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LE RIERCREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

Sujet. Quelques-uns des sériées et des pharisiens disoient à Jésus- Christ : Maître , nous voudrions hien voir quelque prodige de vous. Jésus leur répondit : Cette nation méchante et adultère de^ mande un prodige , et il n'y en aura point d'autre pour elle que celui du prophète Jonas.

Ce fut une curiosité présomptueuse , une curiosité captieuse et maligne , qui porta les pharisiens à faire cette demande au Sauveur du monde ; et c'est pour cela même que le Sauveur du monde les traita de nation méchante et infidèle , et qu'il les cita devant le tribunal de Dieu. Ainsi nous voudrions voir des miracles pour nous confirmer dans la foi , et nous eu voyons dont nous ne profilons pas. Car nous avons dans Jésus-Christ et dans l'établisement de son Évangile, non-seulement de quoi convaincre nos esprits, mais de quoi contenter pleinement notre curiosité ; et si nous n'en somnnes pas touchés , ce ne peut être que l'effet d'une mauvaise disposition dont nous serons responsables au jugement de Dieu. Importante matière qui fera le sujet de ce discours. Compliment à la reine. P. 268 — 272.

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Division Failcs-noiis voir un prodige qui vienne de vous , dirent les pliarisicns à Jésus-Christ. Sur ijuoi saint Augustin reniar([uc qu'il y a deux sortes de prodiges : les uns qui viennent de Dieu , et les autres (jui viennent de riioninie. La foi des Ninivites convertis par la prédiealion de Jonas , oe fut un prodige (jui ne pouvoit venir que de Dieu , et c'est celui que Jésus-Christ propose aux pharisiens : mais au même temps il leur en découvre un autre qui ne pouvoit venir que d'eux-mêmes , savoir le prodige ou le désordre de leur infidélité. Appliquons-nous ceci. Je prétends que Jésus-Christ dans rétablissement de la religion , nous a fait voir un miracle plus authentique et plus convaincant que celui des Ninivites convertis, et c'est le grand miracle de la conversion du monde , et de la propagation de l'Évangile que j'appelle le miracle de la foi : première partie. Je prétends que nous opposons tous les jours à ce miracle un prodige d'infidélité , mais d'une infidélité plus monstrueuse et plus condamnable que celle des pharisiens : deuxième partie. P. 272 — 275.

Première partie. Conversion du monde par la prédication de l'Évangile , miracle de la foi chrétienne. Jugeons-en par ce que Jésus-Christ nous marque en avoir été la figure , je veux dire 5 parla conversion des Ninivites. Jonas, envoyé de Dieu , prêche au milieu de Ninives , et tout-à-coup cette ville, abandonnée à tous les vices , devient un modèle de pénitence. Voilà , disoit le Fils de Dieu aux Juifs , le miracle qui vous condamnera. Et je dis à tout ce qu'il y a de libertins qui m'écoutent : en voici un , qui doit bien plus encore confondre votre incrédulité : c'est la conversion du monde entier opérée par la mission d'un plus grand que Jonas , qui est Jésus-Christ : Et ecce plus qitàm Jonas hic, P. 275 — 277.

Qu'a-t-il fait ? Il entreprend de détruire dans tout

lie monde ridolâlrîe , la superstition ^ l'erreur, et d'y établir le vrai culte de Dieu. Qui choisit-il pour cela ? douze apôtres grossiers , foibles, ignorans , mais qu'il remplit de son esprit. Remplis de l'esprit de Dieu , tout grossiers, tout foibles , tout pauvres qu'ils sont d'ailleurs , ils annoncent un Évangile contraire à toutes les inclinations de la nature , et on le reçoit. Ils l'annoncent aux grands, aux doctes et aux prudens du siècle , à des mondains sensuels et voluptueux , et l'on s'y soumet. De là se forme une chrétienté si sainte et si pure , que le paganisme même se trouve forcé à l^admirer. Ce n'est pas qu'ils ne rencontrent bien des obstacles à vaincre. Toutes les puissances de la terre s'élèvent contre la nouvelle religion qu'ils prêchent; mais cette religion si fortement combattue triomphe de tout. Elle s'étend , elle se multiplie : c'est bientôt la religion dominante , et où ? jusque dans Rome, jusque dansle palais des Césars. Avouonsle : quand dès sa naissance , elle aurôit trouvé toute la faveur et tout l'appui nécessaire , elle seroit toujours, par mille autres endroits , l'œuvre de Dieu : mais qu'elle se soit établie dans les plus sanglantes persécutions , et même par les plus sanglantes persécutions , c'est un de ces prodiges où il faut que la prudence humaine s'humilie, et qu'elle rende hommage à la toute-puissance du Seigneur. Miracle renouvelé dans ces derniers siècles. Vous le savez : un François Xavier à converti dans l'Orient tout un nouveau monde , et comment ? par les mêmes moyens , malgré les mêmes obstacles, avec les mêmes succès. P. 277 — 282.

