‹ CaremeChapitre 42 sur 44 · CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

CHRÉTIENNE

Sujet. Tandis qu^il partoit encore , une nuée lumineuse les enveloppa , et il sortit une voix de cette nuée qui fit entendre ces paroles : C'est mon Fiis hien-aimé^ en qui j'ai mis mes complaisant ces : écoutez-lç.

Ecoulons-lc ce Fils bicn-aiinc de Dieu, cet adorable législateur, et considérons dans ce discours les excellences de sa loi. P. SqO— 3(j8.

Division. Loi chrétienne, loi souverainement raisonnable : première partie ; loi souverainement aimable : deuxième parlie. P. 598 , 599.

Première partie. Loi chrétienne , loi souverainement raisonnable. Les païens et même dans le christianisme les libertins Font réprouvée comme une loi trop sublime et trop au-dessus de l'humanité : et plusieurs au contraire parmi les hérétiques, l'ont attaquée comme une loi trop naturelle et trop humaine. D'où je conclus d'abord que c'est donc une loi raisonnable, une loi conforme à la règle universelle de l'esprit de Dieu, parce qu'elle tient le milieu entre ces deux extrémités. Car comme le caractère de l'esprit de l'homme est de se laisser toujours emporter à l'une ou à l'autre, le caractère de l'esprit de Dieu est un sage tempérament. P. 399 — ô^o^i.

Pour confondre les injustes reproches des libertins et des hérétiques contre la loi de Jésus-Christ , j'avance deux propositions : 1.° C'est une loi sainte et parfaite ; mais dans sa perfection elle n'a rien d'outré. 2." C'est une loi modérée; mais dans sa modération elle n'a rien de lâche. P. 402.

1.°. C'est une loi sainte et parfaite; mais dans sa perfection elle n'a rien d'outré : tout y est raisonnable. Venons au détail. Oui, il est raisonnable, par exemple , que je me renonce moi-même , puisque je ne suis de moi-même que vanité et que péché. Il est raisonnable que je mortifie ma chair, puisque autrement elle se révoltera contre ma raison et contre Dieu même, etc. P. 4^2 — 4^*8.

Mais pourquoi s'arracher l'œil et se couper le bras? C'est, répond Jésus-Christ, qu'il vaut mieux entrer dans la vie n'ayant qu'un œil et qu'un bras^ que

d'élre condamné pour Jamais au tourment du feu. Mais pourquoi faire à l'homme un crime de ses désirs ? c'est , dit saint Jérôme , qu'il n'est pas permis de désirer ce qu'il n'est pas pennis de rechercher. Mais pourquoi ériger la pauvreté en béatitude ? c'est que l'expérience nous apprend assez , qu'il n'y a d'heureux sur la terre que les pauvres de cœur. Mais enfin , pourquoi réduire des hommes foibles à l'affreiîse nécessité, ou d'être apostats et anathèmes , ou d'endurer à certains temps de persécution le martyre ? c'est que comme un sujet doit perdre la vie plutôt que de trahir son prince , à plus forte raison un homme doit-il sacrifier tout, plutôt que d'abandonner son Dieu. Rien donc que de raisonnable dans la loi évangélique. P. 4^8 — 4ii«

Je sais qu'il y a eu dans tous les temps des esprits singuliers qui ont porté la perfection de cette loi bien au delà de ses bornes. Mais tout ce qu'ils en ont pu dire, n'est point la perfection évangélique, puisqu'il n'y a rien en tout ce qu'ils ont favissement imaginé, que la loi chrétienne n'ait désavoué et même censuré. Elle est donc parfaite , mais d'une perfection sage; elle est parfaite, mais toujours dans l'étendue de ces termes, discrétion et vérité. P. 4^1 — 4^4.

2.° C'est une loi modérée; mais dans sa modération elle n'a rien de lâche : elle n'ôte pas aux pécheurs leur confiance; mais elle sait bien aussi rabattre leur présomption : elle ne condamne pas tout comme mortel ; mais elle nous donne au môme temps une sainte horreur de tout péché, même du véniel : elle distingue les préceptes des conseils ; mais d'ailleurs elle nous déclare que le mépris des conseils dispose à la transgression des préceptes. Caractère de sagesse, qui de tous les motifs est un des plus sensibles et des plus puissans pour m'attacher à ma religion. P. 4»^ — 4*7

Deuxième partie. Loi chrélicnnc , loi souverainement aimable. 1.° C'est vmc loi de grâce; 2.'' c'est une loi de charité. P. 4*7 — 4'9-

1.* Loi de grâce , où Dieu nous donne de quoi accomplir ce qu'il nous commande. Ainsi nous Ta-t-il promis en mille endroits de l'Écriture. Douteronsnous de sa fidélité, ou douterons-nous du pouvoir de sa grâce? P. 4*9 — 423.

