‹ CaremeChapitre 38 sur 44 · Indigence du pauvre, second fondement su · texte numérisé non relu

Indigence du pauvre, second fondement su

(luoi Col clabli le prcccplc do l\uiinôiie. Vous vitr obligés fie pourvoir aux uécessilés des pauvres, par tilre de juslicc et par titre de charilé. Titre de justice , puiscpie Dieu no vous a pas faiLs riches préei- Kénieut pour vous-nicmcs , nids pour les pauvres. lin ne les soulageant pas vous déshonorez sa providence, et vous autorisez les murmures des pauvres contre elle : craignez la juste vengeance qu'il en saura tirer. Tilre de charité : ces pauvres, ce sont nos frères ; et comment , dit le bien-aimé disciple , un homme qui voit son frère dans le besoin et qui ne l'assiste pas , peut-il avoir la charilé? P. i47 — i5o.

Au reste ce devoir ne regarde pas seulement l'extrême nécessité des pauvres , mais môme les nécessités communes. Aufrement^ Jésus-Christ, en condamnant un jour tant de réprouvés, ne prendroit pas pour le sujet capital et universel de leur réprobation l'oubli des pauvres. Car y a-t-il tant de riches assez durs pour abandonner un pauvre dans Textrême nécessité, et y a-t-il tant de pauvres réduits dans un tel besoin ? P. i5o — i52.

Malheur à vous , riches , parce que voire opulence a presque loujêurs l'un de ces' deux eflfeîs, ou de vous rendre plus avares , ou de vous rendre plus sensuels. Deux priiicipes de votre indifférence pour les pauvres. P. i52, i53.

Deuxième partie. Matière de Taumône : établir le j)récepte de l'aumône sans en déterminer la matière, c'est troubler les âmes scrupuleuses , autoriser les âmes dures, et assigner au pauvre sur le riche une dette sans fonds. Quelle est donc la matière de l'aumône ? c'est le superflu des i iches. Ainsi l'enseigne saint Paul : Que votre ahondance ^ disoit-il aux Corinthiens, supplée à f indigence des pauvres. Ainsi l'enj^eignent les Pères : retenir voire superflu , dit saint Ambroise , c'est un vol. Dieu , ajoule saint

DES SERMONS. 5j3

Thomas , n'auroit pas partagé les hieiis en Dieu, si le superflu des uns ne devoit être commun*u|ué aux autres. Et en ce sens, il n'y a point proprement do superflu dans le monde : car ce qui est superflu pour le riche, est le nécessaire du pauvre ; et Dieu veut que ce nécessaire lui soit donné, reprend l'Apôtre , pour mettre entre les hommes une bienheureuse égalité. En quoi paroît la providence de Dieu et sa miséricorde à l'égard des riches : car s'il leur étoit permis de garder leur superflu , ce superflu seroit un des plus grands obstacles de leur salut. P. 1 53 — 155.

Mais qu'est-ce que ce superflu ? voilà Pimportanle question qu'il faut résoudre. Sous ce terme de superflu la théologie comprend tout ce qui n'est point nécessaire à l'état. Mais de là naissent mille prétextes : car , selon les riches , tout ce qu'ils ont est nécessaire à leur état. A quoi je réponds qu'il faut examiner deux choses ; i. Quel est cet état; 2. ce qui est nécessaire dans cet état. Quel est cet état ? estce un élat sans bornes, et qui ne soit fondé que sur les vasles idées de voire orgueil et de votre cupidité? si cela est , je conviens que vous n'avez point de superflu : mais étant chrétien peut-on apporter une telle excuse ; et si ces états étoient autorisés , que deviendroit le précepte de l'aumône ? De plus, quand votre état seroit tel que vous l'imaginez , j'appelle au moins superflu ce qui vous est non-seulement inutile, mais même préjudiciable ; c'est-à-dire, ce ([ui sert à entretenir vos déréglemens , vos débauches, vos plaisirs honteux , vos dépenses excessives, vos vanités et votre luxe. Retranchez tout cela, et vous aurez du superflu. P. i55 — 160.

