LA FÊTE DE PAQUES
Sujet. lia été Uvré pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. Il semble que Jésus-Christ , ayant achevé sur la croix l'ouvrage de notre rédemption , ne devoit plus penser qu'à sa propre grandeur , et qu'étant mort pour nous , il ne devoit ressusciter que pour lui-même. Mais c'est un Dieu , dit saint Bernard , qui veut nous appartenir entièrement , et dont la gloire et la béatitude se rapportent à nous auiîsi-bicn que ses humiliations et ses souffrances. Si donc il ressuscite , c'est pour notre sanctification et pour nous apprendre à ressusciter spirituellement avec lui. P. 307 — Sog.
Division. Jésus-Christ par le mérite de sa mort nous a justifiés. Mais , outre ce mérite , il nous falloit un modèle sur qui nous pussions nous former ^ et que nous eussions sans cesse devant les yeux, pour travailler nous-mêmes à Taccomplissement de
4;^ TABLB ET ANALYSE
ce grand ouvrage de notre justificalion , ou si voun voulez , de notre conversion , à laquelle ^ selon Tordre de Dieu, nous devions coopérer. Or ce modèle, c'est la résurrection du Sauveur. Car, comme Jésus- Christ est ressuscité , disoit l'Apôtre , nous devons entrer nous-mêmes dans une vie nouvelle. Celte vie nouvelle doit donc avoir les deux caractères de la résurrection du Fils de Dieu , que l'Evangile nous a marqués. Le Seigneur est vraiment ressuscité. Surrexit Dominus verè ; et il s'est fait voir à Pierre , et apparuit Simoni, Ainsi ^ être converti , premier caractère de notre résurreclîon spirituelle: première parlie. Paroître converti, second caractère de notre résurrection spirituelle : deuxième partie. P. Sog — 3 12.
Première partie. Ltre converti comme Jésus- Christ est ressuscité. Jésus-Christ est vraiment ressuscité , et après sa résurrectian il n'a plus vécu en homme mortel , mais en homme tout céleste. De même il faut, 1.^ que nous soyons vraiment convertis ; 2.^* qu'après notre conversion nous ne vivions plus en hommes charnels et mondains , mais d'une vie toute spirituelle et toute sarnte. P. 3i3.
I.* Jésus-Christ est vraiment ressuscité, principe incontestable , et dont le Sauveur du monde, avant toutes choses, prit soin de bien convaincre ses apôtres , voulant que cotte résurrection véritable nous servît d'exemple. Car c'est ainsi que nous devons être vraiment convertis. Or ne pouirois-je pas bien dire de notre résurrection spirituelle et de notre conversion , ce que saint Paul disoit de la résurrection future de nos corps : Mes frères ^ voici un impor^ tant secret que je vous déclare ; nous ressusciterons tous , mais nous ne serons pas tous changés. En effet , dans cette solennité de Pâques et jusque dans le tribunal delà pénitence , nous mentons souvent au Saint-Esprit, nous en imposons au monde, et
nous nous trompons nous-mêmes par une fausse conversion. Ce n'est point par là qu'on ressemble à Jésus-Christ ressuscité : mais par une vraie conversion, c'est-à-dire par une conversion sincère et sans déguisement, par une conversion surnaturelle , et dont Dieu soit le principe , l'objet et la fin. P. 3i3 — 3i8.
Conversion sincère et sans déguisement. Ce qui nous perd devant Dieu , et ce qui nous empêche de ressusciter en esprit , comme Jésus - Christ est ressuscité selon la chair, c'est communément un levain de péché que nous fomentons dans nous , et dont nous ne travaillons pas à nous défaire. C'est pourquoi saint Paul nous avertit que nous devons célébrer cette fêle , non avec le vieux levain , avec un levain de dissimulation et de malice, nonin ferinenlo veteri j neque in fermenta malitiœ et nequitiœ ; mais dans un esprit de sincérité et de vérité, sed in azymis sinceritatis et veritatis. P. 3i8 — 32o.
Conversion surnalurelle et dans là vue de Dieu. Autrement qu'est-ce devant Dieu que notre conversion, si ce sont des motifs humains , la prudence de la chair, la crainte du monde , l'intérêt, qui l'animent ? Jésus -Christ ressuscita par une vertu toute divine , et c'est par un principe tout divin que nous devons ressusciter. Loin de moi , disoit l'Apôtre , cette fausse justice , que je pourroîs trouver dans moi , et qui seroit de moi et non de Dieu. Ainsi tous les vrais pénitensse sont -ils élevés au-dessus d'euxmêmes et de la chair, et out-ils envisagé Dieu dans leur pénitence. P. 32o — 333.