Mais je n'ai pas cette grâce. Pevit-ôtre, chrétiens, ne Pavez-vous pas : mais vous mettez-vous en état de l'avoir ? la demandez-vous à Dieu ? la recherchezvous dans l'usage des sacremens ? retranchez- vous de votre cœur tous les obstacles qu'il lui oppose ? De dire que Dieu vous la refuse , lorsque vous faites tout ce qu'il faut pour l'obtenir , ce seroit un blasphème : mais deux choses vous manquent, une foi sincère et une espérance vive. P. 4^3 — 425.

2." Loi de charité et d'amour. Amour et charité , dont l'efTet propre est d'adoucir tout. Dieu, dit saint Bernard , possède troi& qualités , celle de maître , celle de rémunérateur , et celle de père. Selon ces trois qualités, il a donné aux hommes trois lois : une loi d'autorité, comme à des esclaves; une loi d'espérance, comme à des mercenaires; et une loi d'amour ,• comme à des enfans. Les deux premières furent des lois de travail et de peine ; mais la troisième est une loi de consolation et de douceur, qui nous rend ses préceptes les plus rigoureux en apparence, aisés à pratiquer, parce qu'elle nous conduit , non par la crainte, mais par l'amour. P. 4^5 — 4^7-

Voilà ce que les amateurs du monde ne comprennent pas, mais ce qu'ils pourroient néanmoins assez comprendre par eux-mêmes et par leurs propres sentimens. Parce qu'ils aiment le monde, à quelles lois ne se soumettent-ils pas pour plaire au monde ? Qu'ils aiment Dieu comme ils aiment le monde , ils

ne Irouveronl plus rien criinpraticable clans la loi de Dieu. P. 427—4^9.

SUR l'impénitence finale.

Sujet* Je m* en vais; vous me chercherez y et vous mourrez dans votr-e péché.

Le souverain mal ^ c'est le péché et la mort unis ensemble. Mort dans le péché , que nous avons à craindre aussi-bien que les Juifs, et qui fera la matière de ce discours. P. 4^^^ 5 43 1.

Division. Trois sortes de pécheurs meurent dans l'impénitence : les uns dans une inipénitence criminelle, les autres dans une impénitence malheureuse, et les derniers dans une impénitence secrète et inconnue. Les premiers , ayant tous les secours nécessaires , meurent volontairement dans le désordre actuel de l'impénitence : inipénitence criminelle. Les seconds, privés de ces secours, meurent sans nul sentiment et nulle démonstration de pénitence : impénitence malheurevîse. Enfin, plusieurs, croyant faire pénitence à la mort, et la faisant en apparence , ne font qu'une pénitence trompeuse et fausse : impénitence secrète et inconnue. Ce n'est pa^ assez. J'ajoute que l'impénitence de la vie conduit à Tinipénilence criminelle de la mort par voie de disposition : première partie; que l'impénitence de la vie conduit à l'impénitence malheureuse de la mort par voie de punition : deuxième partie ; et que l'impélûtence de la vie conduit à l'impénitence secrète et inconnue , ou à la fausse pénitence de la mort, par voie d'illusion : troisième partie. P. 43 1 — 4^5.

PREMIÈRE lURTiE. Impénitcncc criminelle. On y

incuit , 1." on par une volonlc délibérée de renoncer iibsolument à Li pénilcnce , lors niômc qu'on se Irouve aux approches de Li mort; ou par une omission criminelle des moyens ordinaires , et marqués *^e Dieu pour entrer en grâce avec lui et pour faire J)énilence. P. ^35 — l\oQ.

1.* Volonté délibérée de renoncer absolument à la pénitence. Ce que j'entends par là, ce n'est pasvine révolte expresse et positive contre Dieu , lorsque le pécheur, même à la mort , ne veut pas reconnoître le Créateur dont il a reçu la vie, et qui lui en va demander compte. Je parle seulement de ces pécheurs dont l'impénitenee est aussi souvent un effet de la foiblesse que de la mialice de leur cœur, ou plutôt, est un effet tout ensemble de l'une et de l'autre. Je parle , par exemple , d'un homme qui , rempli de fil 1 et d'amertume , refuse de se réconcilier à la mort. Or , combien voyons-nous de pareilles morts dans le christianisme ! etc. Voilà ce que j'appelle mourir avec réflexion et avec vue dans le péché d'impénitence. P. 4^6 — 44o-

2.° Du moins , omission criminelle des moyens ordinaires et marqués de Dieu pour rentrer en grâce avec lui et pour faire pénitence. On se rassure contre le péril pressant où l'on est ; on temporise , on remet au lendemain, et cependant on meurt sans sacremens et dans l'inimitié de Dieu. P. 44^ — 44^-