Mais ne puis-je pas me servir de ce superflu pour agiandir mon état ? voici l'écueilet la pierre de scandale pour les riches du siècle, ce désir de s'agrandir. Vous me demandez si ce désir est criminel : écoulez

f5t TABLE ET ANALYSE

ma réponse. Il est eonslanl d'abord (ju'il est eriiiiinel dans un l)énélîcier , dont tout le snporlhi appartient aux pauvres. Ksl-il également eriniinel dans tous les autres ? non ; mais prenez garde aux conditions requises. Je veux qu'il vous soit permis d'agrandir votre état, mais selon les lois de votre religion : par exemple, qu'il vous soit permis d'acheter cette charge , si vous êtes capable de rexercer , et si c'est pour glorifier Dieu et pour servir le public. Je veux qu'il vous soit permis d'agrandir votre état ; pourvu que vous vous conteniez dans les bornes d'une modestie raisonnable, et que ce soin de vous agrandir ne détruise pas le précepte de l'aumône. Je veux qu'il vous soit permis d'agrandir votre état, pourvu que vos aumônes grossissent à proportion, et que vous posiez povir principe qu'elles font une partie essentielle de votre état P. 160 — 164.

Ne dites point que vous avez une famille et des enfans à pourvoir : vous ne devez pas pour cela abandonner les membres de Jésus-Christ. D'ailleurs^ dit saint Augustin , si Dieu vous avoit chargé d'une plus nombreuse famille, vous sauriez bien partager vos soins : or, regardez ce pauvre comme un enfant de surcroît dans votre miaison. Ne dites point que les temps sont mauvais : s'ils le sont pour vous , combien le sont-ils plus pour les pauvres ! or, à qui est-ce d'assister ceux qui souffrent plus, sinon à ceux qui souffrent moins ?

Souvenez-vous qu'il faudra perdre à la moit ce superflu. Souvenez-vous que rien n'engagera plus Dieu à verser sur vous ses bénédictions temporelles, qu'un saint usage de vos biens en laveur des pauvres. P. 168.

Troisième partie. Ordre de l'aumône. La charité doit être ordonnée : sans cela , c'est une fausse chaiilé. 11 faut donc de Tordre dans l'aumône, 1. par

rapport aux pauvres à qui l'aumône est due; i. par rapport aux riches à qui raumône est commandée. P. 168.

1. Par rapport aux pauvres à qui l'aumône est due. L'aumône, ou du moins la volonté de faire l'aumône doit être universelle et s'étendre à tous les pauvres, puisqu'ils sont tous les membres du même corps qui est Jésus-Christ. Dans l'ancienne loi même Dieu vouloît qu'on assistât ses ennemis : que faut-il donc maintenant penser de ces chrétiens qui jusque dans leurs aumônes se laissent gouverner par leurs affections et leurs aversions naturelles ? Ce n'est pas néanmoins qu'il n'y ait là-dessus certains égards à avoir, et qu'on ne puisse préférer les proches, les domestiques, cevix qui peuvent moins s'aider euxmêmes, et ceux qui travaillent plus à la gloire de Dieu et à la sanctification du prochain. P. 168 —

2. Par rapport aux riches à qui l'aumône est commandée. Cinq règles, 1. que l'aumône soit faite d'un bien propre, et non du bien d'autrui ; 2. que l'aumône de justice l'emporte sur l'aumône de pure charité : j'appelle aumône de justice , payer aux pauvres ce qui leur appartient, payer de pauvres domestiques , de pauvres artisans , de pauvres marchands; 3. que les aumônes ne soient point jetées au hasard , mais données avec mesure , avec réflexion, avec choix; 4« q^^*^ les aumônes, pour le bon exemple, soient publiques, quand il est constant et public que vous possédez de grands biens ; 5. qu'on fasse l'aumône dans le temps ou elle peut être utile pour le salut, sans attendre à la mort ni après la mort. Ce n'est pas que je condamne Tusage d'ordonner des aumônes à la mort; mais enfin toutes les aumônes qu'on fera pour vous après votre îîiorî, ne vous sauveront pas , si vous êtes mort dans

Je péclir ; au lieu (|uc vos aumônes pcndaul la vio

vous atlircronl des grilces de conversion. P. ira —

LE DIMANCHE DE LA PREJUERE SEMAIiNE.

