‹ CaremeChapitre 2 sur 44 · PERISSE FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES · texte numérisé non relu

PERISSE FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES

46 N. S. P. le Pape et de Son Ém, Mgr le Cardinal-Archevêque de Ljon*

Ancienne maison Ï\UE MERCIÈRE, 49,

ÇT RUE CKNTRILB, 60.

nouvelle maison RUE SAINT-SULPIGE, 38,, ^ a:<gliï de la PLicr»,

\1\X\%\\V%\^%%\V%'V\\%\\'\XX%V\'% \\%V%%%\^ \\^'V\%%\\\\\\\\\\ V \\i 'i-w^

SEIOION

POUR

^wvw*

Mémento^ homo, quia pulvis es, et in pulvereni reverteris.

SouveneZ'VOUS , homme , que vous êtes poussière , et que vous retournerez en poussière. Ce sont les paroles de l'Eglise dans la cérémonie de ce jour.

IL seroit difficile de ne s'en pas souvenir . chrétiens , lorsque la Providence nous en donne une preuve si récente , mais si douloureuse pour nous et si sensible. Cette Eglise où nous sommes assemblés, et que nous vîmes iln y a que trois jours occupée à pleurer la perte de son aimable prélat, (i) et à lui rendre les devoirs funèbres, nous prêche bien mieux par son deuil cette vérité, que je ne le puis faire par toutes mes paroles. Elle regrette un pasteur qu'elle avoit reçu du Ciel comme im don précieux ; mais que la mort , par ime loi commune à tous les hommes, vient de lui ravir. Ni la no-

( I ) M. de Perefixe, archevêque de Paris. BouRD. Cartme. I. 1

Liesse (lu sang ^ niréclat delà diguilé, ni la saiiH letc du caractère, ni la force de Tesprit, ni les (jualilés du cœur, d'un cœur bienfaisant , droit, religieux , ennemi de Tartifice et du mensonge , rien ne Ta pu garantir du coup fatal qui nous l'a enlevé , et qui , du siège le plus distingué de notre France , Ta fait passer dans la poussière du tombeau. Vous , Messieurs, qui composez ce corps vénérable dont il étoit le digne chef; vous qui, par un droit naturellement acquis, êtes maintenant les dépositaires de sa puissance spirituelle , et que nous reconnoissons à sa place comme autant de pères et de pasteurs; vous, sous Fautorité et avec la bénédiction de qui je monte dans cette chaire pour y annoncer TÉvangile, vous n'avez pas oublié, et jamais oublierez-vous les témoignages de bonté, d estime, de confiance que vous donna jusques à son dernier soupir cet illustre mort; et qui redoublent d'autant plus votre douleur , qu'ils vous font mieux sentir ce que vous avez perdu , et qu'ils vous rendent sa mémoire plus chère?

Cependant, après nous être acquittés de ce qu'exigeoient de nous la piété et la reconnoissance, il est juste, mes chers auditeurs, que nous fassions un retour sur nous-mêmes ; et que , pour profiter d'une mort si chrétienne et si sainte , nous joignions la cendre de son tombeau à celle que nous présente aujourd'hui l'Église, et nous tirions de l'une et de Tautre une importante instruction; Car telle est notre destinée temporelle.

Voilà le terme où doivent aboutir tous les desseins des hommes et toutes les grandeurs du monde : voilà l'unique et la solide pensée qui doit partout et en tout temps nous occuper : Mémento 5 homo 5 quia pulvzs es , et in pulverem rêver-' tei'is : Souvenez-vous , qui que vous soyez , riches ou pauvres , grands ou petits ^ monarques ou sujets; en un mot, hommes, tous en général, chacun en particulier, souvenez-vous que vous n'êtes que poudre et que vous retournerez en poudre. Ce souvenir ne vous plaira pas; celte pensée vous blessera , vous troublera , vous affligera : mais en vous blessant , elle vous guérira ; en vous troublant et en vous affligeant , elle vous sera salutaire ; et peut-être , comme salutaire , vous devîendra-t-elle enfin, non-seulement supportable, mais consolante et agréable. Quoi qu'il en soit, je veux vous en faire voir les avantages , et c'est par là que je commence le cours de mes prédications.

