PREMIÈRE PARTIE
Quelque liberté que Dieu ait donnée à Thomme en le laissant , comme parle TEcriture , entre les mains de son conseil , c'est une maxime générale 5 fondée sur tous les principes de la religion , qu'il n'y a point d'état dans la vie où il soit permis à l'homme chrétien d'entrer sans vocation de Dieu ; point de condition dont la première et l'essentielle règte ne soit d'y être appelé de Dieu ; point de rang ni d'emplois ^ qui ne devienne dangereux 5 quand on s'y engage sans avoir consulté Dieu. En cela , dit saint Ghrysostôme , consiste le droit de souveraineté , que Dieu s'est réservé sur la créature raisonnable et intelligent^^ ; et moi je dis : en cela consiste le bienheureux engagement qu'a la créature raisonnable et intelligen-. te , à n'user de sa liberté et de ses droits que dépcndamment de Dieu, son Seigneur et son souverain , puisqu'il n'y a rien qui se trouve si étroitement lié avec le salut que ce que nous appe-- Ions vocation.
En effet, mes chers auditeurs, toute notre pré destination roule presque sur ce point, je veux dire sur le choix des états que nous embrassons*
4;4 mlugredi de la ii^ semaine.
Do ]i\ (Irpnid presque unirjiicment le bonlieur ou le malheur de noire élernité; et en voiri la raisou : parce que la prédesliiialiou • disent les théologiens, n'est rien autre chose, de la part de Dieu, qu'ini certain cncliaînement de grâces qui nous sont piéparces ; et de notre part, qu'une suite d'actions sur quoi est appuyé le jugement décisif que Dieu fait de nous. Or, la plupart des grâces que nous recevons , sont des grâces déterminées à notre état ; et presque tous les péchés que nous commettons , viennent des tentations et des dangers où nous expose notre état. Combien de réprouvés dans Tenfer auroient vécu sur la terre comme des saints, s'ils avoient suivi la voix de Dieu en embrassant l'état où Dieu les appeloit ; et combien de saints dans le Cie] auroient été sur la terre des impies et des libertins , s'ils avoient choisi telles conditions où Dieu ne les appeloit pas !
C'est le raisonnement que tout chrétien doit faire en prenant les choses dans leur source primitive , qui est l'adorable providence. Or, quoique ce principe soit universel , et qu'il convienne également à tout ce qui peut être dans la vie un sujet de délibération et d^élection, il faut néanmoins reconnoître qu'il doit être surtout appliqué à ce qui regarde les honneurs du siècle et notre agrandissement dans le monde. Je veux dire, que pour parvenir sûrement et irréprochablement aux honneurs du siècle, il faut une vocation plus ex-j presse, plus certaine, plus infaillible. Car c'est;
AMBITION, /\.rjS
ninsi que TApôtre Ta hautement déclaré , en publiant cette loi si solennelle , que l'ambition des bonimes a toujours affecté de contredire , mais que ta parole de Dieu lui opposera éternellement, savoir : que nul ne doit s'attribuer l'honneur à lui-même , mais qu'il est uniquement pour celui à qui Dieu le destine ; JVec quisquarn suniit sibi honorem , sed qui vocatur à Deo (i). Règle également fondée , et sur l'intérêt de Dieu 5 et sur l'intérêt de l'homme. Intérêt de Dieu , puisque c'est à lui que l'honneur appartient , et par conséquent à lui seul qu'il appartient aussi de le donner comme il lui plaît, quand il lui plaît , et à qui il lui plaît. Car s'il est de son droit et de sa grandeur d'ordonner de tout dans le monde , n'est-il pas à plus forte raison de cette même grandeur et de' ce même droit , de régler à son gré et selon ses vues ce qu'il y a dans le monde de plus distingué? Intérêt de l'homme , puisqu'on peut dire en général qu'il n'y a rien de plus dangereux pour le salut de l'homme , que Télévation : mais si toute élévation est dangereuse , combien l'est celle où l'on s'est porté de soi-même , et selon les désirs de son cœur!