Sujet. Jésus fut conduit dans le désert par l'esprit^ pour y être tenté du démon ; et ayant jeûné (juarante jours et quarante nuits , il se sentit pressé de la faim,

Jésus-Chrisl permet au démon de le tenler , pourqvioi ? par qualre raisons , toutes prises de notre intérêt : 1** Pour nous fortifier , en surmontant , dit saint Grégoire , nos tentations par ses tentations mêmes , comme par sa mort il a surmonté la nôtre ; •i** pour nous encourager , en nous proposant sou < xemple ; Z"" pour nous rendre plus vigilans et plus c irconspects , en nous faisant connoitre que personne ne se doit croire en assurance puisqu'il est attaqué lui-même ; 4*^ pour nous instruire, en nous montrant de quelles armes nous devons user, et comment nous pouvons nous défendre. Biais deux choses surtout .sont remarquables : Tune , qu'il ne va au désert où il est tenté, que par l'inspiration de l'esprit de Dieu ; l'autre , qu'il n'y est tenté qu'après s'être prémuni du jeûne et de la mortification de la chair. D'où nous tirerons deux conséquences qui doivent faire le fond de ce discours P. i8o — 182.

Division. Sans la grâce nous ne pouvons vaincre la tentation , j'entends d'une victoire chrétienne et qui soit de quelque mérite devant Dieu. Avec la grâce point de tentation qui ne puisse être vaincue , puisque Dieu est plus fort que l'enfer , que le monde

et la passion. Enfin la grâce ne nous manque point pour vaincre toutes les tentations , et môme , selon la doctrine de saint Paul , pour en profiter. Mais du reste ne pensons pas que la grâce nous soit toujours donnée telle que nous la voulons , et au moment que nous la voulons. Deux sortes de tentations : les unes volontaires 5 les autres involontaires. Or, dans les tentations volontaires , en vain espérons-nous le secours de Dievi , si nous ne sortons de l'occasion , et nous ne devons point alors nous promettre une grâce de combat , mais une grâce de fuite : première partie. Dans les tentations involontaires, en vain espérons-nous une grâce de combat , si nous ne sommes en effet résolus à combattre nous-mêmes , et surtout comme Jésus-Christ par la mortification de la chair : deuxième partie. P. 182 — 186.

Première partie. Dans les tentations volontaires en vain espérons-nous le secours de Dieu , si nous ne sortons de l'occasion , et nous ne devons point alors nous promettre une grâce de combat , mais une grâce de fuite. Il ne nous est jamais permis d'exposer notre salut : or , c'est l'exposer que de nous engager témérairement dans la tentation. Je m^explique : il n'y a personne qui n'ait son foible et qui ne le sente ; le savoir et ne pas fuir le danger , lorsqu'on le peut 5 c'est ce que j'appelle s^engager témérairement dans la tentation ; et je prétends qu'un chrétien alors ne doit point attendre les secours de gi âce préparés pour la combattre et pour la vaincre. Par quel litre les prélendroit-il ? par titre de justice ? ce ne seroient plus des grâces ; par titre de fidélité ? Dieu ne les lui a point promis ; par titre de miséricorde ? il y met un obstacle volontaire , et il se rend absolument indigne des miséricordes. P. i86 — 188.

Non-seulement l'homme ne peut présumer alors d'avoir ces grâces victorieuses ^ mais il doit môme

s'assurer que Dieu ne les lui donnera pas : pourquoi ? parce que Dieu nous a Tait positivement entendre qu'il laisseroil périr celui cpii se seroil volonlaireinent jelé dans le péril. F. 188 , 181).

Aussi , pour prendre la chose en clle-môme , un honune qui s'ex[)Ose Icniérairenient à la tentation , a-t-il bonne grâce de compter sur le secours du Ciel cl de le demander ? Si c'étoit ma gloire , lui peut répondre Dieu ; si c'étoit la charité , la nécessité , ime surprise qui vous eût engagé dans ce pas glissant, ma providence ne vous manqueroit pas, comme elle n'a pas autrefois manqué à tant de vierges chréliennes, aux prophètes et à des solitaires mêmes : mais vous sans sujet ^ vous vous livrez vous-même à tout ce qu'il y a dans le monde de plus dangereux, assemiblées , sociétés, amitiés, conversations , speclacle ; je dis que Dieu retirera son bras , et qu'il vous laissera tomber. P. 189 — 192.

