‹ CaremeChapitre 43 sur 44 · SUR L'AMBITION · texte numérisé non relu

SUR L'AMBITION

Sujet. Jésus leur répondit et leur dit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez^vous "boire le calice que je boirai ? Ils lui dirent : Nous le pouvons. Alors il leur répliqua : Fous Voirez le calice que je dois hoire : mais d^être assis à ma droite ou à ma gauche ^ ce n^est pas à moi de vous l'accorder.

Jésus-Christ, dans l'exemple de ces deux disciples dont parle l'Evangile , veut nous faire connoître en quoi consiste le désordre de l'ambition , quels en sont les divers caractères , quels en sont les effets et les suites , et quels en doivent être enfin les remèdes. P. 467 — 469»

Division. Les honneurs du siècle sont dans l'ordre de la prédestination éternelle , autant de vocations de Dieu ; mais notre ambition les profane, en les recherchant comme des avantages purement temporels : première partie. Les honneurs du siècle sont de vrais assujettissemens à servir le prochain ; mais notre ambition en abuse, en les recherchant pour exercer im vain empire et une fière domination : seconde partie. Les honneurs du siècle sont des engagemens indispensables à travailler et à souffrir ; mais notre ambition les corrompt , en les recherchant dans la vue d'y trouver une vie tranquille et agréable : troisième partie. P. 4^9 — 473.

Première partie. Les honneurs du sièele sont clans Tordre de Li prédcslinalion éternelle, autant de vocations de Dieu; mais noire ambition les profane , I en les recherchant comme des avantages purement

temporels. Il n'y a point d'état dans la vie où riiomme doive entrer sans vocation de Dieu , puiscjue toute notre prédestination roule presque sur le choix des étals que nous embrassons. Or quoi(jue ce principe soit universel , c'est surtout , selon la maxime de l'Apôtre , aux honneurs du siècle et à ce qui regarde notre agrandissement dans le monde qu'il doit être appliqué f pourquoi ? par deux raisons : Tune tirée de l'intérêt de Dieu ^ et l'autre de l'intérêt de l'homme. P. 4/^ — 47^.

Cependant , par une conduite tout opposée à la règle de saint Paul, comment se pousse-t-on tous les jours aux honneurs du siècle et aux dignités mômes de l'Eglise sans vocation ? P. 475 — 478.

Du moins , si le mérite et la vertu suppléoîent en quelque manière au défaut de la vocation et de la grâce. Mais à l'exclusion de la vertu et du mérite , quelles voies prend-on pour s'avancer ? l'intrigue, la cabale , l'intercession , la faveur , le vice même et l'iniquité, P, 4785 479«

On poursuit les honneurs , même les plus saints, comme dus à sa naissance. P. 479 — 48 1. L J'ai rendu , dites-vous , des services considéra-

bles , et cette place est une récompense qui me regarde naturellement. Mais n^y a-t-il point pour ces prétendvis services que vous mettez à un si haut prix, d'autre justice à vous rendre, que de vous faire monter à un degré où Dieu ne vous veut pas, et où vous n'êtes pas propre ? P. 481 , 482. 1 Combien de pères, et même de pères chrétiens ,

ou plutôt oubliant* qu'ils sont chi-éliens , tiennent le langage de cette mère de l'Évangiic : Die ut hiduo

fi m

DES SEtf^TONS. 5^7

filii mei : Placez mes deux enfans auprès de vous , et quMIs aient, l'un à voire droite, l'aulre à votre gauche, c'esl-à-dire l'un dans l'Église, l'autre dans le monde, les plus hauts ministères! L'injustice va encore plus loin , et c'est ce qui faisoit tant autrefois gémir Salvien : car si de plusieurs enfans qui composent la même famille , il y en a un plus méprisable , ou qui n'ait pas l'inclination du père et de la mère , c'est celui à qui les honneurs de l'Eglise sont réservés. P. 482 — 484-

Faut-il s'étonner après cela si Dieu s'élève contre nous? Faut-il s'étonner si toutes les conditions sont si avilies PP. 484—486.

Deuxième partie. Les honneurs du siècle sont de vrais assujettissemens à servir le prochain ; mais notre ambition en abuse , en les recherchant pour exercer un vain empire et une fière domination. Il n'y a que Dieu qui soit grand absolument et pour luimême. Tout ce qui est grand hors de Dieu et parmi les hommes , ne l'est qu'avec dépendance et par rapport au prochain , je veux dire pour le bien et pour l'utilité du prochain. P. 486—489.

De là saint Augustin conclut qu'un grand qui , sans se mettre en peine de ceux qui lui sont soumis, ne veut être grand que pour dominer , mérite d'être réprouvé de Dieu. Le christianisme a bien même encore enchéri sur cela, et l'exemple de Jésus-Christ, qui n'est pas venu pour être servi , mais pour servir, nous impose là-dessus une obligation beaucoup plus étendue. P. 489 — 49^.

Cependant, ne trouve-t-on pas partout dans le monde de ces maîtres hautains et durs qui ne savent que se faire obéir, que se faire servir, que se faire craindre, sans savoir ni compatir, ni soulager, ni condescendre, ni se faire aimer? On se flatte, parce qu'on est élevé, d'un prétendu zèle défaire sa charge,

EouRD. Carême, I. ^9

5^8 TABLE ET ANALYSE DES SERMONS, et l'on se fait de ses fiertés et de ses hauteurs un devoir. P. 492 — 495.

Ce qu'il y a de plus étrange , c'est que les plus impérieux , ce sont communément ceux à qui cet empire qu'ils affectent doit moins convenir. Sont-ce là les enseignemens que nous avons reçus de Jésus- Christ 5 et est-ce ainsi que les apôtres ont converti le monde ? P. 47^ — 498.

Troisième partie. Les honneurs du siècle sont des engagemens indispensables à travailler et à souffrir ; mais notre ambition les corrompt, en les recherchant dans la vue d'y trouver une vie tranquille et agréable. Ne cherchons point dans le monde , dit saint Augustin , des honneurs purs , c'est-à-dire qui ne soien t pas mêlés d'afflictions et de peines. Sans parler de ces accidens 5 de ces revers de fortune dont nous sommes si souvent spectateurs , supposons un homme dans une prospérité constante et dans la plus grande élévation , et voyons à quoi cette prospérité même et cette élévation l'engage. P. 498 — 5oo.

Se faire violence à soi-même, premier engagement des honneurs du siècle. P. 5oo , 5oi.

Souffrir souvent et beaucoup des autres , second engagement des honneurs du siècle. P. 5oi , 5o2.

Mener vine vie pleine de soins et de soins affligeans , troisième engagement des honneurs du siècle. P. 5o2 , 5o3.

Enfin , avoir toujours son ame entre ses mains , et toujours être en disposition de s'immoler soi-mêmie 5 ou pour la justice ou pour la vérité , quatrième engagement des honneurs du monde. P. 5o3 , 5o4.

Or 5 là-dessus qu'avez-vous à répondre , vous qui , dans les honneurs du siècle , ne prenez que le doux et l'agréable , sans en prendre le pénible et le rigoureux? P. 5o4— 5o8

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