‹ CaremeChapitre 29 sur 44 · S DIMANCHE DE LA 11^ SEMAINE · texte numérisé non relu

S DIMANCHE DE LA 11^ SEMAINE

voulûmes du monde , pour observer les bienséances du monde , pour mériter la faveur du monde. Or, qu'ils aiment Dieu, comme ils aiment le monde : que , sans changer de scntimens , mais seulement d'objet 5 au lieu de demeurer toujours attachés au monde , ils commencent à s'attacher à Dieu 5 cette loi du Seigneur qui leur paroît impraticable 5 changera , pour ainsi dire , de nature pour eux. Ils travailleront , et dans leur travail ils trouveront le repos ; ils combattront , et dans leurs combats ils trouveront la paix; ils renonceront à tout 5 et dans leur renoncement ils trouveront leur trésor ; ils endureront tout , ils se mortifieront en tout 5 et dans leurs mortifications et leurs pénitences ils trouveront leur bonheur.

C'est ainsi que la loi de Dieu est tout à la fois un joug et un soulagement , un fardeau et un soutien. Si vous en doutez , j'en appelle , non point à votre témoignage j puisque vous ne pouvez rendre témoignage de ce que vous n'êtes point en état de sentir , mais au témoignage de tant de saints qui l'ont éprouvé , et de tant dames justes qui l'éprouvent encore tous les jours. Eh quoi ! cette loi de charité n'a-t-elle pas changé les chaînes en des liens d'honneur? témoin un saint Paul. N'a-t-elle pas donné des charmes à la croix ? témoin un saint André. N'a-t-elle pas fait trouver du rafraîchissement au milieu des flammes ? témoin un saint Laurent. N'opère-t-elle pas encore à nos yeux tant de miracles ? N'est-ce pas elle qui fait porter à tant de vierges chrétiennes ton-

tes les austérités du cloître ? N'est-ce pas elle qui engage tant de pénitens dans une sainte guerre contre eux-mêmes , et qui leur apprend à crucifier leur corps ? N'est-ce pas elle qui fait préférer la pauvreté aux richesses , l'obéissance à la liberté, la chasteté aux douceurs du mariage , les abstinences et les jeûnes , les haires et les cilices à toutes les commodités de la vie ? Que dis-je dont vous n'ayez pas des exemples présens et fréquens : et ces exemples que vous voyez , ne sont-ce pas autant de leçons pour vous ? Si donc , conclut saint Jérôme , la loi vous paroît difficile , ce n'est point à la loi qu'il faut s'en prendre ni à ses difficultés, mais à vous-mêmes et à votre indifférence pour Dieu. Elle est difficile à ceux qui la craignent , à ceux qui la voudroient élargir , à ceux que l'esprit de Dieu , cet esprit de grâce , cet esprit de charité ne réveille point , n'anime point , ne touche point , parce qu'ils n'en veulent pas être touchés. Mais prenons confiance , et dans un saint désir de plaire à Dieu entrons dans la voie de ses commandemens, nous y marcherons comme David , nous y courrons , nous arriverons au terme de l'éternité bienheureuse , où nous conduise , etc*

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SERMON

POUR

LE LUNDI DE LA Ile SEMAINE.

SUR L'IMPENITENCE FINALE.

Ego vado , et quaeretîs me ; et în peccato veslro moriemini.

Je m^eii vais ; vous me chercherez , et vous mourrez dans votre pcché. Saint Jean , chap. 8.

