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SUR LA COMMUNION

Ait illî Jésus : Ego venîam , et curabo eum. Et respondens cenlario , ait : Domine , non sum dignus , vil intres sub tectnm meum.

Jésus-Christ dit au centenier : J'irai moi-même^ et je le guérirai. Mais le centenier lui répondit • Seigneur , je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison. Saint Matth. , chap. 8.

Voila , chrétiens , entre Jésus-Christ et le centenier une espèce de combat; mais dans ce combat, qu'admirerons-nous davantage, ou la charité d^in Dieu , ou l'humilité d'un païen? Je puis dire qu'il n'y eut jamais de constestation plus sainte , ni plus propre tout ensemble , et à nous instruire, et à nous édifier. Le Sauveur du monde , par un mouvement de sa charité bienfaisante , veut aller en personne dans la maison du centenier ; et le centenier ne croit pas pouvoir accepter cet bon-

ou I"f MiVDl DE CAilÊiVlK*

iieur. Le Filsiini(|uc de Dieu, dont la mi.scricorde n'a point de bornes ^ lui dit qu'il ira, el que par sa présence il guérira sou serviteur paralytique 5 Ego vcniam^ et cnrabo cum : mais le centenier^ confus d'une si insigne faveur, proteste liantenieut (ju'il ne la mérite pas, et s'en rcconnoît indigne ; Domine^ non siun diqnns. Prenez garde, s'il vous plaît. C'est un gentil à qui Jésus- Christ , eu qualité de Messie , n'a point été encore annoncé ni révélé comme aux Juifs ; et cependant tout gentil qu'il est , il se sent déjà prévenu pour ce Messie qui lui parle, d'une idée si haute et d'un respect si profond , qu'il ne peut même consentir à recevoir sa visite. Ilumililé , s'écrie saint Auguslin , qui procéda d'une foi vive et ardente , et qui , par im effet sensible de la grâce du Rédempteur , forma des lors dans ce gentil , non-seulement un véritable Israélite , maio un parfait chrétien. Humilité que Jésus- Christ agréa, que Jésus -Christ admira, dont Jésus- Christ fit réloge ; mais à laquelle il est pourtant vrai qu'il ne déféra pas, puisque ce fut au contraire pour cela même qu'il persista à vouloir entrer chez le centenier.

Arrêtons-nous là, mes chers auditeurs; et pour profiter selon le dessein de Dieu d'un si grand exemple , appliquons-nous tout le mj^stère de cet évangile. Car , comme dit saint Chrysostôme , ce qui se passa entre Jésus-Christ et le centenier, se renouvelle encore aujourd'hui entre Jésus- Christ et nous. Je m'explique. Ce même Sauveur,

înstitiiaat la divine Eucharistie ^ nons a laisse tiii sacrement par où il prétend se coniniuniquer h nous, et habiter 5 tout Dieu qu'il est , corporellement en nous ; un sacrement par où il vient en personne nous visiter et guérir nos infirmités spirituelles et nos foiblesses. Quand donc nous nous préparons à le recevoir dans ce mystère adorable, il nous dit encore avec autant de vérité qu'il le dit alors : Ego veniam ^ et curabo : J'irai, et en quelque état de langueur que vous soyez , si de bonne foi vous voulez être guéris, je vous guérirai. Et nous , par un sincère aveu de notre l'oiblesse et de notre néant , nous lui répondons comme le centenier : Non , Seigneur, je ne suis pas digne que vous veniez à moi et dans moi. Car ce sont les paroles vénérables que TEglise nous met dans la bouche , lorsque ce Dieu de gloire , caché sous les sacrés symboles , est sur le point d'entrer dans nous , Domine , non sum dignus : paroles efficaces, qui, selon l'ingénieuse remarque de saint ilugustin, ont la vertu d'opérer dans Famé chrétienne tm miracle tout opposé à ce qu'elles signifient; puisquen même temps que nous les proférons , elles font cesser l'indignité que nous nous attribuons , et nous donnent à l'égard de Jésus-Christ et de son sacrement un fonds de mérite, que sans elles nous n'aurions pas. Paroles qui , par un secret merveilleux de la grâce , nous conduisent au terme même dont elles semblent nous éloigner ; puisque dans la doctrine de tous les Pères, la première et l'essentielle

V)1 1^^ JEUDI DE CAUKME.

(lispo.silioii pour approcher digrieniciit du corps de Jcsiis-Clirist , est de nous en croire et de nous en ronfesscr indignes. Paroles enfin qui marquent au Fils de Dieu notre humilité , sans mettre un ohstacle à sa charité , et qui , loin de le détourner de nous 5 lui servent d'attrait pour venir à nous.

