PRIMAVERA
A Eugène Hollande.
Poètes dont le nom harmonieux se grave Peu à peu dans un ferme et reluisant airain, Préparez la sixtine et préparez l'octave, Pour rythmer vos transports sur un mode serein
Hier, à Tâtre en feu vos têtes appuyées Confusément roulaient les pensers de l'hiver, Avec l'obsession des campagnes noyées, De la terre fangeuse et du ciel gris de fer.
Cette saison de pluie éternelle ou de neige, Qu'éclaire seul parfois quelque triste couchant, Elle éloignait les Sœurs, chaste et divin cortège; Elle éteignait en vous les puissances du chant.
Vous murmuriez, saisis d'une anxieuse crainte : • Qui sait si les beaux vers naîtront de nous encor? Et le vent désolé, poussant plus haut sa plainte, Faisait douter du sûr retour des heures d*or.
Vos yeux voyaient là-haut, dans l'espace livide. Les Hyades, versant leurs urnes à torrents : Fous, vous vous débattiez dans Tangoisse et le vide, ^leins de songes flétris et pleins d'espoirs mourants.
Vos pures visions pleuraient, belles proscrites. Puis s'évanouissaient dans les funèbres cieux. Mais à présent chantez, mais à présent, oh ! dites, Dites qu'ils sont finis les longs jours pluvieux I
La terre au sein profond, que le soleil caresse, Palpite. C'est l'éveil du jardin parfumé; C'est le tressaillement de l'immortelle ivresse : Avril en s'en allant sourit au nouveau Mai.
Ce mois, les cheveux lourds de ses roses nouvelles, Ce mois qui chante, il a sur la bouche un rayon ; Il est ceint de feuillage; à son front bat des ailes, Comme au front de Psyché le jeune papillon.
Les collines se font joyeuses et plaisantes, Les Heures du matin vont riant sur nos pas, La douceur de l'azur se mire aux eaux luisantes, Qu'étoilent de leurs fleurs les pâles nymphéas
Tout n'est que lys, muguets, narcisses, anémones; Il flotte des chansons dans l'air musicien. Car il a triomphé, nous tendant ses couronnes, Le beau Printemps, aimé d'Ange Politien,
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CABMINA SACRA
A ADOLFO DE BOSIS
Adolfo, je suis loin : mais ta sereine image
Me revient doucement.
Je te revois là-bas, sous Taccueillant ombrage Troué de firmament.
Nous récitons des vers : les tiens d'abord si fermes,
Pleins de saine vigueur, Les tiens, où l'Avenir fait palpiter ses germes,
Et qui viennent du cœur.
J'entends ta voix sonore, et grave et mesurée :
La belle après-midi Se prolonge, annonçant une belle soirée;
L'air circule, attiédi.
autour de toi, rangés, c'est l'épouse fidèle,
Au sage et doux regard ; C'est ta fille au front chaste, et tes enfants près d'elle
Puis les compagnons d'Art.
Nous sommes attentifs : nos yeux suivent ton geste:
Et le chantant jet d'eau Semble, tout rayonnant de la gloire céleste,
Un fluide flambeau.
Toi, tu vas déroulant quelque sixtine lente,
Ou lançant d'un seul trait L'ode. Et le parc autour, ton parc où l'oiseau chante.
Prend des airs de forêt.
Ainsi tu m'apparus toujours, soit que rayonne
La grâce du printemps, Soit que Tété flamboie. Et j'ai, plus que personne,
Aimé ces purs instants.
Seul, perdu dans la Ville où m'accablaient mes peines.
Où tout m'abandonna, Je l'évoquais, au fond d'un sentier de troènes.
Ta Villa Diana.
Ah 1 par toutes saisons, elle invite, elle accueille :
Elle est une oasis.
Qu'enchante encor ta voix, lorsque tombe la feuille,
Adolfo de Bosis.
Les Muses, l'hiver môme, y passent sous les branches,
Leurs sandales aux pieds :
Et, calme, elle s'endort sous les étoiles blanches,
Dans un vent de lauriers.