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LE VENDREDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

Sujet. Or^ il y avait ià un homme malade de^ puis trente-huit ans. Jésus l'ayant vu couché par terre j et sachant depuis combien de temps il était dans cet état, lui dit : Foutez-vous être guéri ?

On ne pouvoit douter que ce malade ne voulût être guéri de son infirmité corporelle : mais, dit saint Augustin, comme il étoit la figure des pécheurs 5 et que lui-même en qualité de pécheur , il ne pouvoit être guéri sans être converti , selon la pratique du Sauveur des hommes de sanctifier les âmes en guérissant les corps, ce paralytique pouvoit être disposé à sa guérison , sans l'être également à sa conversion. Quoi qu'il en soit, c'est à nous-mêmes, comme malades, je veux dire comme pécheurs, que Dieu fait la même demande , que fit Jésus-Christ au paralytique de notre évangile : Vis sanus fieri ? Est-ce de bonne foi que vous voulez être guéri , et que vous voulez entrer dans la voie du salut ? Et ceci me donne lieu de vous entretenir d'une matière importante , puisqu'il s'agit des desseins de Dieu sur nous par rapport au salut, et de la manière dont nous y devons coopérer : en quoi consiste le grand mystère de la prédestination. P. 35i— 553. Division. Nous donnons sur le sujet de la prédestination dans deux écueils : présomption et défiance. Présomption dans les uns, qui se reposent uniquement sur Dieu du soin de leur salut. Défiance dans les autres, qui désespèrent de leur salut. Deux désordres que j'entreprends de combattre , en vous faisant voir que la prédestination de Dieu ne fiivorise

ni Tun, ni raufrc ; et (|uc nous sommes îiiexcnsahles, lorsqu'cn conséquence de ce mystère, nous nous abandonnons, ou à la présomption qui nous fait oublier le soin du salut : première partie ; ou au désespoir qui nous fait renoncer au salut : deuxième partie. P. 555 — 555.

Premiî-re partie. Présompiion qui nous fait oviblier le soin du salut, premier écueil dont nous avons à nous garantir. Se confier en Dieu , c'est un sentiment que la religion nous inspire. Mais en demeurer absolument là, et se reposer uniquement sur Dieu du soin de son salut , c'est une présomption : i. dont le principe est ruineux; 2. dont les effets sont très-pernicieux. P. 555 , 556.

1. Présomption dont le principe est ruineux : car de quelque manière que Dieu nous ait prédestinés , il est de la foi qu'il ne nous sauvera jamais sans notre coopération. Il n'en est pas ainsi des autres ouvrages de Dieu. Jésus-Christ, par exemple , pouvoit guérir ce malade de l'Evangile indépendamment de lui : mais dans l'ouvrage de notre conversion il faut que nous agissions nous-mêmes , il faut que nous le voulions : Fis ? il est vrai que c'est la grâce qui opère en nous cette volonté ; mais elle ne l'opère pas toute seule : car cet acte de ma volonté par où je me convertis, étant un acte libre, il doit venir de de moi-même aidé de la grâce. P. 556 — 56o.

Mais si je suis prédestiné , dites-vous, je n'ai rien à craindre : et moi je réponds que vous devez dire , si je suis prédestiné , ^ela m'engage à être plus attentif et à veiller continuellement sur moi-même; car si je suis prédestiné , je ne le suis que dépendamment des moyens à quoi Dieu a voulu attacher ma prédestination. Or, la foi m'apprend qu'un de ces moyens les plus essentiels , est le soin que je prendrai moi-même de mon salut. P. 56o — 565.

2"* Présomption dont les effets sont très-pernîcîcux; car à quoi va-t-elle ? à éteindre absolument dans l'homme tout le zèle des bonnes œuvres , et à nourrir son libertinage. P. 363 — 365.

Luther et Calvin , en disant que la prédestination d9 Dieu impose à l'homme une absolue nécessité d'agir , et qu'en conséquence du décret que Dieu a formé , nous n'avons plus le pouvoir de nous déterminer avi bien , ni de nous détovirner du mal : l'un ou l'autre , dis-je 5 après avoir établi ce principe, n'auroit-il pas eu bonne grâce de pousser un point de morale sur la pratique des devoirs de la piété chrétienne? P. 365 — 368.

