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pas à craindre d'héritier direct, à moins de grands malheurs; et, ces malheurs, il voulut les prévenir autant qu'il était en son pouvoir. Il ne quittait point sa jeune cousine, il la surveillait avec une assiduité et un zèle qu'on aurait pris pour de l'amour ou de la jalousie , et qui étaient tout uniment de l'intérêt.
Au spectacle, au bal, en soirée, la vue d'un adorateur ou d'un simple attentif... lui donnait la fièvre ou le glaçait d'effroi... il employait tout au monde pour les éloigner, et le duc avait chez lui, sans s'en douter, et dans la même personne, un Sigisbé précieux et une duègne incorruptible qui ne lui coûtaient rien.
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« Le pauvre major se donnait du reste une peine bien inutile. Sage et vertueuse par religion et par principes , jamais personne n'eut plus que Nisida le sentiment de ses devoirs et de sa propre dignité. Aussi le malheureux et défiant cousin commençait à se rassurer sur son héritage, qui, chaque jour, devenait plus probable et ne pouvait guères lui échapper : ce n'était plus qu'une question de temps, lorsqu'une nouvelle inouie, inconcevable, prodigieuse, se répandit dans le faubourg Saint-Germain : le vieux duc de "*, à la seconde année de son mariage, en 4851, allait avoir un héritier. C'était un miracle de la Providence, qui ne permet
pas l'exlinction des grandes familles; et la preuve évidente, c'est que la duchesse eut un garçon... Le vieux duc pensa en mourir de joie, et le major se mit au lit. 11 était sérieusement malade et manqua d'aller rejoindre sa succession défunte !
« Tels furent les effets de ce grand événement... Quant à la cause, tout le monde l'ignorait, excepté moi !.. et une autre personne peut-être qui n'en fut pas plus avancée pour ça...
Et la comtesse regarda Georges, qui redoublait d'attention.
Elle continua.
« Vous rappelez-vous, monsieur, le mois (le juillet ^850, et la brillante société que j'avais réunie dans mon châ* teau d'Orsay : M. Georges y était, et beaucoup de jolies dames! mais Nisida, que j'avais aussi invitée, n'avait pu venir. Elle était restée à Saint-Cloud avec la cour, où se préparaient alors de graves événemens. Son mari , un des conseillers, un des confidens intimes du roi, ne pouvait quitter son maître dans une circonstance aussi importante. Nous, pendant ce temps, loin de nous douter de l'orage qui grondait, nous dansions dans mon salon et faisions de la musique , lorsqu'on vint me dire mystérieusement h l'oreille que quelqu'un
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(leniandail à me i>arlcr. Je sortis cl trouvai dans une salle basse Nisida, qui venait d'arriver à pied et déguisée. Je jetai un cri de surprise. — Silence, me dit-elle; et elle m'apprit rapidement comment, en trois jours, un trône et une dynastie venaient de s'écrouler!...
« Le duc avait perdu la tête; et de plus fortes que la sienne n'y auraient pas résisté. Il était persuadé que les horreurs de la première révolution allaient se renouveler ; que ses jours allaient être mis h prix et ses biens confisqués; que lui, favori du roi, on le poursuivrait pour le massacrer; qu'il
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fallait à la haie gagner la frontière et émigrer de nouveau.... Mais à qui se fier, et comment faire pour ne pas être reconnu?
« Sa jeune femme, qui seule avait conservé du sang-froid et du courage, avait pris et cousu dans ses vêtemens de l'or et des billets; puis, sans demander conseil à personne , elle avait affublé son mari d'une redingotte de palfrenier, elle d'un mauvais châle; était sortie de Saint-Cloud , montée hardiment dans une petite voiture de la banlieue jusqu'aux environs de Versailles. Là elle avait laissé son mari... chez ma nourrice à moi , une
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brave femme qu'elle connaissait; puis, par les chemins de traverse, elle était venue à pied au château me dire :
« Sauvez mon mari et faites-le sortir de France ! » D'après son récit, il n'y avait pas de temps à perdre , et il fallait surtout que personne ne soupçonnât les proscrits auxquels j'allais donner asile : ce qui n'était pas facile avec vingt personnes chez moi et un nombreux domestique. Je commençai par éloigner Rose, ma femme de chambre, dont l'appartement donnait dans le mien, et qui nous aurait entendus; sans compter que le cabriolet qui allait la mener jusqu'à Versailles, ramènerait le duc à Orsay sans éveiller le
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iiioiiuli'c soujiroii. A onze iieures du soir ii élait arrivé et nous étions tous réunis dans ma chambre, tenant conciliabule sur les mesures à prendre ; mesures bien inutiles par l'événement, l)uisque, le lendemain, et à six lieues de chez moi, voyant tout rentré dans l'ordre, le duc et sa femme revinrent à Paris dans leur hôtel, sans avoir été, depuis, un seul instant inquiétés.
« Mais alors nous n'en étions pas là ,
et prévoyant quelques catastrophes,
nous préparions, mon mari et moi, le
déguisement de nos amis et leur fuite
jusqu'à la frontière. Il élait près de
minuit, accablée par les événemens et a. 21
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la fatigue de la journée, la pauvre Nisida tombait de sommeil : je la conduisis à la chambre de Rose, que j'avais préparée près de la mienne pour elle et son mari; et pendant que, dans la chambre à côté , le duc prenait avec nous les derniers arrangemens pour le départ du lendemain , elle se hâta de s'endormir, et... »
La comtesse s'arrêta en cet endroit, et, regardant Georges qui écoulait toujours, elle lui dit avec impatience...
— Pour la fin de l'histoire, monsieur, vous la savez mieux que moi.
La comtesse se trompait depuis
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quelques niouiens Georges n'écoutait plus... il avait vu s'enlr'ouvrir la porte du boudoir, et toutes ses pensées, toute son âme étaient là.
Nisida parut , plus jolie , plus touchante que jamais, les yeux baissés , et tenant par la main un enfant aux cheveux blonds bouclés.
Georges courut se précipiter aux pieds de Nisida, saisit sa main, qu'il couvrit de larmes, ne pouvant murmurer que ce mot : Pardon ! pardon!!!..
Nisida baissa de nouveau les yeux sans lui répondre; mais elle prit son
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lils et le jeta dans les bras de sou amant... de son mari!
Ah! comme Georges le serra contre son cœur et le couvrit de ses baisers! comme alors il le trouvait beau 1 ;^.y
Quelques jours après , mon ami Georges avait une immense fortune , un beau château et une femme charmante.
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