Et certes , reprend saint Bernard , si Dieu étoit toujours disposé à combattre pour nous quand il nous plaît , et partout où il nous plaît , les saints se seroient bien trompés , lorsqu'ils s'éloignoient tant du commerce du monde , qu'ils conseilloient tant aux autres de s'en éloigner , et qu'ils invectivoient avec tant de zèle contre les scandales du théâtre. P. 191

Allons jusques au principe. Pourquoi Dieu refuset-il son secours à un pécheur qui s'expose à la tentation ? C'est , dit TerluUicn , pour l'honneur de sa grâce , et afin qu'elle ne serve pas de prétexte à notre témérité ; c'est encore pour punir notre présomption. Car s'engager dans la tentation , c'est tenter Dieu même ; et ce péché ne peut être mieux puni que par l'abandon de Dieu. P. ig4 ^ 195.

C'est , dis -je , tenter Dieu en trois manières : )*" par rapport à sa toute-puissance , en lui deman-

liant un miracle sans nécessité. L'ordre naturel est que vous vous reliriez de l'occasion puisque vous le pouvez; mais vous voulez que Dieu contre les lois de sa providence vous soutienne par un concours extraordinaire. Dieu dit à Lolh : Sortez de Sodome. S'il y fût demeuré , Dieu reût-il sauvé de l'embrasement ? Ce que Dieu dit à Lotii , il vous le dit à vousmême : mais ce que fit Loth , vous ne le failes pas. Quand res[)rit tentateur dans notre Evangile veut persuader à Jésus-Christ de faire des miracles, que lui répond cet Homme-Dieu ? Vous ne tenterez point ie Seigneur votre Dieu. Mais vous voulez que Dieu fasse pour vous ce que Jésus-Christ n'a pas fait pour lui-même. 2"* Par rapport à sa miséricorde , en l'étendant au delà des bornes où il a plu à Dieu de la renfermer. 3° Par hypocrisie , en voulant user de dissimulation avec Dieu ^ et le priant de bouche qu'il vous délivre de la tentation ^ lorsqu'en effet vous vous en approchez. P. igS — 201.

Mais 5 dites-vous > la cour est lui séjour de tenlationsj et de tentations presque insvirmontables. J'en conviens : mais pour qui l'est-elle ? Pour ceux qui y sont contre l'ordre de Dieu, et sans y être appelés de Dieu. Si vous y êtes par la vocation de Dieu , les tentations de la cour ne seront plus des tentalions invincibles pour vous ; car Dieu vous défendra. Et n'est-ce pas à la cour que se sont formés et que pevivent se former les plus grands saints ? Mais d'où vient encore souvent le mal ? C'est qu'à la cour où le devoir vous arrête , vous allez bien au delà du devoir. Car comptez-vous parmi vos devoirs tant de mouvemens et tant d'intrigues ? Disons quelque chose de plus particulier : Comptez- vous parmi vos devoirs tel attachement qu'il faudroit rompre , tant d'assidviité auprès de telle personne qu'il ne faudroit plvis voir ? Je ne puis, répondez-vous, ni'éloigner

6/[o TABLE ET ANALYSE

cVellc. Vom ne le pouvez? Mais maintenant que le bruit de la guerre conmienee à se rrpandre , ecHe séparation vous sera-t-elle impossible , lorsqu'au premier ordre du prince, il faucha marcher, et (|ue riionneur vous appellera? Ah! chrétiens, s'il s'aj^it du service des hommes, on ne reeonnoît point d'engagement nécessaire; et (piand il s'agit des intérêts de Dieu, on se fait un obstacle de tout. Souvent même les prêtres de Jésus-Christ , au lieu de s'o|)poser à ce relâchement, se laissent surprendre à de faux prétextes, et sont eux-mêmes ingénieux à en imaginer, pour excuser la témérité d'un mondain qui veut demeurer dans les plus dangereuses occasions. P. 201 — 207.