Quoi qu'il en soit , chrétiens , voilà la règle que nous devons suivre ; mais est-ce la règle que nous suivons? Ah ! c'est ici que votre attention m'est nécessaire 5 et je n'aurois qu'à consulter l'expérience pour vous convaincre de ce que j'ai maintenant à vous reprocher ou à déplorer avec vous. Les
(i) Hebr. 5, ♦
4;t) MKRCIIKDI DK LA II* SEMAINE.
honneurs du niunde sont, dans les principes de la prcdcslinalion éternelle, autant de vocations de Dieu ; mais le scandale du christianisme est de les voir aujourd'hui traités comme les choses les plus profanes. Car . au mépris de saint Paul et de sa rc^lc , on y entre sans vocation ; on les ohlient par briyue et par artifice ; de quelque nature qu'ils soient ^ on les reijarde comme dus à sa naissance ; on les poursuit comme des récompenses de ses services ; on en fait des établissemens de famille et de maison ; on les mesure par le plus ou le moins d'intérêt, le plus ou le moins de profit qui en revient ; on en fait des commerces sordides et honteux. Et tout cela sans remords , sans inquiétude , parce qu'on s'autorfse d'une prescription imaginaire et d'un faux usage ; comme si le dérèglement de noire conduite pouvoit jamais devenir mi titre contre les droits de Dieu. Sur quoi gémirons-nous ^ si ce n'est pas sur de semblables abus ?
Venons au détail ; et quelque confusion qu'il nous en coûte , ne craignons point de découvrir nos plaies , dans la nécessité pressante et extrême où nous sommes de les guérir. On se pousse aux honneurs du siècle sans vocation ; et je n'en suis pas surpris , puisque l'erreur va jusqu'à supposer qu'il ne faut point pour ces sortes d'état de vocation. Il faut une grâce de vocation pour embrasser une vie humble dans le cloître ; on en convient : mais pour s'élever aux premiers rangs , mais pour être assis sur les tribunaux, mais pour
se charger des affaires publiques , mais pour exercer des emplois , où l'on a entre les mains les intérêts de toute une ville, de toute une province, de tout im royaume ; mais pour occuper des places qui demanderoient , s'il étoit possible , la sainteté des anges , l'ambition d'Un homme et sa cupidité suffit ; c'est à lui-même d'être l'auteur de sa destinée , et il n'a qu'à s'en rapporter à son propre témoignage ou plutôt à sa présomption* Le Fils de Dieu a beau dire dans notre évangile , que ces places ne sont que pour ceux à qui son Père les a destinées ; Sed quitus paratum est à Pâtre meo (i) ; cette destination du Père céleste est un mystère inconnu à Pambitieux. En vain saint Ghrysostôme lui remontre-t-il que ces emr plois ont des engagemens nécessaires avec la conscience 5 et par conséquent qu'ils doivent être , si j'ose parler ainsi , du domaine de la grâce ; ce domaine de la grâce qui Tincommode y et qui bor* neroit ses projets, lui paroît chimérique. En vain saint Bernard lui fait -il entendre que plus ces honneurs sont relevés et distingués , plus ils demandent une vocation qui les sanctifie ; l'habitude qu'il s'est faite de n'y procéder que par les vues d'une prudence charnelle , le rend insensible à tout. Pour les dignités mêmes de l'Eglise , quel égard a-t-on aujourd'hui à la vocation divine ? Y engager des enfans encore incapables d'être ap* pelés , les y faire entrer avant qu'ils soient en état de les connoître ; et quand cette connoissance leur
(i) Malth. 20.
est enfin venue , les forcer , an hazard de leur damnation , à sVn tenir là , est-ce agir dans la pensée que ces dignités ecclésiastiques sont d'un ordre spirituel , et qu'il n'appartient qu'à Dieu même d'en disposer ?