2.* Jésus-Christ après sa résurrection n'a plus vécu en homme mortel , mais en homme tout céleste. Il avoit un corps, et ce corps revêtvi de gloire sembloit être de la nature et de la condition des esprits. Ce qui fuisoit dire à l'Apôtie • Quoique auparavani
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nous ayons connu Jésus- Christ selon la chair , maintenant nous ne te connoissons plus de la même sorte , ni selon cette même chair. Appliquonsnous CCS paroles , et concluons que si nous sommes vraiment convertis , il faut qu'on ne nous connoisso plus selon la chair , ni selon les désirs de la chair , mais comme des hommes tout spirituels. C'est par là que nos corps participent dès celte vie à la gloire de Jésus-Christ ressuscité. C'est par là qu'ils deviennent incorruptibles , pleins de vertu , de force , d'honneur. Mais souvenons-nous qu'ils ne sont rien de tout cela qu'autant que nous y coopérons par notre vigilance et par nos soins. Quelque affermis que nous soyons dans le bien , nous ne sommes pas inébranlables. Que faut-il donc faire, et comment devons - nous vivre dans le monde ? Saint Paul nous l'apprend : Quœ sursùm sunt sapite , n'ayez plus de goût que pour les choses du Ciel ; Quœ sursù^n sunt quœrite , ne cherchez plus que les choses du Ciel. P. 523—327.
Deuxième partie. Paroîlre converti comme Jésus-* Christ paroît ressuscité. Pourquoi Jésus- Christ demeure-t-il encore quarante jours sur la terre après sa résurrection ? pour la faire connoître à ses disciples et pour les en convaincre. C'est pour cela qu'il se fait voir à eux sous tant de figures différentes. Belle leçon pour nous. Car comme ce n'est point assez de paroître converlis si nous ne le sommes eu effet , aussi ne sufïît-il point de l'être et de ne le pas paroître. Être et paroître, ce sont deux obligations; et accomplir l'une sans se mettre en devoir de satisfaire à l'autre, ce n'est qu'une justice imparfaite. Si Jésus-Christ n'eût pas paru ressuscité, il eût laissé notre foi dans le trouble; et si nous neparoissons pas convertis , nous ne faisons qu'à demi notre devoir et l'œuvre de Dieu. Je dis plus : être et paroî^
DES SERMONS. ^'jb
Ire converti , ce sont tellement deux obligations différentes, qu'elles sont néanmoins inséparables. Car paroître converti , remarque saint Thomas, est une partie de la conversion même. Comment cela? parce qu*être converti, c'est embrasser tous les devoirs de l'homme chrétien. Or un devoir de l'homme chrétien est de paroître ce qu'il est; et s'il a été pécheur et rebelle à Dieu , un de ses devoirs est de paroîlre obéissant et soumis à Dieu. Ce devoir est fondé , i " sur l'intérêt de Dieu ; 2.' sur l'intérêt du prochain ; 3.* sur notre propre intérêt. P. 327 — 33 1.
i.° Obligation de paroître converti fondée sur l'inlérêt de Dieu qu'on a offensé. Sans cela quelle réparation lui ferez-vous de tant de crimes , et comment lui rendrez-vous la gloire que vous lui avez ravie en les commettant ? Le juste môme , quoique juste 5 dit saint Chrysostôme , est obligé de se déclarer pour Dieu : combien plus lé pécheur qui se convertit doit-il non- seulement confesser le Dieu qu'il sert , mais fiire justice au Dieu qu'il a déshonoré !Il faut donc, conclut le même Père, que la vie do ce pécheur, dans l'état de sa pénitence , soit comme une amende honorable (ju'il fait à son Dieu. Aussi quand saint Pierre, après la résurrection du Sauveur , paroissoit dans les synagogues et dans les places publiques, prêchant le nom de Jésus-Christ, d'où lui venoit surtout ce zèle ? du souvenir de son péché. Vous reconnoissez comme lui que vous avez outragé votre Dieu : n'est-il pas juste que par une vie exemplaire vous effaciez les impressions que votre impiété a pu donner contre sa loi ? Le Fils de Dieu voulut que ses apôtres , qui l'avoient abandonné dans sa passion , lui servissent ensuite de témoins : Eritis ^nihi testes. Voilà ce que vous devez être au milieu du monde , surtout à la cour. Bien loin que vos désordres passés affoiblissent votre té-
luoiguage, cVsl au contraire ce cjni le fortifiera et
le rendra plus convaincant. V. 53i — 335.
