment. Mais ils disent qu'ils ont la paix. Ils le disent , j'en conviens ; mais , tandis qu'ils le disent de bouche, Uur cœur les dément. 4»! — 4^4-

».• Il est comme impossible de n'avoir pas la paix quand on est soumis à Dieu. Paix inébranlable du côté de Dieu , paix inébranlable du côté du prochain , paix inébranlable de noire part même. P. 4'4 — 4*^-

Voilà le bienheureux état des justes. Tel fut l'état d'un saint Paul , et de tant de martyrs ; tel est celui de tant de chréliens fidèles à la loi. Le dirai-je , mon Dieu ? tel est l'état où je me suis quelquefois trouvé moi-même , et où je me trouve encore quand je me tourne vers vous. P. 4 » 6— 4^9*

FiM DU 111^ VOLUME DU CÀftiniR.

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