Deuxième partie. Dans les tentations involontaires, en vain aurons-nous une grâce de combat, si nous ne sommes résolus à combattre nous-mêmes, et sui* tout par la mortification de la chair. Car je l'ai déjà dit , et je vous l'ai fait assez entendre, que la grâce ne nous est donnée, ni selon notre choix, ni selon noire goût , mais dans un certain ordre établi de Dieu, hors duquel elle demeure inutile et sans fruit. D'où je tire trois conséquences. P. 207 — 208.

Première conséquence : dans les tentations même nécessaires , Dieu veut que nous usions de ses grâces conformément à l'état ou il nous a appelés. Or , notre état, en qualité de chrétiens, est un état do guerre, d'une guerre, dis-je , continuelle de l'esprit contre la chair. C'est pourquoi l'Apôtre semble ne reconnoître point d'autres vertus chrétiennes , que des vertus militaires. Ainsi faire fond sur la grâce dans les tentations , sans être déterminé à résister et à combattre , c'est oublier ce que nous sommes, et se figurer une grâce imaginaiie Tel est néanmoins notre désordre : nous voulons des grâces qui ne nous demandent nul effort , sans nous souvenir que Jésus-

Christ est venu novis apporter , non pas ta paix , inaisfépée. P. 208 — 211.

Seconde conséquence : la première maxime en matière de guerre, est d'affoiblir son ennemi. Or , notre ennemi, dit saint Paul, c'est notre chair, celle chair esclave de la concupiscence. Il faut donc la dompter par la mortification , conclut saint Clirysoslôme, si nous voulons que la grâce triomphe de la tentation. Aussi, reprend saint Bernard , le premier effet de la grâce est d'éteindre la concupiscence en mortifiant la chair. Ne vouloir donc pas la naortifier, et vouloir cependant que la grâce vous soutienne, c'est vouloir que la concupiscence et la grâce vous dominent tout à la fois. P. 211 — 212.

Comment les saints ont ils combattu la tentation? par la mortification de la chair. Exemples de David, de saint Paul, de saint Jérôme, de tant de solitaires, entre autres de Jean-Baptiste. La grâce est-elle dans nos mains d'une autre trempe que dans celles de ces grands saints? Non, disoit TertuUien, je ne me persuaderai jamais qu'une chair nourrie dans le plaisir puisse entrer en lice avec les tourmens et avec la mort. Or, ce qu'il disoit des persécutions qui furent comme les tentations extérieures du christianisme , je le dis des tentations intérieures de chaque fidèle. P. 21 3— 216.

Troisiènae conséquence : sans prétendre vous expliquer en quoi consiste cette mortification de la chair, et m'en tenant au principe général, qu'elle est nécessaire dans toutes les conditions , et plus nécessaire encore pour les grands et pour les riches , pour tous ceux qui sont plus sujets à la tentation ; je dis néanmoins en particulier que l'Église l'a spécialement déterminée au jeûne du carême. Mais qu'est-il arrivé ? les hérétiques se sont déclarés contre le commandement de TÉghse : les uns ont coa-

5 {2 TAr>LE ET ANALYSE

testé le droit, et les autres le l'ail. De faux catholiques, libertins et sans conscience, onl renonce liaulenient et renoncent encore tous les jours à une prati(|uc si utile. Parmi môme ce petit noinl)re de fidèles (jui respectent le précepte de TKglise , combien tachent à en éluder l'obligation par de vaines dispenses ! Je dis de vaincs dispenses : car, i. il semble que ces dispenses soient attachées à certains étals , et non point aux personnes : marque infaillible que la nécessité n'en est pas la règle. 2. Ceux (jui se croient plus dispensés du jeûne, ce sont ceux -mêmes à qviî le jeûne doit être plus facile : tant de riches chez qui tout abonde. 5. Ceux qui cherchent plus a s'exempter du jeûne , ce sont ceux à qui le jeûne est plus nécessaire : pécheurs de longues années , mondains , courtisans, jeunes personnes , femmes obsédées de tant d'adorateurs et d'autant de tentateurs. P 216 — 221.