Or, je soutiens qu'après cela nous n'avons plus droit de demander à Dieu des miracles : pourquoi ? parce que cette seule conversion du monde est le plus sensible de tous les miracles. 1 .** Miracle qui surpasse tous les autres miracles ; 2.^* miracle qui pré-

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suppose lous les aulres niir.ielcs ; 5." iniKaele qui jus-

lilie tous les aulres miracles. P. 28'j , 285.

Oai , la conversion du monde est le plus sensible de tous les miracles. Vous vous obslinez à rejeter lous les aulres miracles , disoit saint Auguslin aux païens: mais confessez donc que dans votre syslème il y en a un dont vous êles obligés de convenir , c'est le inonde converli sans aucun miracle. Car à quoi attribuerons-nous ce grand ouvrage , si nous n'avons pas recours à la vertu infinie de Dieu ? Ce ne peut être ni aux talens de l'esprit et à l'éloquence , ni à la violence et à la force , ni à la douceur de la loi et au relâchement de sa morale, ni au caprice et au hasard. P. 283—385.

1.° Miracle qui surpasse tous les aulres miracles* La conversion d'un pécheur invétéré , dit saint Grégoire , coûte plus à Dieu , et en ce sens est plus miraculeuse que la résurrection d'un mort. Qu'est-ce donc que la conversion de tant de peuples enracinés dans l'idolâtrie ? Que diriez-vous si je convertissois ici tout-à-coup devant vous un impie déclaré ? Y at-il miracle qui vous touchât davantage ? Que devezvous donc juger de tant de nations soumises à l'Évangile ? P. 285 — 287.

2.** Miracle qui présuppose tous les autres miracles. Car comment les premiers chrétiens eussent-ils em- \>rassé avec tant de zèle une loi si rigoureuse , sans ids miracles qu'ils avoient vus ? Ne fut-ce pas un miracle que la conversion de saint Paul, et ce miracle n'en demandoit-il pas un autre que cet apôtre rapporte lui-même ? Saint Pierre , dès sa première prédication 5 converlit trois mille personnes : pourquoi ? parce qu'ils lui entendirent parler toutes sortes de langues. Si ce miracle eût été supposé , saint Luc rût-il eu le front de le publier dans un temps où des

millions de témoins l'eussent pu démenlir ? Si les

miracles

miracles que l'Apôtre prétendoit avoir faits parmi les gentils^ n'avoient été que des hiventions et des faussetés 5 eût-il osé les prier , comme il le fait , de s'en souvenir , et en eût-il appelé à leur propre témoifçnage ? L'auroient-ils cru , et eût-il gagné tant d'aines à Jésus-Christ ? N'étoit-ce pas le lien des niiratles qui atlachoit saint Augustin à l'Église, comme il le dit lui-même , et n'en raconte-t-il pas un , dont SI proleste avoir été spectateur, et qui servit à le confirmer dans la foi ? 287 — 291.

5.° De là , par une conséquence nécessaire , miracle qui justifie tous les autres miracles. Après quoi nous pouvons bien dire à Dieu , comme Richard de Saint-Victor , que si nous étions dans l'erreur , ce seroit à lui que nous aurions droit d'imputer nos erreurs. P. 391.

Mais aussi miracle qui nous confondra au îugement de Dieu» Firi Ninivitœ surgent in judicio. Tant de païens convertis s'élèveront contre nous. N'esl-il pas honteux que la foi ait fait paroître dans le monde tant de vertu , et qu'elle soit si languissante parmi nous ? Quel reproche^ que cette foi ait surmonté toutes les puissances humaines conjurées «outre elle, et qu'elle n'ait pas encore surmonté dans nous de vains obstacles qui s'opposent à notre conversion ! Qu'aurai-je là-dessus. Seigneur, à vous répondre ? P. 291 — 293.

