‹ Carmel [microforme]Chapitre 4 sur 5 · LA VOIX DU MONDE ET LA VOIX DU CLOITRE · texte numérisé non relu

LA VOIX DU MONDE ET LA VOIX DU CLOITRE

\Mondains qui poursuivez une riante voie,

Passez, tourbillonnez comme des flots de joie,

De plaisir en plaisir laissez voler vos cœurs :

De loin je vous entends, je vois votre délire

Et, donnant une larme à votre vain sourire.

Je plains vos frivoles bonheurs.

Vous dites : « Jouissons, la vie est éphémère,

« Fuyons de la douleur la coupe trop amère,

« Que la sanglante croix n'attriste pas nos yeux.

« À d’autres les rigueurs de l’austère Evangile,

€ Par un chemin de fleur plus large et plus Facile, « Ne pouvons-nous aller aux Cieux ? »

Et je vous vois dormir au bord du précipice,

Savourer à longs traits dans un trompeur calice

Un poison déguisé qui vous semble du miel.

Vous aspirez la mort au sein de votre ivresse,

Et vous n’entendez pas dans vos chants d'allégresse Retentir déjà son appel.

Vous riez en voyant la vierge qui s’immole, Souvent vous lui jetez l'ironique parole Que répétait le Juif au Sauveur expirant, Vous lui dites : « Descends de cet autre Calvaire, « Pourquoi te consumer, pensive et solitaire,

€ Daus les ennuis d’un long tourment ?

: Dans ce triste séjour des veilles et des larmes, ‘ Dis-nous, jeune insensée, est-il pour toi des charmes ? ‘ Dans ces liens de fer qui peut te retenir : «Oh! vigos ouvrir ton cœur aux douces espérances, “ Laisse là ta prison et tes folles souffrances. « Et poursuis un autre avenir.

Vois comme la nature est libre et souriante.

La fleur s'ouvre au soleil, l'oiseau voltise et chante. Aux champs dès le matin bondit le jeune agneau Le nuage léger flotte au gré de la brise,

Et tout, pour nos plaisirs, s’unit et s'harmonise

« Au sein de ce monde si beau.

Et toi, pauvre victime, à ton printemps encore, Tu veux éteindre en toi cctte fibre sonore : Qui vibre dans le ceur à ce joyeux concert ! ‘Tu veux traîner des jours sans vie et sans prestige, « Comme une pâle fleur se fanant sur sa tige, : Seule, dans l'oubli du désert !

Aux rêves séduisants pourquoi fermer ton âme ?

« Pourquoi chercher au ciel une idéale flannue,

© Un amour dont l'objet se dérobe à tes yeux ?

© Par quel philtre enchanté, quel charme irrésistible. « Peux-tu suivre à la croix cet Epoux invisible

« Aux appels si mystérieux ? »

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O monde, cesse ton blasphème, Tu méconnais le Dieu que j'aime Et son esprit n’est pas en toi.

Ton regard ne voit que la terre, Au-delà tout semble mystère Aux rayons mourants de ta foi.

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Tu dis: «Je suis heureux et sage, »

Mais écoute un autre langage Et rougis de ta folle erreur.

Toi qui vis de vaine fumée, Entends une voix enflammée Te révéler le vrai bonheur.

[l'est un séjour de silence

Où court s'enfermer l'innocence Qui craint ton souflle glacial,

Un Eden aux amours célestes Où l'on croit retrouver les restes D'un monde encor vierge du mal,

C'est là la paisible demeure

Où tu peux entendre à toute heure Retentir des hymnes joyeux ; C'est là que les tristesses sombres Ne projettent james leurs ombres Sur des fronts toujours radieux.

O mon cloître ! 6 ma solitude !

O ma seule béatitude,

Que j'aime ta srblime paix !

Que tout s'écroule et que tout change, Mon bonheur dé; ‘Ja sans mélange, Comme au ciel, ne passe jamais.

Où le monde voit l'esclavare,

Moi, je trouve la royauté,

Quand il me plaint de mon partage, Je bénis ma félicité.

Il voit le dehors du calice,

Le sombre aspect du sacriice,

[ n'en connaît pas la saveur ;

Il ne sait pas combien de hanté.

Sous un voile humide de larmes,

Dieu garde en secret pour mon eœur.

Je suis la tourterelle aimante,

Les soupirs sont ma seule voix,

Je suis une âme gémissante

Devant l'autel, devant la croix.

J'aime à pleurer lorsqu'à l'aurore Déjà ma soif d'amour implore

Mon Jésus et son Sang divin :

J'aime à pleurer quand le jour baisse Au souvenir de cette ivresse

Où j'ai reposé «ur son sein.

Et, châque nuit, lorsque vient l'heure Des mystères d'iniquité,

Dans le silence encor je pleure Auprès du Dieu de sainteté,

Je suis une lyre vivante

Qui tour à tour soupire et chante.

Joyeuse même dans ses pleurs :

Je suis la voix de la prière Implorant un peu de lumière

Pour l'âme obscure des pècheurs.

Semblable à la fleur iwnorée,

Je dérobe jusqu'à mon now, Jésus, de sa prison dorée,

Neul, me jette nn divin rayon.

Ah ! son recard peut me sutire.

Avec sa voix ct son sourire, Avec son Sang ct son autel !

Quand il me nomme son épouse, De quoi pourrai-je être jalouse, Ni ce n'est de le voir au ciel ?

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