Ce sont deux grands maux que le péché et la mort : le péché , par où la mort est entrée dans le monde ; et la mort , par où Dieu a puni le pé- (hé : le péché qui dégrade l'homme dans l'ordre de la grâce ; et la mort qui le détruit dans l'ordre de la nature : le péché qui nous a fait tomber de ce bienheureux état d'innocence , où Dieu nous avoit créés ; et la mort qui nous dépouille de tous les biens temporels dont Dieu après le péché nous a encore laissé l'usage. Mais après tout, chrétiens, ni la mort ni le péché , pris séparément , ne sont point des maux extrêmes ; et j'ose même dire qu'ils peuvent avoir leur avantage et leur utilité. Car la mort sans lejjéché peut être sainte

IMPÉNITENCE FINALE. 43l

et précieuse devant Dieu ; et le péché sans la mort peut servir de matière aux plus excellentes vertus qui rendent Phomrne agréable à Dieu. La mort sans le péché fut dans Jésus - Christ une source de grâces et de mérites ; et le péché sans la mort , comme l'enseigne la théologie , a été dans les prédestinés et un principe et un effet de leur prédestination. La mort sans le péché acheva de sanctifier Marie ; et le péché sans la mort devint un motif de conversion pour Magdeleine. Mais le souverain mal et ce qu'il y a de plus affreux , c'est le péché et la mort unis ensemble : la mort qui met le dernier sceau à Pimpénitence du pécheur ; et le péché qui imprime à la mort le caractère de sa malice : la mort qui rend le péché pour jamais irrémissible ; et le péché qui rend la mort pour toujours criminelle et réprouvée. La mort dans le péché, la mort avec le péché 5 la mort même , comme il arrive souvent , par le péché : voilà , mes chers auditeurs . ce qui m'effraie et ce qui doit vous effrayer comme moi; voilà ce que Dieu a de plus terrible dans les trésors de sa colère ; voilà de quoi le Fils de Dieu menace aujourd'hui les Juifs , et de quoi nous avons aussi-bien que les Juifs à nous préserver. Pour bien entrer dans ces sentimens , implorons le secours du Ciel par l'intercession de la Vierge que nous prions tous les jours de nous être favorable à la mort et disons-lui, Jve , Maria.

C'ÉTOIT 5 chrétiens , une triste vérité pour les Juifs, mais une vérité fondée sur la parole même de Jésus-Christ, qu'après avoir vécu dans le péché, ils mourroieutdansTimpénitence : In peccato vesira moriemini. Or en quel sens cet oracle doit-il être entendu? car il nous importe de le bien savoir, puisque le Sauveur du monde nousparloità nousmêmes dans la personne des Juifs , et qu'il n'y va pas moins que d'une éternelle réprobation. Est-ce une simple menace que Jésus-Christ faisoit à cette nation incrédule , pour les obliger à se reconnoître? Est-ce un arrêt définitif qu'il portoit contre eux ; et prétendoit-il leur signifier que la mesure de leurs crimes étoit remplie , et qu'ils n'avoient plus de grâce à espérer de la part de Dieu? Saint Chrysostôme l'a pris dans le sens le plus favorable; et ce Père estime que ce fut seulement comme une sentence comminatoire qui déclaroit aux. Juifs ce qu'ils avoient à craindre , s'ils demeu roient plus long -temps dans leur infidélité ; de même que Jonas , en prêchant aux Ninivites , leur annonça qu'après le terme de quarante ]o\\v^ Ninive seroit détruite : Adhùc quadraginta dies^ et Ninive subvertetur (i). Saint Jérôme s'est attaché à la lettre ; et sa pensée est , que le Fils de Dieu ne parloit pas seulement aux Juifs en prophète pour les intimider , mais en juge et en souverain pour les condamner : c'est-à-dire , qu'il ne leur marquoit pas seulement le danger où ils

(i) Jon». 3.

Croient

étoient d'une réprobation prochaine ; mais qu'il leur intimoit expressément que leur réprobation étoit déjà consommée. Gar , reprend ce saint docteur, quand Dieu dans l'Écriture veut seulement menacer , il ajoute toujours à ses menaces des conditions qui en suspendent PefFet et qui les modifient. Ainsi dit-il à Adam : Si tu manges de ce fruit 5 tu mourras : In qiio enim die comederis , morte morieris (i) : au lieu que le Sauveur d[i monde faisoit une proposition absolue , en disant aux Juifs : Vous mourrez dans votre péché ; ///. peccato vestro moriemini.