Souvenez-vous que Dieu dans sa loi ne distingue ni qualités, ni rangs. Souvenez-vovis que vous êtes chrétiens comime les autres, et plus en danger que les autres. Ajoutez au jeûne et à la pénitence , la parole de Dieu et les bonnes œuvres. P. 221 — 222.

SrjET. Quand le FUs de Vfiomme viendra dans ('éclat de sa majesté et tous les anges avec lui , alors il s'assiéra sur son trône 5 et toutes les nations se rassembler ont devant lui.

Nous reconnoissons deux avénemens de Jésus- Christ : car il est déjà venu ce Dieu homme dans le

mystère de son incarnation, et il doit encore venii au jour terrible de son jugement universel dont j'ai à vous parler dans ce discours, et dont je veux vous faire connoître la rigueur par la rigueur même de certains jugemens que vous craignez tant sur la terre, et que vous avez dès maintenant à subir dans la vie.

Division. Nous avons dès maintenant dans la vie , deux sortes de jugemens à subir; cevix que les hommes font de nous , et celui que nous faisons de nousmêmes. De là je tire deux conjectures de la rigueur du jugement de Dieu. En deux mots , le monde nous juge, et combien craignons-nous les jugemens du monde ? premier préjugé de la rigueur du jugement de Dieu : première partie. Nous nous jugeons nousmêmes , et rien ne nous trouble davantage que ce jugement de notre conscience; second préjugé delà rigueur du jugement de Dieu : deuxième partie. P. 225 — 227.

Première partie. Nous craignons les jugemens du monde, et nous en craignons surtout : 1. la vérité ; 2. la liberté; 3. la sincérité; 4» 1^ sévérité; 5. Tuniformité. Tout cela, autant de conjectures de l'extrême rigueur du jugement de Dieu, et autant d'épreuves sensibles par où Dieu semble déjà nous y disposer. P. 227 — 228.

Quelque force d'esprit que nous affections , nous craignons les jugemens du monde. De là vient que nous sommes si mortifiés quand la censure du monde nous attaque personnellement ; et si nous savions en bien des rencontres ce qu'on pense et ce qu'on dit de nous, nous en serions outrés de douleur. Or, celte crainte des jugemens des hommes doit nous élever à la crainte du jugement de Dieu. Car nous devons nous dire à nous-mêmes : Si je crains tant d'être censuré par des hommes Ibibles comme moi, que sera-ce

5/f4 TABLE ET ANALYSE

d'être condamné par un Dieu infiniment au-dessus de moi ? Il est vrai que saint Paul disoit : Peu m' importe, que le monde me juge : mais il n'appartenoit qu'à saint Paul de parler ainsi. Pour moi je dis, il m'importe de me souvenir combien la censure du monde m'alarme et me déconcerte, afin d'apprendre avec quel soin je dois donc me préserver du jugement d'un Dieu dont je révère la sainteté et dont je redoute la puissance. P. 228 — 23 1.

1. Mais que craignons-nous surtout dans les jugemens des hommes ? la vérité. Des calomnies qu'on invente contre nous , novis tovichent moins, parce que nous avons de quoi les confondre : mais ce qui nous pique le plus vivement , c'est que souvent nous sommes obligés de reconnoître dans le fond du cœur, que les jugenaens désavantageux qu'on fait de nous, ne sont que trop équitables et trop bien fondés. Triste image du jugement de Dieu : car ce qu'il y aura plus à craindre pour nous, c'est sa vérité , celte vérité qui nous convaincra , en sorte que nous n'aurons rien à répondrCo P. 23 1 — 234.

2. Comme nous craignons la vérité des jugemens du inonde, nous n'en pouvons souffrir la liberté. Nous voudrions du moins qu'on fût plus discret et plus réservé à parler; nous voudrions qu'on nous respectât dans le rang 011 nous sommes : mais fussions-nous encore plus grands, on ne nous épargnera pas; et plus même nous serons grands , moins on nous épargnera. Or, qu'est-ce que cela, sinon le jugement de Dieu en figure ? Pour vous en donner une idée sensible • rendez-vous attentifs à la supposition que je vais faire. Si par l'ordre de Dieu et usant des connoissances et de la liberté qu'il me donneroit , je venois à révéler ici les consciences : si j'entreprenois sans égard certains de mes auditeurs, et que je leur fisse essuyer l'opprobre de je

ne sais combien de crimes qu'ils tiennent cachés dans les ténèbres , ils en mourroient de dépit et de chagrin. Telle est l'absolue et impérieuse liberté avec laquelle Dieu condamnera ce qu'il y a de plus grand dans le monde ; et c'est à vous , puissans du siècle , à y penser. P. 234 — ^Sy.

