MATIN D'OCTOBRE
A Léon Guillot.
Dans sa limpidité la lumière d'octobre, S'épandaat de l'azur, emplit Tair allégé : Elle baigne d'un or harmonieux et sobre Les champs oii l'on a vendangé.
Hier on entendait des voix de contadines. Qui s'unissaient au vol des derniers papillons Seules vont maintenant, çà et là, les gallines, Ivres des lents rayons.
Parfois, de l'horizon où quelque clocher pointe, A. travers le feuillage aux lueurs de satin, Arrive une rumeur de char éloigné, jointe Au chant perdu d'un coq lointain.
Je regarde, charmé, ces glèbes qui s'étendent, Ces arbres, par endroits à peine encor rouilles. De mûriers en mûriers, partout les pampres pendent. De raisins dépouillés.
Nul vent ne souffle, pas une feuille ne tombe; L'abeille qui s'endort ne vient plus me frôler; Tout songe, et sur un toit une belle palombe Semble craindre de s'envoler.
Et dans cet air où rien ne bouge et ne respire, Dans ce calme, si pur qu'il vous fait presque mal, 1e crois sentir vibrer, comme une grande lyre, L'automne de cristal.
;hànts d ombrie et de toscane 67
CARMEN PLATONiCUM
0 vous que Michei-Ange aurait prise pour Daine, Grande initiatrice aux mystères de Tâme, Vous avez, dans l'éclat de votre chasteté, Je ne sais quelle grâce et quelle gravité : Vous nous faites penser à ces heures divines Où se lève une étoile au-dessus des collines. Vous allez : l'harmonie accompagne vos pas; Vous enchantez les cœurs et ne les troublez pas. Telle, idéale encore, et pleine de décence, A son premier matin brilla la Renaissance.
Ainsi, les yeux armés d'un tranquille pouvoir, Avec la pureté possédant le savoir ; Visage d'inspirée ou Muse qui médite; Proclamant la beauté, d'une bouche érudite ; Unissant, sous les plis de votre manteau blanc, L'attrait de l'éloquence et le renom du sang; Habile à rassembler, en rapprochant les âges. Tous les reflets du Verbe, épars chez les vieux Sages Vous détournant avec un sublime mépris De tout ce qui n'est pas leffort des hauts esprits, Vous évoquez, aux jours de l'Italie ancienne, Une Abbesse. princesse et platonicienne.