Ce n'est rien encore. Car si le mérite et la vertu suppléoient en quelque manière au défaut de la vocation et de la grâce 5 quoiqu'il y eût toujours, selon saint Grégoire pape, de l'indécence à s'attirer par ces voies-là mêmes les honneurs du siècle, encore pourroit-on dire qu'ils ne seroientpas absolument profanés. Mais quand, à l'exclusion du mérite, on voit, comme il n'arrive que trop, remuer tous les ressorts de Tintrigue , de la cabale , de l'intercession , de la faveur : quand le crédit et l'amitié s'en mêlent , et qu'ils y ont la meilleure part : quand on y emploie la ruse et la fraude , qu'on y joint l'importunité , et qu a l'exemple de la mère des deux disciples , on joue toute sorte de personnages , de suppliant , de négociant , d'offrant , d'adorateur et de client , Adorans et jjetens (i) : quand on ne se cache pas même d'user de tels moyens , mais qu'ion s'en déclare , qu'on s'explique ouvertement de ses prétentions , qu'on se fait une politique d'en venir à bout, et qu'après n'y avoir épargné ni souplesse ni bassesse , on se glorifie encore du succès , comme d'un trait d'habileté : le dirai -je? quand on s'introduit aux honneurs par la porte de l'infamie , et que , pour s'en ouvrir le chemin , on
(i) MaUli. 20.
corrompt celui - ci par promesses , celle - là par présens , cet autre par menaces : enfin , quand pour y réussir plus sûrement , on s'appuie du vice même et de Finiquité dont on recherche la protection : quand tout cela , dis- je ^ à force d'être commun , passe même pour innocent , pour légitime, pour honnête , que peut-on conclure j sinon que toutes les idées de Phonneur , j'entends celles que Dieu nous avoit imprimées , s'efîfacent tous les jours de nos esprits , puisque nous n'envisageons plus ces honneurs du monde comme des rangs marqués par la Providence , mais comme des objets de nos passions , ou comme des dons de la fortune, exposés aux entreprises des plus hardis.
Ecoutez -moi toujours , chrétiens , et ne perdez rien d'une morale si étendue. On poursuit les honneurs même les plus saints , comme dus à sa naissance , autre prévarication ; et sans nul fondement que celui-là , on se croit bien établi , et même en droit de prétendre à tout. C'est assez d'avoir de la qualité , pour aspirer à ce qu'il y a de plus éminent dans le sacerdoce* C'est assez d'être né d'un père opulent , pour se pousser aux plus grandes charges. C'est assez , selon le langage ordinaire , qu'un tel soit fils diin tel , pour que le fils ait l'assurance de vouloir être tout ce qu'a été le père. Avec cela , quelle que soit son indignité et son incapacité personnelle 5 il n'y aura rien qu'il n'entreprenne : il jugera 5 il commandera 5 il gouvernera • il décidera du sort et
48o MKUtniEOI DE LA II* SEMAINE.
lie la vie dos hommes , il sera , comme dit TEvani^ile , sur le chandelier , lorsqu'il devroit être caché sous le boisseau. Moïse , remarque Philon le Juif 5 se voyant sur le point de mourir , n'osa jamais nommer un de ses proches , pour lui succéder dans rhonorable commission qu'il avoit reçue de conduire le peuple : pourquoi ? parce qu'il ne crut pas , ajoute le même auteur , qu'uu choix de cette conséquence lui appartînt j ni qu'il lui fût permis d'appeler les siens à un ministère , où lui-même n'étoit parvenu que par une vocation expresse de Dieu : jiiit quia non putavit reiïi tantam ad suurn pertinere judiciiun ^ aut quia ipse non potuerat , nisi Deo vocanie ^ principatinn suscipere. Ainsi raisonna ce saint léj^islateur. Mais l'ambitieux bien plus éclairé , ou bien moins scrupuleux que Moïse , se destine, sans hésiter , pour successeur à qui il lui plaît ; et fait valoir aussi-bien que les enfans de Zébédée , la proximité du sang , pour venir à bout de tous les desseins que lui suggère son ambition. Il n'est pas jusqu'aux dignités les plus sacrées , dont cer^ tains esprits du monde , esprits intéressés et avares , ne continuent à dire aujourd'hui , mais avec bien plus de scandale , ce que disoient déjà du temps de David , les premiers du peuple dlsrael: Allons , possédons le sanctuaire de Dieu comme notre héritage : Omnes principes eorum , qui dixerunt (i) : Hœredïtatepossideamus sanctuarium Dei : c'est un bénéfice qui depuis tant
(i) Ps. 82.
