AU LAC DE TRASIMÈNE
4 Alfred Valletie.
Que le printemps sourie aux flancs de tes coteaux, Ou que le bel été rayonne sur tes eaux : Dans la paix du matin, comme aux heures pensives Du soir, qui fait rentrer les barques vers tes rives; Sous Técume mêlée à ton profond saphir, Tu me semblés, ô lac, rouler un souvenir. Quelle image te hante à jamais, Trasimène? Est-ce Annibal, vainqueur de la force romaine; Et te rappelles-tu combien de soldats morts Rougirent de leur sang tes vagues et tes bords?
Non : une radieuse, une pure mémoire Bannit ces visions de défaite et de gloire. François vint dans ton île un jour. Ah I Séraphin ! Il aurait souhaité d'y demeurer sans fin. Les élans de son âme émurent ton silence : Tu connus son extase et vis sa pénitence. Au sable du rivage il mouilla ses pieds nus : Puis soudain il partit, tu ne le revis plus... Son zèle l'emportait, l'apôtre ardent et tendre, Et, magnanime, avant de mourir sur la cendre, Il voulait, dans l'Église et dans l'humanité, Répandre les ferments de sa fraternité.
Mais tu n'as pas en vain reflété son visage : Un rayon de son nimbe est sur toi, d'âge en âge. C'est lui que vient chercher ici le voyageur : Car les siècles séduits courent à son odeur. Tes brises, de lui seul encor sont parfumées; Et tes ondes toujours en resteront charmées.
ASSISTUM
A Gabriel Fuure.
0 ville où le passé gravement se prolonge, Et qui semblés dormir sous son fardeau pesant S'il est d'autres cités pour éveiller le songe, Toi tu parles au cœur d'un plus profond accent.
Bien des jours ont coulé depuis que, solitaire, Je parcours, pèlerin qui ne s'en irait plus, Tes chemins dont la paix conseille de se taire. Dans l'oubli des désirs et des soins superflus.
Devant tes horizons, toujours mélancoliques, Même quand le malin les remplit de clarté, L'âme peut s'attarder à ses propres reliques Et comparer le Temps avec rÉlernité.
Parfois, lointain rappel d'un monde qui s'enfièvre, El continue un bruit que j'ai trouvé trop vain, Du bord de tes sentiers, où va broutant la chèvre, Je vois passer là-bas, sous sa fumée, un train.
Qu'il ne me tente pas d'inutiles voyages ! Il suffît, calme Assise, à ton hôle pensif, D'admirer tes coteaux pleins d'oliviers sauvages, Que çà et là domine, obscur et sobre, un if.
Je le sais bien, tous ceux dont le rêve est frivole, Et qui n'entendent pas la voix de tes vieux murs : Prompts toujours à l'ennui, l'appellent nécropole. Pour ton repos ces cœurs ne sont pas assez mûrs.
CHANTS d'OMBRIE ET DE TOSCANE 19
Garde-moi, garde-moi parmi tes sépultures, Et tes anciens palais, l'hiver en proie aux vents . Car je suis incliné, par ce temps plein d'injures, A préférer les morts, chère Assise, aux vivants 1
A Georges Le Cardonnei.
Dans ce jour qui finit comme tous les beaux jours,
Tandis que degrands bœufs, auxfrontscornus et lourds,
S'en reviennent, suivis par leur pâtre tranquille.
Le poète, tout seul, retourne vers la ville.
Mais avant que son pas ait rejoint les maisons,
Il égare sa vue aux lointains horizons.
Il laisse sa pensée errer, lente et sereine,
Des collines sans fin à Tidyllique plaine.
•Sous la lumière d'or de l'astre qui descend,
Son esprit s'élargit : il sourit au passant.
Il regarde, le long du sentier qui serpente,
Les calme? oliviers grimper de pente en pente.
Il a tout oublié des maux longtemps soufferts : Son âme est rayonnante ainsi que l'Univers. Pour rélever plus haut que toi-même, ô Nature, Tu lui parles au cœur, de ta voix grave et pure. Devant cet orbe en feu, disparaissant là-bas, fl rêve d'un soleil qui ne se couche pas : Et doucement, avant que la clarté ne meure, Il bénit et l'espace et la saison et l'heure.