STANCES A LA TOSCANE
A D. Bruno Binazzi.
En ce juillet romain, je pense à la Toscane, Où partout monte un chœur léger d'allègres voix; Pays où librement Tâme s'élance et plane; Ciel, dont j'ai contemplé la beauté diaphane ; Sol divin, que mes pieds n'ont foulé qu'une fois.
Je souffrais : sa douceur endormit ma blessure
Oh ! gracieusement, comme elle m'a versé,
Avec son air subtil et sa lumière pure.
Les consolations de sa claire nature
El les enchantements que donne son passé !
Je me suis promené, pèlerin, dans ses villes, Qui voudraient retenir tous les chanteurs errants ; J'ai longuement songé sur ses routes tranquilles. Tandis que dans le soir, du haut des campaniles. Tombaient les angélus tendres et pénétrants.
J'ai connu la Cité des fleurs, Tauguste Dôme, Le fleuve aux quais joyeux, et ces nobles jardins Dont le vent du matin emporte au loin l'arôme : Dante m'est apparu de loin, puissant fantôme; J'ai retrouvé l'odeur des temps médicéens.
La paix du Val d'Arno m'était hospitaUère : A Figline, par des matins resplendissants, Tandis que les grands bœufs soulevaient la poussière Je voyais les coteaux fumer dans la lumière Ainsi que des autels couronnés par l'encens.
Au cher San Biagio, lorsque la canicule Triomphe, j'entendais s'abattre les fléaux; J'écoutais, dans l'ardeur calme du crépuscule, Se hâter quelque char fou qui tintinnabule, Ou s'en revenir tard de sonores chevaux.
Devant moi les maisons s'ouvraient familiales : Car j'étais, pour ces cœurs, l'aède au cœur divin. Les repas m'attendaient, servis aux fraîches salles ; Et vers moi se tournaient les faces cordiales, Et les belles chansons naissaient du sombre vin.
Et puis c'étaient les soirs à la caresse immense, Où Pâme sent une âme autour d'elle frémir ; Où, là-bas, le cyprès sur la colline pense; Où l'on voit, au lointain, pesante de silence. Quelque pâle villa sur les hauteurs dormir...
Je revivrai ces jours passés en Étrurie, Ces beaux jours, où Florence à moi se révéla ; Et mon âme sera neuve et toute fleurie. Car vous me sourirez, ô vous sainte Marie Del Fiore, vous Santa Maria Novella 1
El, puisqu'il est venu, dans sa gloire solaire,
Avec ses longs travaux, le règne de l'été,
Afin d'entendre encor battre le grain sur l'aire,
Vite je m'en irai vers la campagne claire.
Au val d'Arno. C'est là que mon cœur est resté.
Près des fermes ornant de lierre leurs murailles, Je reverrai les doux vieillards patriarcaux, Songeurs au souvenir d'anciennes semailles ; Et j'entendrai les chars, secouant leurs sonnailles, S'en revenir encor dans le soir plein d'échos.
Attachés à mes pas en escortes fidèles, A ma voix, de nouveau liés, les bruns garçons Un moment laisseront tomber leurs ritournelles Quand je leur parlerai des choses éternelles Avec un doigt tendu vers les purs horizons.
Et, lorsque tout s'efface aux campagnes obscures, De nouveau, dans l'azur sans lune et sourd des cieux, Les constellations aux antiques figures Allumeront pour moi, perçant d'or les ramures, Xeurs diamants vivants, palpitants, glorieux.
Harmonieusement fuira chaque journée,
Puis s'en viendra, pensive et belle, à travers champs,
L'automne, sous son poids de pampres inclinée ;
Et les derniers travaux rustiques de l'année
Me feront méditer sur la fuite du temps.
Moissons, accueillez-moi; recevez-moi, vendanges Ruches d'or, regorgez d'abeilles et de miel : Que mon âme exaltée abonde en vos louanges ; Et vous, autour de moi, pareils à des yeux d'anges Brillez, beauxyeux toscans, pleinsdesdouceursdu ciel