2.* Obligation de j)aroîlre converti fondée sur Finlérét du procliain (|ue vous avez scandalisé. Car, devez-vous dire , il faut que je ré|)are , par lui remède pioporlionné , les scandales de ma vie : or ce (jui a scandalisé mon frère , ce n'est point précisément mon péché , mais ce quia paru de mon péché. Pourquoi Jésus-Christ a-t-il paru ressuscité, ou plutôt à qui a-l-il paru ressuscité ? aux uns pour les consoler, aux autres povir les ramener de leur égarement, à ceux-là povu' vaincre leur incrédulité , à ceux-cf pour leur reprocher l^endurcissement de leur cœur. C'est ainsi que nous d(3vons paroître convertis , pour la consolation des justes , pour la conversion des pécheurs, pour la conviction des libertins. Pour la consolation des justes : combien d'ames saintes pleuroient sur vous et étoient sensiblement touchées de votre état ! Comme votre péché les a affligées, il faut que votre pénitence les réjouisse sur la terre , aussi-bien que les anges dans le Ciel. Pour la conversion des pécheurs : Texemple de votre conversion sera un attrait mille fois plus puissant pour eux que celui des justes qui se sont toujours maintenus justes. Aussi Jésus-Christ choisit-il saint Pierre pénitent et converti pour ramener ses frères et pour les confirmer : Et tu aliquaiido conversus , confirma fratres tuos. Pour la conviction des libertins et des iiicrédules : saint Thomas eut une grâce d'autant plus spéciale pour prêcher la foi qu'il avoit été plus infidèle. Ce qui touche les impies, c'est d'entendre un impie comme eux dire , je suis persuadé. P. 335^ — 34 1-
5.^ Obligation de paroître converti fondée sur notre intérêt propre. On ne veut pas qu'il paroisse qu'on iàil changé de conduite, pourquoi ? parce qu'on seut
bien que si ce changement venoît une fois à éclater y on seroit obligé de le soutenir, et que Thonneur même venant au secours du devoir, on ne pourroit plus dans la suite s'en dédire. D'où >e conclus que nous devons regarder comme un avantage de parottre convertis , puisque , de notre propre aveu , le paroîlre et l'avoir paru est une raison qui nous engage à l'être toujours et à persévérer. Mais si je retombe en effet, que dirat-on ? Ne pensons point à cela, sinon autant que cette pensée nous peut être salutaire pour nous animer; et du reste prenons confiance et agissons. P. 541—345.
Compliment au roi. P. 345 — 347.
Sujet. Lorsqu'ils furent proche du bourg ou ils atioicnt, il feignit de vouloir aller plus loin. Et ils le pressèrent de demeurer avec eux , en lui disant : Demeurez avec nous.
C'est ainsi qu'une ame chrétienne ne se contente pas que Jésus-Christ soit venu chez elle, ou plutôt dans elle , par la commnion pascale , mais qu'elle l'engage encore à demeurer avec elle. Il faut que ce Sauveur demeure en nous par sa grâce ; et il faut aussi que nous demeurions en lui par notre persévérance dans la grâce. Sainte persévérance dont je veux vous entretenir dans ce discours. P. 348—350.
Division. C'est par sa passion et par sa mort que Jésus-Christ a vaincu le péché, et c'est par sa résurrection qu'il triomphe encore de notre inconstance. Le mystère de Jésus-Christ ressuscité nous engage foitement à la persévérance chrétienne : première partie.
La persévérance clirélicnne est le litre le plus légilîrno et le gage le plus ccrlain pour participer un jouràLi gloire de Jésus-Christ ressuscité : deuxième partie, P. 35o , 35i.
Première partie. Le mystère de Jésus-Christ ressuscité nous engage fortement à la persévérance chrétienne. Je considère quatre choses dans la résurrection du Sauveur; savoir, Texemple de celte résurrection , la foi de cette résurrection , la gloire de cette
résurrection , et le sacrement de cette résurrection. Or, 1.° l'exemple de la résurrection de Jésus-Christ est le vrai modèle de notre persévérance dans la grâce ; 2.° la foi de la résurrection de Jésus-Christ est le solide fondement de notre persévérance dans la grâce : 3.® la gloire de la résurrection de Jésus-Christ est un des plus touchans motifs de notre persévérance dans la grâce ; 4-° 1<^ sacrement de la résurrection de Jésus- Christ, de la manière que je l'expliquerai, est comme le sceau de notre persévérance dans la grâce. P. 551—353.