5. Non-seulement nous craignons la vérité et la liberté des j ugemens d u monde , mais nous n'en pouvons pas plus supporter la sincérité. Un ami sincère et fidèle, à force d'être fidèle et sincère, nous devient odieux, /appliquons ceci au jugement de Dieu. Nous voulons qu'un ami, lorsqu'il s'agit de certaines vérités fâcheuses, ait soin, en nous les disant, de les adoucir et de nous y préparer. Mais Dieu , sans adoucissement , sans déguisement , nous fera voir la vérité toute nue. Vue affligeante , par où il punira nos délicatesses ou nos honteuses foîblesses à ne la pouvoir écouter. Vue, par où il confondra Paveuglement où nous aurons vécu , et ce profond oubli de nous-mêmes où le mensonge et la flatterie nous aura entretenus : Existimasti inique y quod ero tut simiiis; arguani te et statuam contra facieni tuam. P. 23(j — 241.

4. Ce qui nous fait encore tant craindre les jugemens des hommes , c^est leur sévérité. Car nous savons que le monde ne pardonne rien. Nous ne pardonnons rien nous-mêmes aux: autres : et par une bizarre contradiction, nous voulons qu'ils aient pour nous un certain fonds de bénignité , tandis que nous les jugeons à la rigueur et souvent plus qu'à la rigueur. Or, si les jugemens des hommes sont si sévères , apprenons quel sera ce jugement sans miséricorde dont Dieu nous menace. Voca nomen ejus ahsque miser icordiâ. Pendant la vie. Dieu fait justice et miséricorde tout ensemble : mais dans son iugement il exercera sa justice toute pure ^ à peu prèa

comme nous rcxcrçons envers nos plus déclarés ennemis. P. 241 — 'î^^i.

5. Ce qu'il y a criiisoulenable dans la censure du monde, c'est qu'elle soil générale, et que par son luiilbrmilé elle devienne contre nous un jugement public. Il est vrai qu'il y a des âmes sans pudeur : mais ce sont des monstres qui ne peuvent servir d'exemple. Du reste, dans quelque décri que nous soyons maintenant, il n'est presque jamais complet ni universel : mais le pécheur au jugement de Dieu se verra condamné de tout l'univers : Et j)ugnahit cum illo or bis tcrrarum contra insensatos. P. 244

Conclusion. Pour nous préparer au Jugement de Dieu , profitons des jugemens du monde lorsque le monde condamne nos désordres. Aimons dans les jugemens du monde, la vérité qui nous corrige. Regardons-en la liberté comme un moyen que Dieu nous fournit pour nous maintenir dans l'ordre. Ayons dans le monde vin ami prudent et fidèle, qui nous parle avec sincérité. Si le monde est un censeur sévère , bénissons la Providence de ce que le vice n'a pas encore prévalu jusqu'à obtenir du monde qu'il lui fît grâce. Si le monde est un censeur public, et si nous avons tant de peine à porter cette censure pul)lique du monde, jugeons quelle sera cette confusion universelle des réprouvés devant le tribunal de Dieu; et sans différer, effaçons dans le tribunal de la pénitence ce qui feroit notre honte dans l'assemblée générale de tous les hommes. P; 246 — 249.

Deuxième partie. Nous nous jugeons nous-mêmes, et rien ne nous trouble davantage que ce jugement secret et domestique de notre conscience. Novis avons chacun une conscience : dans les uns conscience droite, que Dieu nous a donnée; dans les autres fausse conscience, dont nous sommes nous-

DES SERMONS. B/^j

mêmes les aalenrs. Or de l'une et do TavUre , ou plutôt des reproches et des anxiétés de l'une et de l'autre , lirons un nouveau préjugé, mais sûr et infaillible, du jugement de Dieu. P. 249 , 25o.

