‹ Carmel [microforme]Chapitre 5 sur 5 · IT · texte numérisé non relu

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O toi qui m'as ravie, 6 Dieu, ma joie unique, Fais exhaler mon âme en un digne cantique, Donne une voix à mon amour :

Dis-moi par quels accents révéler à la terre Les intimes secrets et l'étonnant mystère Cachés dans mon heureux séjour.

Oui, la gloire et la j aix, l'amour et les délices, J'ai trouvé tous ces biens pour prix des sacrif cas Que j'offre d’un cœur libre et } ur.

Tu les remplis, S2igneur, tes divines promosses, Ma sainte pauvreté m'inonde de riches et, (rages de mon trésor futur.

J'ai choisi d’être abje:te en ta demeure sainte,

Voilée à tout regard dans cette obscure enceinte, Je ne recherche que l'oubli ;

Mais un rayon de gloire échappé de ton trône,

O mon Dieu, jusqu'à moi jaillit et m'environne Comme dans un divin repli.

Oh! ma gloire c'est Toi, noble Epoux de mon âme,

Toi dont les serviteurs sont des esprits de flamme, Toi dont la voix créa le ciel !

Plus haut que le nuage et l'astre, et l'ange même,

J'ai trouvé cet Amant que j'adore et qui m'aime, Son nom, c'est le Verbe Eternel !

Sainte Virginité, baume qui divinise,

Ton nom est immortel dans l'immortelle Eg'ise Qui s'embellit de ta beuuté.

Je l'entends me redire en suaves paroles :

« Les Vierges sont pour moi de blanches auréoles, « Les perles de ma pureté !

Et les accents de Paul, d'Ambroise, de Jérôme, Ont chanté tour à tour ce blanc Lis dont l'arôme Est émané du Sang divin ; [ls ont norumé la Vierge une «rche d'alliunce Où Jéhovah descend révéler sa présence Sur l'aile d'or d'un chérubin !

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C’est trop, c'est trop, mon Dieu, tu m'accables de gloire ! Ah ! plutôt laisse-moi, dans mon humble oratoire T’adorer et m'anéantir !

Je n'ai pas acheté e: titre qui m'honore, Je n'étais rien pour T'oi, je ne suis rien encore, Pourquoi daiynas-tu me choisir ?

Mais jusqu'au vil néant l'amour aime à descendre,

Tu voulus ie chercher dans Ja b ue et la cendre Pour me refaire de tes mains !

Hélas ! comme ce monde aux frivoles pensées,

J'errais dans le sentier des âmes insensées,

Et tu m'offris tes dons divins !

O jour trois fois béni qui vins briser ma chaîne.

Beau jour qui me rendis Elue, Epouse et leine, Où mon ange m'a dit : « Ma Sœur ! »

Ton souvenir si cher est encor ma lumière,

Môme au seuil du tombeau ma mourante paupière Se rappellera ta splendeur !

Un ciel toujours serein resplendit sur ma tête, En vain j'entends musir les vents et ln tempête, Rien ne peut m'inspirer d’effroi.

Semblable au voyazeur échappé du naufrage,

Je pleure sur les morts qui jonchent le rivage, Mais je ne tremble plus pour moi,

A tes autels, Seigneur, timide tourterelle,

Mon âme à su trouver un repos pour son aile, Un ombrage pour se cacher :

Là je n'entends plus rien des échos de ce monde,

lis viennent expirer devant ma paix profonde Comme les flots sur un rocher.

Mes jours s'écoulent comme un fieuve Aux vagues d'un limpide azur,

Et c'est à peine si l'épreuve

Fait ondu!er leur cr'stal pur.

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Au monde les soucis de l'honneur, des richesses,

Les accablants ennuis, les navrantes tristesses

D'un cœur qui voit s'enfuir ses espoirs les plus doux Mais à moi l'amitié paisible, fraternelle,

A moi le tendre appui d'une main maternelle,

Le doux soutien d'un Père et l'amour d'un Epoux !

Et cet Epoux, 6 joie étrange !

[l'est près de moi nuit et jour,

Avec son cœur le mien échange

D'ineffables secrets d'amour.

Jésus, c'est à tes pieds que j'ai fixé ma tente, Sans cesse tu me vois, comme cette autre amante De pleurs et de baisers les couvrir à la fois ; Et je m'abîme eu Toi, je te livre mon être, Le feu de ton resard m'embrase, me pénètre,

Et mon cœur se fond à tu voix !

Quand l'aube blanchit et m'éveille, J'entends un amoureux appel, L'Epoux céleste à mon oreille Dit : « Viens, je t'attends à l'autel. »

Et moi je lui réponds par des soupirs de flamme, Je laisse mes désirs s'accroître dans mon âne Et donner à ma soif une indicible ardeur, Et quand il est venu se voiler dans l’hostie, Dans un élan d'ainour je prends le pain de vie, Et je sens Dieu vivre en mon cœur,

Oh ! c’est là l'heure des délices, Arrhes de mon éternité, Où la trace des sacrifices Se perd dans la félicité.

Lorsque le Sang divin, comme un fou qui me brûle, Dans mon cœur enivré se répand et circule, Mes célestes transports comment les répiter ! Mais silence, 6 ma voix, respecte ce mystère, C'est le secret der cieux, les harpes de Ja terre N'ont pas d'hryiume pour.le chaater !

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Et même au sein de la souffrance, De bonheur je tressaille encor, Car aux yeux de mon espérance Je vois s'enrichir mon trésor.

Il est doux de souffrir, victime volontaire, De suivre avec Jésus la route du Calvaire En Jui disant : « Je t'aime, et je souffre à mon tour, » Jl'est doux de pleurer lorsqu'une larme achète L'ne âme dont l'Epoux veut faire sa conquête Et qui résiste à son amour.

Un jour, un jour, sur mon front pâle,

L'aile de la mort planera,

Et ma couronne virginale

Déjà vers moi s'abaissera, {) suprême moment, que ton aurore est belle ! J'entends les pas lointains de l'Époux qui m'appelle Je veille et je l'attends : voici qu'il va venir ! Brillante de son Sang, mon âme ira sans crainté

Sur son cœur adoré sentir la douce étreinte Que rêva mon brûlant désir !

Quelques sons encore, 6 ma lyre,

Dans ton extase de bonheur,

Rends gloire à Celui qui t'inspire,

Et bénis les dons du Seigneur.

ue te rendre, 6 Jésus, pour cette part choisie (Jui consacre mon être et me fait ton hostie En immolant ma vie à ton Sang précieux ?

Du moins puisse mon chant vibrer dans d'autres âmes, Les embraser pour Toi des virginales flammes

Et les enfanter pour les Cieux !

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