1.* L'exemple de la résurrection de Jésus-Christ est le vrai modèle de notre persévérance dans la grâce. Car Jésus- Christ ressuscité ne meurt plus, dit l'Apôtre , et nous-mêmes nous ne devons plus mourir. Pourquoi la résurrection du Sauveur est-elle la seule que Dieii ait choisie pour nous servir de modèle dans notre conversion ? Pourquoi ne nous a-t-il pas proposé la résurrection de tant d'autres ; par exemple , de Lazare ? C'est que la résurrection de Lazare n'étoit qu'une résurrection passagère , et que notre conver- .sion doit être durable. Si donc vous retombez dans cet état de mort où le péché vous avoit réduit , votre pénitence n'est point ce qu'elle doit être, parce que vous n'êtes pas ressuscité comme Jésus-Christ. Ah ! Seigneur , s'écrioit le Prophète royal , c'est sur le modèle de la résurrection de votre Fils que vous m'avez
DES SERMONS. 4y^
\\}gé , et que vous avez examiné si ma conversion avoil toutes les qualités d'une résurrection parfaite Prohasii me, et cognovisti me : tu cognovisti sessioncm meam, et resurrectionern mearn. Et par où avez- vous connu qu'elle seroil telle que vouslademan (liez, ou qu'elle ne le seroit pas? par l'avenir, et par ma persévérance. Inteitexisti cogitationes meas de longé ^ et ornnes vias meas prœvidisti. P. 353 — 358, 2.° La foi de la résurrection de Jésus-Christ est le solide fondement de notre persévérance dans la grâce. Comment cela ? C'est que la résurrection de Jésus- Christ est un des principaux fondemens de la foi chrétienne. Or ce qui fait subsister notre foi, fait subsister notre conversion , parce que notre conversion , selon le Concile de Trente, n'a point d'autre fondement que noire foi. Avant la résurrection du Sauveur , rien de plus foible que les apôtres ; mais depuis cette résurrection ce furent des hommes intrépides et inébranlables. Quand saint Paul exhortoit les Hébreux à la persévérance , voici une des grandes raisons dont il se servoit : Christus heri et hodie , ij)se et in secula. Jésus-Christ n'est phis sujet à aucun changement : il étoit hier, il est encore aujourd'hui ,• et il sera le même dans tous les siècles. Rappelons un de cesmomens où, touchés de Dieu , nous avons formé de si saintes résolutions , et demandonsnous à nous-mêmes : Les principes de foi et les vérités sur quoi j'établissois ma conversion ont-ils changé ? Ce qui étoit vrai alors l'est encore maintenant et le sera toujours. Pourquoi changerois-je moi de conduite , et clémentirois-je les promesses que j'ai faites à Dieu ? Excellente pratique pour apprendre à persévérer. Credidi , propter quod tocutus stim : J'ai cru. Seigneur, et c'est pour cela que je vous ai donné une parole que je ne rétracterai jamais. l\ a.58— 064
48o TABLE ET ANALYSE
S.» La gloire de la résnrreclion de Jésns-Clirisi est un des plus loiiclians niolifs de notre persévérance dans la grâce. La raison est (|ue cette résurrection du Sauveur nous rnct devant les yeux la gloire et rinimortalilé bienheureuse où nous aspirons, et qui doit èlre notre récompense éternelle. Aussi prenez garde que ce fut cette vue qui inspira au saint homme Job tant de constance dans les plus rigoureuses épreuves. Scio qiiod Redemptor meus vivit , et in novissimo die de terra surrecturus suni.,,. Repoàitaest iiœc spes in sinumeo. P. 364 — 36G.
4.° Le sacrement de la résurrection de Jésus-Christ est comme le sceau de notre persévérance dans la grâce. J'appelle le sacrement de sa résvirreclion le sacrement de son corps , que nous avons reçu en célébrant sa résurrection glorieuse. Il prétend par là .servir d'aliment à notre ame ; et c'est pour cela que le prêtre , en nous faisant part de celte divine nour* 1 iture . nous a dit : Que te corps de notre Seigneur Jésus-Christ conserve votre ame pour ia vie éter^ nelte. Ne ponrrois-je donc pas bien , si vous retourniez à vos pi'emières habitudes , vous faire le même reproche que saint Paul faisoit aux Galates : O insen-sati Gaiatœ ^ quis vos fascinavit non ohedire veritati ? O insensés que vous êtes, qui vous a ensorcelés pour vous faire abandonner lâchement et honteusement le parti de la vérité ? Quelle folie d'avoir giommencé par la pvireté de l'esprit , et de finir par la *,orruplion de la chair! P. 366 — 370.
Deuxième partie. La persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le gage le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésus-Christ ressuscité : i.'' la persévérance représente déjà dans nous l'état de celte bienheureuse résurrection ; 2.*" elle nous dispose et nous conduit à cette bienheureuse résur-
4'çction : 3.' elle nous fuit mériter^ autant qu'il est
possible ^
pOî5sîl)le 5 la grâce spéciale de celte bienheureuse ré- MH-rection. P. 370, 571.