Divin Esprit, vous qui d'un charbon de feu purifiâtes les lèvres du Prophète , et les fîtes servir d'organe à votre adorable parole , purifiez ma langue , et faites que je puisse dignement remplir le saint ministère que vous m'avez confié. Éloignez de moi tout ce qui n'est pas de vous. Ne m'inspirez point d'autres pensées , que celles qui sont propres à toucher , à persuader , à convertir. Donnez-moi 5 comme à l'Apôtre des nations , non pas une éloquence vaine, qui n'a po7ir but que de contenter la curiosité des hommes; mais une

éloquence chrétienne , qui , tirant toute sa vertu de votre Evangile , a la force de remuer les consciences 5 de sanctifier les araes , de gagner les pécheurs et de les soumettre à Tempire de voire loi. Préparez les esprits de mes auditeurs à recevoir les saintes lumières qu'il vous plaira de me communiquer; et comme , en leur parlant, je ne dois point avoir d'autre vue que leur salut , faites qu'ils m'écoutent avec un désir sincère de ce salut éternel que je leur prêche , puisque c'est Tessentielle disposition à toutes les grâces qu'ils doivent attendre de vous. C'est ce que je vous demande 9 Seigneur , et pour eux et pour moi , par l'intercession de Marie , à qui j'adresse la prière ordinaire : Ave y Maria.

C'est un principe dont les sages mêmes du paganisme sont convenus , que la grande science ou la grande étude de la vie , est la science ou l'étude de la mort, et qu'il est impossible à Thomme de vivre dans l'ordre et de se maintenir dans une vertu solide et constante , s'il ne pense souvent qu'il doit mourir. Or je trouve que tonte notre vie, ou pour mieux dire , tout ce qui pc nt être perfectionné dans notre vie, et parla raison et par la foi, se rapporte à trois choses : à nos passions , à nos délibérations , et à nos actions. Je m'explique. Nous avons dans le cours de la vie des passions à ménager , nous avons des conseils à prendre, et nous avons des devoirs à accomplir. En cela , pour me servir du terme de l'Ecriture ,

consiste tout rhomme ; tout l'homme ^ dîs-je , raisomiable et chrétien : Hoc est enim omnis komo (i) . Des passions à ménager , en réprimant leurs saillies et en modérant leurs violences : des conseils à prendre , en se préservant , et des erreurs qui les accompagnent , et des repentirs qui les suivent: des devoirs à accomplir, et dont la pratique doit être prompte et feryente. Or pour tout cela, chrétiens , je prétends que la pensée de la mort nous suffit, et j'avance trois propositions que je vous prie de bien comprendre, parce qu'elles vont faire le partage de ce discours. Je dis que la pensée de la mort est le remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions ; c'est la première partie. Je dis que la pensée de la mort est la règle la plus infaillible pour conclure sûrement dans nos délibérations; c'est la seconde. Enfin, je dis que la pensée de la mort est le moyen le plus efficace pour nous inspirer une sainte ferveur dans nos actions ; c'est la dernière. Trois vérités dont je veux vous convaincre, en vous faisant sentir toute la force de ces paroles de mon texte : Mémento , homo , quia putvis es^ et in puiverem reverteris. Vos passions vous emportent, et souvent il vous semble que vous n'êtes pas maîtres de votre ambition et de votre cupidité : Mémento , souvenez- vous , et pensez ce que c'est que l'ambition et la cupidité d'un homme qui doit mourir. Vous délibérez sur une matière importante , et vous ne savez à quoi vous

Eccles. 12.

résoudre : Mémento , souvenez-vous , et pensez quelle résolution il convient de prendre à un homme qui doit mourir. Les exercices de la religion vous fatiguent et vous lassent , et vous vous acquittez négligemment de vos devoirs ; Mémento^ souvenez-vous , et pensez comment il importe de les observer à un homme qui doit mourir. Tel est l'usage que nous devons faire de la pensée de la mort j et c'est aussi tout le sujet de votre attention.

Page 1