Deuxième partie. Prodige d'infidélité que nous opoosons au miracle de la foi chrétienne. Je considère ^e prodige d'infidélité dans un chrétien qui , selon les divers désordres auxquels il se laisse malheureuseaient entraîner, i.*» ou renonce à sa foi, 2.* ou corrompt sa foi , 3.° ou dément et contredit sa foi. Je m'explique. P. 294 — 296.

1.** Prodige d'infidélité dans un chrétien qui , par le libertinage de ses mœurs , tombe dans Timpiélé BouRD. Carême. L [fj %

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et dans un lil)crliiiai»c de crt'^ancc. Car pcul-on comprendre que des gens élevés dans la foi , la renoncent , cette foi si sainte et si nécessaire , comment ? en aveugles et en insensés, sans examen et sans connoissance de cause, par emportement, par passion, par caprice. Or, voilà ce que noiis voyons. Demandez à un liberlin pourquoi il a cessé de croire ce qu'il croyoit ; s'il a consulté , s'il a lu , si , par une longue étude , il est entré dans le fond des difficultés ; pour peu qu'il soit sincère , il vous avouera qu'il n'a point tant fait de recherches , et qu'il s'est soustrait à l'obéissance de la foi sans tant de réflexions et tant de mesures. P. 296 — 29g.

Mais encore par quelle voie un homme peut-il donc se perverîir jusqu'à devenir infidèle ? Ecoutezle. Prodige d^infidélité : il renonce à sa foi par un esprit de singularité , et pour avoir le ridicule avantage de ne penser pas comme les autres. Prodige d'infidélité : il renonce à sa foi par orgueil , voulant se conduire lui-même par ses propres lumières. Prodige d'infidélité : il renonce à sa foi par intérêt , et tout ensemble par désespoir ; je veux dire , parce qu'elle le trouble dans ses plaisirs , et qu'elle s'oppose à ses injustes desseins. Prodige d'infidélité : il renonce à sa foi par prévention , se piquant en toute autre chose de n'être préoccupé sur rien , et en matière de religion l'étant sur tout. Il y a plus : nonseulement il abandonne sa foi sans raison , mais contre sa raison. On lui propose les motifs les plus convaincans , des motif qui ont persuadé les premiers génies du monde , et il s'endurcit contre tous ces motifs. On lui produit des miracles sans nombre et des miracles éclatans : il s'inscrit en faux contre tous ces miracles , et il n'a pas honte de donner le démenti à tout ce que l'antiquité a eu de plus vénérable et de

us saint. P. 299 — 3o3.

2.° Prodige d'infidélité dans un chrétien qui, par un attachement secret ou public à l'hérésie , corrompt 8a foi. Sans entrer dans un long détail sur les désordres de l'hérésie , il me suffît de faire avec vous la réflexion d'un grand cardinal de notre siècle , que de tant de fidèles qui , dans les derniers temps , ont corrompu la pureté de leur religion , en tombant dans Terreur, à peine s'en est-il trouvé quelques-vins que leur bonne foi ait pu justifier, même devant les hommes. Consultons seulement l'histoire du siècle passé : combien trouverons- nous de catholiques engagés dans le parti de Thérésie par les molifs les plus indignes ? chagrin contre l'Eglise , antipathies particulières , lâches intérêts , esprit de cabale , curiosité , ambition , polilique, nécessité , crainte, ostentation , envie de paroître , partout aveuglement et passion.' P. 5o3— 3o6.

5.* Prodige d'infidélité dans un chrétien qui , par ses mœurs , dément sa foi. En tout le reste , nos affections et nos actions s'accordent avec nos connoissances. Il n'y a que le salut, et ce qui concerne le salut , où nous détruisons dans la pratique ce que nous croyons dans la spéculation. Etre chrétien et vivre en chrétien , ou être païen et vivre en païen , ce n'est pas un prodige ; mais le prodige , c'est d'avoir la foi et de vivre en infidèle. Faisons-le cesser ce j)rodige ; conservons notre foi , et accordons nos mœurs avec notre foi. Après avoir servi à notre pénitence et à notre sanctification , elle servira à notre gloire. P. 3o6— 3a8.

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