d'années
AMBITION. 48 f
d'années esl dans noire maison , et qu il y faut conserver. Mais moi je réponds avec le même prophète : Deus meus , j)one illos id rotani , et sieut stipularn ante faciem venti (i) : Faites-les, mon Dieu , tourner comme une roue , et dissipez-les, comme le vent dissipe la paille : c'est-àdire 5 humiliez -les , détruisez -les , anéantissezles ; et puisque dans ce qui concerne même votre culte 5 ils ont si peu d'égard à vous , n'ayez que des malédictions pour eux. Et en effet rien de plus fatal 5 ni de plus sujet à des suites malheureuses , que CCS possessions héréditaires du sanctuaire de Dieu*
Mais j'ai rendu , dites-vous , des services consielérables , et cette place qui vient de vaquer et que je poursuis , est une récompense qui me rei^^arde naturellement. Hé bien , reprend saint Bernard j que concluez-vous de ces services tant vantés par vous - même ? Pour avoir rendu des services 5 qui n'ont communément ni rapport, ni proportion avec la place que vous ambitionnez , t'ii êtes-vous plus capable de la remplir ? Celte place est-elle faite pour reconnoître des services, tels que ceux dont vous voulez vous prévaloir ? Est-il juste 5 par exemple , que le sacerdoce et ce qui lui est annexé , soit la récompense d'un service temporel et mondain ? y auroit-il simonie plus visible et plus condamnable que celle - là ? Faut-il parce que vous avez servi , qu'un pouvoir de mal faire et de vous perdre vous soit mis en
(i) Ps. 82.
BouRO. Carême, î. A[
main ? Ayez servi avec tout le zelc , avec tonte la (idélité qifon poiivoit alleudre de vous; celle fidélité doit-elle élrc récompensée dans votre personne, souffrez que je nrexprime ainsi, parla proslitulion de ra!itorilé?N'y a-t-ii point pour ces prétendus services que vous mettez à un si liaut prix 5 d'autre justice à vous rendre , que de vous faire monter à un degré , où Dieu ne vous veut pas ?
Cependant, mes chers auditeurs , tel est Taveuglement de notre cupidité : contre toutes les vues de Dieu , des honneurs où Ton doit être appelé par la vocation du Ciel , on se fait par une indigne profanation , des établissemens pour la terre. Combien de pères et même de pères chrétiens 5 ou plutôt oubliant qu'ils sont chrétiens , tiennent le langage de cette mère de notre évangile : Die ut sedeant ki duo filti mei (i) / Placez mes deux enfans auprès de vous, et qu'ils aient , l'un à votre droite , l'autre à votre gauclie, les plus hauts ministères de votre royaume. S'il y en a quelques-uns assez retenus , pour ne s'en pas^déclarer si grossièrement , où sont ceux dans le cœur qui ne se le disent pas à eux-mêmes ? Car c'est là un des articles sur quoi je soutiens que la morale de Jésus-Christ , dont nous nous glorifions tant quelquefois , ne nous a point encore réformés. Tant de dévotion, tant de régularité qu'on le voudra sur tout autre point; on y consent , on s'en pique ; mais on veut voir sa
(i) Malth. 2o.
famille honorablement établie , je dis honorablement selon les maximes du monde. On veut voir ses enfans pourvus et pourvus avantageusement selon les idées du monde : c'est-à-dire , les uns dans TEglise avec tout le faste du monde ^ les autres dans le monde avec tout le luxe du paganisme ; les uns riches des dépouilles des peuples , les autres du patrimoine de l'autel ; les uns sur le pinacle du temple , oix souvent la tête leur tourne ; les autres dans les magistratures , où le poids de leurs obligations les accable : et parce que la corruption des mœurs suit presque infailliblement de là 5 les autres déréglés et scandaleux dans leur état : Die ut sedeant hi duo filii mei (i). Malédiction qui , par un juste mais terrible jugement de Dieu, semble être de nos jours attachée à toutes les familles des grands. Vous diriez même que cet abus ait désormais passe en loi , et que Dieu avec toute la supériorité de sa sagesse et de sa grâce soit obligé de s'y assujettir. Il suffit que ce jeune homme soit le cadet de sa maison , pour ne pas douter qu'il ne soit dès là appelé aux fonctions redoutables de pasteur des âmes. Si les choses changeoient de face, sa vocation changeroit de même. Tandis qu'il aura un aîné , elle subsistera : et cela , diton , parce que pour l'intérêt de la famille il faut que l'un des deux s'avance par là. Disons mieux et plus simplement : et cela , parce que la fin qu'on se propose et que se proposent même
(i) Mallh. 20.