J'ajoute que l'impénitenee de la vie conduit à cette împénitence de la mort par voie de disposition , c'està-dire par voie d'habitude, par voie d'attachement, par voie d'endurcissement. Par voie d'habitude : car îles habitudes contractées pendant la vie ne se défruisent pas tout-à-coup aux ap'proches de la mort , et communément nous mourons comme nous avons vécu. Par voie d'attachement : les péchés de la vie, dit le Sage, forment comme une chaîne; qui lient

DES SERMOINS, S'J^

le pécheur, presque malgré lui , dans la servitude , même à la mort. Par voie d'endurcissement : le cœur, toujours criminel et ne se repentant jamais, s'est enfin endurci de telle sorte , que rien ne le peut plus toucher. P. 44^ — 44^.

Deuxième partie. Impénitence malheureuse. Il ne suffit pas pour mourir dans Tétat de la grâce, que le pécheur soit résolu de recourir un jour à la pénitence , car le temps pour cela et les moyens peuvent lui manquer sans même qvi'il l'ait vovilu , mais par un jusle châtiment de Dieu. Son impénitence finale n'est donc point précisément alors un nouveau péché , mais un malheur, et le plus grand de tous les malheurs. P. 44^7 , 448.

Or, qu'y a-t-il de plus fréquent et de plus universel que des morts imprévues, où le pécheur tombe tout-à~coup dans vm état qui le rend incapable de conversion et de pénitence? P. 448 — 45o.

Que dirai-je de ceux qui meurent dans une ignorance non coupable, mais funeste, du danger prochain où ils sont? On trompe un malade. Supposons même qu'il connoisse son état, et qu'il soupire après le remède ; on cherche un prêtre , mais on ne le trouve point. Je dis plus : ce prêtre se trouvera ; mais , par un autre jugement de Dieu, il n'aura pas le don d'assister un pécheur mourant. P. 450—453.

AfFi^ux , mais juste châtiment du Ciel : et c'est ainsi que l'impénitence de la vie conduit à celte seconde impénitence de la mort, par voie de punition. Combien Dieu s'en est-il expliqué de fois dans TEcriture ! Combien de fois le Fils de Dieu nous en at-il menacés dans l'Évangile ! P. 453—455.

Troisième partie. Jmpénitence secrète et inconnue, ou fausse pénitence. Bien loin qu'après l'impénitence de la vie , un pécheur à la mort puisse compter sur

sa pcnilencc , il doit posilivemenl s'en défier : pourquoi ? 1,° parce que rien en soi n'est plus diflicile à l'homme que la vraie pénitence; 2.** parce que de tous les temps celui où la vraie pénitence est plus difficile , c'est le temps de la mort ; 5.° parce que , entre tous les hommes à qui la vraie pénitence est difficile aux approches de la mort, il n'en est point j)Our qui elle doive plus l'être, que pour ceux qui ne l'ont jamais faite pendant la vie. P. 456 , ^^n,

1.° Rien de plus difficile en soi que la vraie pénitence; car pour cela il faut se changer entièrement soi-même. P. 458.

2.° De tous les temps , celui où la vraie pénitence est plus difficile , c'est celui de la mort. Ce n'est point vous qui quittez le péché ; c'est le péché qui vous quitte. Or, l'homme n'est jamais plus ardent pour les objets qui entretiennent sa cupidité , que quand ces objets lui échappent. P. ^5S , 459-

3.° Entre tous les hommes à qui la vraie pénitence est difficile aux approches de la mort , il n'en est point pour qui elle doive plus l'être, que pour ceux qui ne l'ont jamais faite pendant la vie : pourquoi ? parce qu'ils sont plus endurcis dans leur péché. De là souvent ils ne font qu'une fausse pénitence, i .** Pénitence forcée; 2.'' pénitence toute naturelle. P. ^5q^

Pénitence forcée, parce qvvon n'agit souvent que par une crainte servile et une nécessité inévitable. P. 460 ,461.

Pénitence naturelle et tout humaine, c'est-à-dire qui n'a ni Dieu ni le péché pour objet. Que craignent-ils ces prétendus pénitens ? de brûler, dit saint Augustin. Voilà ce qui les touche. P. 461 , 462.

Du reste , vous me demandez comment Timpénilence de la vie conduit à la fausse pénitence de la mort. Je dis que c'est par voie d'illusion. Car le pé-

€heur n'ayant jamais fait nul exercice de la pénitence pendant qu'il a vécu , il n'a jamais appris à la connoîtie : d'où je conclus qu'lil y doit être aisément trompé à la mort. P. 462 — ^65.

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