1. Conscience droite, qui sans autre loi suffît pour nous tenir lieu de loi. Qu'est-ce que cette conscience ? un jugement que nous faisons de nous-mêmes, et que nous en faisons malgré nous. Exemple de Caïn déchiré des remords de sa conscience après son péché. Or, que nous présagent ces agitations, ce saisissement, ce désespoir du pécheur à la vue de ses crimes, sinon le jugement de Dieu? jugement redoutable , qui dès maintenant et en partie s'exécute dans nous-mêmes. Oui , c'est par nos propres consciences que Dieu déjà nous fait notre procès , De orc tuo te jiidico : et dans un sens on peut dire avec saint Augustin , que le jugement de Dieu à notre égard est déjà fait : et que le dernier jugement n'ajoutera rien à ce jugement intérieur que l'appareil et la solennité. C'est pourquoi l'Apôtre appelle si souvent le jugement universel le jour de la manifestation , comme si tout le jugement de Dieu devoit consister alors à ouvrir le livre de nos consciences et à faire voir que nous sommes déjà jugés par nousmêmes et dans nous-mêmes. Cependant si celte voix secrète que Dieu nous fait entendre au fond de nousmêmes, nous cause tant de frayeur et d'épouvante , que sera-ce quand il éclatera ? P. aSo — 256.

Conscience droite dont nous ne pouvons dès cette vie même, ni toujours, ni entièrement nous défaire. C'est un censeur qui nous suit partout , qui nous condamne partout , et qui répand l'amertume et le trouble jusques au milieu de nos plaisirs. Mais, mon Dieu , disoit sur cela saint Augustin , si je ne puis me garantir du jugement de ma conscience, comment me défendrai-je de votre jugement, de ce jugement

!)j(S TAILLE ET ANALYSE

inôvilablc , de ce jugcincnl irrévocable, de ce juge-

iiienl élcrnel? P. 250 — 258.

2. Conscience fausse : il est vrai que l'on se fait tous les jours de fausses consciences; mais ces fausses consciences, reprend saint Augustin , sont ellesmêmes les plus sensibles et les plus tristes préjugés du jugement de Dieu : pour([uoi ? parce que ce ne sont jamais ou presque jamais des consciences tranquilles. Car s'il n'y avoit point de jugement à craindre 5 ou que l'idée de ce jugement pût être absolument effacée de notre esprit, il nous seroit aisé de trouver dans la fausse conscience la tranquillité et la paix. Pourquoi donc ne l'y trouvons-nous pas ? si ce n'est parce que la conscience aveugle et corrompue ne l'emporte jamais tellement sur la conscience saine et droite^ que celle-ci, quoique d'une voix foible , ne réclame toujours contre le mal , et qu'elle ne nous fasse sentir qu'il y a un jugement de Dieu , ou nos erreurs doivent être confondues. C^est pour cela môme, remarque saint Grégoire pape, que plus le jugement de Dieu est proche, plus la iavisse conscience devient chancelante, et qu'aux approches de la mort toute sa fermeté se dément , parce qu'on a l'idée plus présente d'un juge souverain, d'un juge équitable, d'un juge éclairé, d'un juge tout-puissant, d'un juge inflexible devant qui il faut nécessairement paroître. P. 258 — 262.

Craignons donc le jugement de Dieu , et demandons tous les jours à Dievi cette crainte. Craignons le jugement de Dieu , et craignons-le en quelque état de perfection que nous puissions être, puisque les saints le craignoient tant eux-mêmes. Craignons le jugement de Dieu, et craignons - le souverainement et par-dessus tout , comme nous devons aimer Dieu par préférence à tout. Craignons le jugement de Dieu , et craignons encore plus le péché, puisque

c'est le péché qui le doit rendre si formidable. Craij»nons le jugement de Dieu , et servons-nous de cette crainte pour corriger nos erreurs et pour réprimer nos passions. Craignons le jugement de Dieu , et que celte crainte de Dieu nous excite à le fléchir et à l'apaiser. Enfin craignons le jugement de Dieu , et craignons surtout de perdre cette crainte , qui est une ressource pour nous dans nos désordres et comme un port de salut. P. 262 — 267.

Page 1