484 MERCREDI DE LA Il« SEMAINE.
bien des pères dévots , est de faire des familles puissantes , et non de faire des familles chrétiennes.
Je ne parle point d'un autre désordre , qui se trouve joint à celui - ci , et qui faisoit autrefois gémir Salvien, ce saint prêtre de Marseille ; savoir 5 que dans ce département de conditions , fait par des parens aveugles et prévenus de l'esprit du monde , si de plusieurs enfans qui composent la même famille , il y en a un plus méprisable 5 c'est toujours celui à qui les honneurs de l'Eglise sont réservés. S'il est disgracié , mal fait 5 ou s'il n'a pas l'inclination du père et de la mère , dès là il en faut faire un bénéficier. O impiété ! s'écrioit ce grand homme ; comme si de n"être pas propre à tout le reste , c'étoil une vocation pour la maison de Dieu , et que les autels dussent être pourvus des rebuts du monde. At verb niiiic nuUi Deo maqis voventur , quùrn quos parentum pietas minus respicit : et qui ineligni ceiisentur hœreditate , digni judicantur consecratione. Pouvoit-il s'énoncer en des termes plus forts 5 et plus propres pour nous ? Mais maintenant , dit - il , on ne donne point d'enfans plus volontiers à Dieu ^ que ceux qui ont moins de part à la bienveillance paternelle ; et quand on les juge indignes de soutenir l'honneur de leur naissance , on les estime capables d'être les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs de ses mystères.
Faut - il s'étonner après cela , chrétiens • si
Dieu, juste vengeur de sa providence et de ses droits, s'élève contre nous? De quel œil peut-il voir une telle profanation? Seroit-il ce qu'il est , c'est- à-dire, seroit-il un Dieu sajje, un Dieu saint , un Dieu parfait , s'il souffroit tranquillement de pareils abus? Mais surtout , faut-il s'étonner si toutes les conditions du monde sont si avilies, si elles se trouvent remplies de tant d'rndii>nes sujets , si Ton voit tant d'ecclésiastiques scandaleux , tant de juges corrompus , tant de grands sans conscience et même sans religion ? Ne seroit-ce pas ime espèce de miracle , si cela n'étoit pas ainsi ? Comment voulez - vous que des gens qui n'ont ni grâce , ni vocation pour un état, y soient fidèles à leurs devoirs , et qu'ils ne s'y perdent pas ? que la même cupidité , la même ambition qui les a fait entrer , ne les porte pas à mille autres désordres ? Ah ! Seigneur, je prêche une morale toute raisonnable , toute solide , toute chrétienue : mais où est-ce que je la prêche ? au milieu de la cour , et devant des auditeurs appliqués à m'écouter , mais peu disposés à me croire. Ce sont des mondains; et qui, parmi ces mondains , comprendra ce langage , ou le voudra comprendre ? Domine , qiiis ci^edidii auditui nostro (i) ? Mais au moins , Seigneur , si le monde n'est pas touché de ces maximes , s'il ne les reçoit pas , elles lui auront été annoncées , il en aura été instruit , il ne se prévaudra pas contre votre loi de son ignorance ; et les ministres,
(0 Isa. 53.
par leur silence , ne laisseront pas Panibitlou prescrire contre votre Evanijile. Car ce ([uc je dis j je le redirai toujours, et toujours je rendrai contre le monde ce témoii;na^a^ à la vérité , que les honneurs du siècle doivent être de votre part autant de vocations ; et que ce sont encore par rapport au prochain de vrais assujeltissemens et deS|qpgagcmens à le servir, comme nous Talions voir dans la seconde partie.