1.° La persévérance chrétienne représente déjà dans nous l'état de celte lésurrecîion glorieuse , dont nous voyons les prémices dans la personne du Sauveur. En quoi consiste cet état des corps glorifiés ? en ce qu'ils ne sont plus sujets à aucune vicissitude ; en ce que leur gloire est immortelle. Or rien n'approche plus de cet état que la persévérance du juste, au d'un pécheur converti. Car au lieu que les mondains sont dans un changement perpéluel 9 le juste, forlîfié par la bonne habitude, est inviolablement ce qu*il doit être, et par là anticipe l'heureux état de la résurrection future. C'e^t ce que disoit saint Cyprien à des vierges chrétiennes : Vos resurrectionis gloriam in hoc secuiojam tenetis : Vous possédez par avance dans celte vie la gloire que nous attendons dansTautre. Or ce que saint Cyprien leur disoit , je puis bien vous l'appliquer; et les plus libertins même ne sont pas exclus de ce bonheur, puisque les plus libertins sont capables d'une parfaite conversion comme les antres pécheurs. Mais si vous ne soutenez pas ce que vous avez entrepris, il est bien à craindre que vous ne soyez pas du nombre de ceux qui , selon la parole du Prophète royal , doivent un jour ressusciter dans l'assemblée des justes. Celui , dit le Sauveur du monde , qui regarde derrière lui après avoir mis la main à la charrue n'est pas propre au royaume de Dieu. Et comment un homme inconstant et léger , reprend saint Chrysostôme, seroil-il propre au royaume do Dieu , puisqu'il ne l'est pas môme pour le monde et pour les affaires du monde ? Et d'ailleurs, conclut le même Père , si nous ne sommes pas propres au royaume de Dieu , que sert-il de l'êlre pour toute aulre chose? P. 371— 3;5.
2/' La persévérance chrélienne nous dispose et noust l)OUKD. Caitmc. l{{. /|1
48'2 TAIJLK ET ANALYSE
conduit à la résurrection bîenhcunusr. Car clic nouf* conduit à la pcrsévcrancc finale, qui est la dernière disposition à la bienheureuse immortalité. Dans les prédeslinés , dit saint Jérôme, on ne cherche pas le commencement, mais la fin. Par conséquent , c'est la persévérance qui met le comble a la prédestination des élus. Cela s'entend, me direz- vous , de la persévérance finale ; il est vrai : mais par où arrive-t-on à la persévérance finale , sinon par la persévérance commencée , qui est celle de la vie ? Ainsi nous ne nous disposons à régner un jour comme les saints dans le Ciel qu'autant que nous nous accoutumons à persévérer comme eux sur la terre. P. 375 — 379.
3/' La perstvéïance chrétienne nous fait mériter, autant qu'il et possible , la grâce spéciale de la résurrection bienheureuse : pourquoi ? parce qu'elle nous fait mériter, autant qu'il est possible , la grâce de la persévérance finale. Quand je dis mériter , je n'entends pas d'un mérite de justice , mais d'un mérite de convenance et fondé sur la miséricorde et la libéralité de Dieu. C'est-à-dire que Dieu voyant l'homme appliqué de sa part à se maintenir dans la grâce , il se sent réciproquement ému , en vue d'une telle constance, à le gratifier de ses plus singulières faveurs ,.et en particulier du don de la persévérance finale. De là, quand nous voyons un juste mourir saintement, nous ne nous en étonnons point ; mais nous connoissons en cela une espèce de convenance, qui , sans blesser en rien la justice de Dieu, Ta engagé à déployer toute sa miséricorde et à l'exercer. Au contraire, quand on nous parle de certains justes qui se sont démentis à la mort, et se sont malheureusement perdus , nous en sommes effrayés , et nous jugeons qu'il y a eu dans cette disposition de Dieu quel- ([^uc chose que nous ne comprenons pas. Quoi qu'il çn puisse être , la surprise où nous jettent ces chutes
inopinées et ces coups de réprobation , est une preuve v'|ue ce n'est donc point ainsi que Dieu en use selon les règles ordinaires. P. 379 — 38 1.
Je finis par la touchante exhortation de saint Jérôme à un homme du monde , qui commençoit à chanceler dans le dessein qu'il avoit pris de chercher à Bethléem un asile contre les périls du siècle. Ob^ secro tc^ frater, et moneo pare7itis affectu , etc.. Application des paroles de ce Père à un pécheur conveiti. P. 38i— 384.