Mais qu'arrive-t-il , chrétiens? suivez ma pensée. Nous nous appliquons ces paroles , souvent au delà des intentions mêmes de Jésus-Christ ; et pour en user trop selon nos vues , nous nous mettons en danger d'aller directement contre les vues de ce Dieu sauveur. Gomment cela ? Le voici. Jésus-Christ nous recherche dans ce sacrement 5 et nous nous en retirons. Il veut par un excès de son amour nous honorer de ses saintes visites , et nous nous y opposons. Il nous demande rentrée dans notre cœur; et sous des prétextes non-seulement spécieux ^ mais religieux, nous la lui refusons : car pour nous disculper de ce refus 5 nous nous retranchons sur notre indignité ; et nous disons, mais par un esprit peut-être bien différent de celui du centenier : Seigneur, je ne suis pas digne ; Domine , non sum dignus. Comme cette excuse est la plus apparente et la plus commune , j'ai cru devoir m'y attacher , non pas absolument pour la combattre, non pas aussi pour Fautoriser ; mais pour l'examiner dans ce discours, et pour avoir lieu de vous instruire des plus solides et des plus importantes vérités qui regardent la pratique et l'usage de la communion. Quel be-

suvin poîir cela iraiirai-je pas des îunûères du Ciel ! Demandons-les par rintercession de la Mère de Dieu. Ave , Maria*

S'ÉLOIGNER de la communion dans la vue de son indignité , c'est une excuse , chrétiens , qui selon la qualité et les dispositions de ceux qui s'en servent, peut avoir des caractères bien différens; et mon dessein, dont voici d'abord l'idée, est de vous représenter aujourd'hui la différence de ces caractères , pour vous faire juger de la nature de cette excuse , et des bonnes ou des mauvaises conséquences qu'on en peut tirer. Car il y a dans le christianisme deux sortes de personnes qui se fondent sur ce principe , et qui peuvent dire avec le centenier : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez chez moi. Les justes qui vivent dans la pratique de la loi de Dieu , et les pécheurs qui sont engagés dans les désordres d'une vie criminelle. Pour les justes, on ne peut guère douter que ce ne soit un sentiment d'humilité qui les fait parler de la sorte : mais de savoir jusqu'à quel point cette humilité doit être portée , et s'il est raisonnable qu'elle aille jusqu'à les éloigner en effet de Jésus-Christ et de son sacrement ; de savoir si la privation de la divine Eucharistie peut être censée pour une ame juste un exercice ordinaire de pénitence , et si cette espèce de pénitence est conforme aux intentions du Fils de Dieu ; si elle s'accorde avec la fin et l'institution de ce mystère , si elle répond à l'usage de la primitive

Eylisc^ si elle est reçue ou approuvée par l'Eglise des derniers siècles , si les Pères l'autorisent et si elle peut être utile ; en un mot , de savoir si Jésus-C^hristj en tant quil est contenu dans le sacrement de son corps, se tient honoré que les justes, au lieu d'aller a lui, se retirent de lui; et si c'est lui rendre un vrai respect , en tant qu'il est le pain de vie , que de se contenter seulement de le révérer et de l'adorer , sans le manger : ce sont des questions , mes cbers auditeurs , où bien des raisons particulières et générales m'empêchent d'entrer , et que je vous laisse à examiner vousmêmes. Outre qu'il seroit assez difficile de vous rien dire de nouveau sur cette matière , peut-être le fruit en seroit-il moindre que je ne le dois prétendre d'un discours uniquement consacré à Tédification de vos âmes.

Parlons donc précisément des pécheurs qui , bien plus que saint Pierre , ont droit de dire à Jésus-Christ : retirez-vous de moi, parce que je suis un pécheur ; Exi à me ^ quia komo peccator sum (ij. Je les divise comme en trois espèces. J'appelle les premiers , pécheurs sincères ; les seconds , pécheur aveugles ; et les derniers , pécheurs hypocrites et dissimulés. Pécheurs sincères, qui traitent avec Dieu de bonne foi, et qui ne sont pas trompés. Pécheurs aveugles, qui ne se connoissent pas , et qui se trompent eux-mêmes. Enfin, pécheurs hypocrites et dissimulés , qui couvrent leur libertinage d'un voile de piété

(i) Matth. 6.

et affectent de tromper les autres. Les premiers ont de la religion ^ et agissent par esprit de religion. Les seconds ^ quoiqu'ils aient de la religion, se flaltent et sont dans Terreur de croire qu'ils agissent par religion. Et les derniers 5 quoiqu'ils veuillent paroître agir par religion ^ n'ont dans le fond nulle religion. Or ces trois sortes de pécheurs peuvent tenir le langage de ce centenier de notre évangile , Domine^ non sum dignus ; et s'excuser de communier sur ce qu'ils s'en jugent indignes. Mais , quoiqu'ils le disent également 5 ils n'en doivent pas être également crus. Car pour continuer à vous développer mon dessein , dans les premiers , c^est-à-dire dans les pécheurs sincères , cette excuse est une raison ; dans les seconds , c'est-à-dire dans les pécheurs aveugles , cette excuse est un prétexte ; et dans les derniers , c'est-à-dire dans les pécheurs hypocrites et libertins 5 cette excuse est un abus et même un scandale : voilà ce que j'ai à vous montrer. Mais ce n'est pas assez; car à cela j'ajoute trois choses qui vous feront connoître ces trois caractères de pécheurs, et qui doivent être pour vous d'une grande instrurlion. Dire , je ne communie pas 5 parce que j'en suis indigne 5 c'est une raison dans un pécheur sincère ; mais moi je dis que cette raison a besoin d'être éclaircie. C'est \m prétexte dans, un pécheur aveugle qui se flatte ; et il est important de lui ôter ce prétexte. C'est un abus et un scandale dans un pécheur hypocrite 5 et il est de mon devoir de combattre ce scan-

96 1^^^ JEUDI DK CARKMK.

(laïc et cet abus : voila tout le sujet de voire attention.

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