Mais du reste , chrétiens , soit que ce soit un arrêt , ou que ce soit précisément une menace , n'est-ce pas assez pour nous faire trembler que ce soit la menace d'un Dieu? d'un Dieu , qui ne parle point en vain ; d'un Dieu , qui ne parle point par passion ; d'un Dieu , qui ne parle point sans connoissance ; mais qui pénétrant dans le fond des cœurs 5 et découvrant d'un coup d'œil tout l'avenir , voit par avance à quoi se doit terminer notre vie , et quelle en sera la fin. In peccato vesti^o moriemini. Ne nous en tenons pas là néanmoins ; mais consultons l'expérience , et voyons si l'expérience vérifie à l'égard des pécheurs cette prédiction de Jésus-Christ : car après la parole de Dieu , la preuve la plus convaincante et la plus sensible , c'est l'expérience. Comment donc meurent presque tous les pécheurs du siècle; je dis ces pécheurs d'état et de profession , ces pécheurs

(i) Gènes. 2.

BouRD. Carême. I. 37

obstinés dans leurs désordres, qui jamais n'ont lailiinc vraie pénileiiee pendant la vie ; comment meurent-ils? Ah ! mes frères, c'est ici que nous devons reronnoîtrc une providence bien sévère et bien terri])le sur les inq)i('S , conime il y en a une tout aimable et toute bienfaisante sur les justes. Ils meurent, ces pécheurs invétérés , comme ils ont vécu. Ils ont vécu dans le péché , et ils meurent dans le péché. Ils ont vécu dans la haine de Dieu , et ils meurent dans la haine de Dieu. Ils ont vécu en païens , et ils meurent en réprouvés : voilà ce que l'expérience nous apprend.

Mais pour vous en donner une idée plus juste , et pour partager ce discours, je les divise en trois espèces différentes. Car les uns meurent dans le désordre actuel de l'impénitence ; les autres meurent sans nul sentiment et nulle démonstration de pénitence ; et les derniers meurent dans Texercice , ou , pour ra^ieux dire , dans Fillusion d'une fausse pénitence. Les premiers sont les plus criminels , parce qu'ils ajoutent à tous les péchés de leur vie celui de l'impénitence finale , par où il est vrai dédire qu'ails se réprouvent eux-mêmes, et qu'ils consomment positivement leur damnation. Les seconds sont plus malheureux , et par là même plus dignes de compassion , parce que, sans le vouloir et sans y penser , ils se trouvent privés des secours de la pénitence. Les derniers participent à la condamnation des uns et des autres ; et sans être , ni si criminels que les premiers ; ni si malheureux que les seconds , ils sont

toutefois 5 et malheureux parce qu'ils sont aveugles , et crimiaels parce qu'ils sont pécheurs et impénitens. Ainsi j'appelle l'impénitence des premiers, une impénitence criminelle ; j'appelle l'impénitence des seconds , une impénitence malheureuse ; et j'appelle l'impénitence des derniers, une impénitence secrète et inconnue , ou si vous voulez, une fausse pénitence , qui n'est au fond qu'une véritable impénitence. Ce n'est pas tout. Car après vous avoir marqué ces trois caractères de pécheurs qui meurent dans leur péché , je dois ajouter trois réflexions, pour vous faire connoître comment l'impénitence de la vie conduit à l'impénitence de la mort : comprenez ceci. Je dis que l'impénitence de la vie conduit à l'impénitence criminelle de la mort par voie de disposition ; ce sera la première partie. Je dis que l'impénitence de la vie conduit à l'impénitence malheureuse de la mort , par voie de punition ; ce sera la seconde partie. Enfin je dis que l'impénitence de la vie conduit à l'impénitence secrète et inconnue , ou à la fausse pénitence de la mort , par voie d'illusion ; ce sera la troisième partie. Commençons.

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