Vous me ^rez , que cette doctrine est plus capable d'humilier l'homme : erreur; car en quoi consiste la vraie humiliation de l'homme ? n'est-ce pas , dit saint Bernard, en ce qu'il ait à se reprocher les péchés qu'il commet ? Or , comment se les reprochera-t-il, s'il est persuadé qu'il ne les a pu éviter? De plus 5 il ne suffit pas qu'une doctrine humilie l'homme ; il faut tout ensemble qu'elle le rende humble et fervent, et c'est ce que fait la doctrine catholique en nous enseignant que le salut dépend de Dieu , mais qu'il dépend aussi de nous-mêmes. P. 368—370.

Sans cette persuasion , non-seulement nous nous relâchons dans la pratique des bonnes œuvres , mais nous nous portons aux derniers désordres du libertinage. Car sur ce principe que quand Dieu voudra et qu'il l'aura prévu, on se convertira, et que jusque là il seroit inutile d'y penser, on s'abandonne à tout. P. 370— 374-

Mais ce libre arbitre dont nous nous flatlons et cette coopération de l'homme nous donnent lieu de nous glorifier. Hé bien, répond saint Augustin , si nous sommes justes et enfans de Dieu, ne devons* nous pas, comme saint Paul, avoir de quoi nons glo-

ri fier en lui ? n'esi-cc pas ainsi que les sainls se son!

glorifiés, cl en parliculier David? P. 374 — 376.

Espérons donc tout de Dieu , mais au même temps faisons tout rcfFort ncccssaire pour correspondis aux: desseins de Dieu. Autrement, nous tombons dans une présomption criminelle. Et par où Dieu surtout la condamnera-t-il ? par nous-mêmes; car dans les autres affaires, tout persuadés que nous sommes de la providence et de la prédestination de Dieu, nous jie négligeons rien de notre part. P. 376—379.

Deuxièiime partie. Défiance ou désespoir qui nous fait renoncer au salut , second écueil dont nous avons à nous préserver. Il y a dans Itf prédestination de Dieu quelque chose d'incertain , et quelqvie chose de certain. Ce qu'il y a de certain, c'est que notre Dieu est un Dieu de miséricorde; et que si jamais il nous réprouve , ce ne sera que parce que nous aurons libreiuent et volontairement abusé des moyens qu'il nous aura fournis pour nous sauver. Ce qu'il y a d'incertain , c'est la manière dont Dieu a prédestiné les hommes. L'un doit nous fortifier et nous animer; mais l'autre nous trouble. Or, n'entreprenons point inutilement d'examiner ce que Dieu nous a caché , et attachons-nous à ce qu'il nous a révélé. Nous y trouverons de quoi nous relever de ce découragement oii notre lâcheté nous plonge pour nous entretenir dans l'impénitence. P. 379 — 382.

Car voici comment doit raisonner tout homme chrétien : je ne sais pas les voies secrètes que Dieu a tenues dans la disposition de mon salut; mais ce qvie je sais, c'est que Dieu est bon et qu'il m'aime; cela me suffit. P. 382—384.

Il y a plus. Ce mystère de la prédestination a positivement de quoi nous consoler : c'est un abîme , mais un abîme de richesses. Il est vrai que notre salut est entre les mains de Dieu : et n'est-ce pas ce

qui doit nous rassurer? Car où pcul-il élre mieux qu'entre les mains d'un Père si sage, si vigilant et si lendre? P. 384, 385.

Cependant, les saints mêmes ont tremblé en considérant ce mystère de la prédestination. J'en conviens : mais pourquoi ont-ils tremblé ? parce qu'ils se défioient , non pas de Dieu , mais d'eux-mêmes , et qu'ils envîsageoient leur liberté comme la source de tous les déréglemens. P. .585 — SSg.

Le mal est que nous ne voulons pas bien le salut ; que nous le voulons seulement d'une volonté générale et indéterminée, d'une volonté lâche et foible , d'une volonté inefficace et sans action , d'une volonté étroite et bornée. Est-ce ainsi, nous dira Dieu, que vous vouliez tout le reste ? P. 589 — Sgi.

De quelque nnanière que nous en puissions penser, la vie présente est toujours la voie , et par conséquent il n'y a point d'état dans la vie où nous devions désespérer. Le désespoir est dans un pécheur un nouveau crime qu'il ajoute aux autres. Non pas que tous les pécheurs se perdent par là : mais ce qui fait la damnation des uns, c'est un excès d'espérance ; et la damnation des autres, un défaut d'espérance. P. 391—395.

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