NUIT SUR LES ÉCRITURES
La colline a sombré dans l'horreur solitaire, Et la Nature a pris une noire beauté : La lune, à l'éclatant et terrible mystère, Ne montre pas ce soir sa face d'Astarté.
Mais, comme des regards jetés par d'autres mondes Vers ce vieux monde, où l'homme a son précaire abri, Des scintillations vivantes et profondes Fourmillent dans la paix de Téther assombri.
Je suis seul : et ma lampe a ses deux flammes drc Quelque chose est dans Tair, dont je sens la frayeur ; De mon humanité les limites étroites S'effacent : je verrai de ta gloire, Seigneur I
Sous mes doigts les feuillets se tournent, des Saints Liv Voici flotter l'odeur des vignes d'Engaddi... Les hommes d'aujourd'hui, de ténèbres sont ivres : Faisons-les ressurgir vers l'éternel midi I
Il plane autour de moi d'invisibles présences. Je vous appelle, .' Dieu, de mon ardent poumon : Donnez-moi, contemplant les séraphiques danses, Les éblouissements des nuits de Salomon...
Ah! que m'apportez-vous, mon Épouse, Sagesse? Je suis lourd de tristesse et de ressouvenirs... Faites-moi savourer, ma divine maîtresse, Votre beauté céleste et vos saints élixirs
Montrez-moi Torigine éternelle des Êtres,
Les cycles jaillissant du Verbe, d'un élan;
La puUulation d'innombrables Ancêtres,
Des flancs de l'Eve immense et de l'immense Adam.
Qu'en esprit je m'unisse aux premiers Patriarches, Levant leurs bras dans les minuits Iduméens; Autour de l'Arche en feu que je suive les marches De Moïse, et du peuple abrité sous ses mains.
M'auréolant d'éclairs que je me mêle aux trombes Du Sinaï terrible, annonçant le Thabor; Extase de mon Dieu, que devant moi tu tombes Sur David, au milieu des candélabres d'or.
Et dites-moi surtout ce que l'Ecclésiaste, Le Prince de la Paix, Seigneur, a fait tenir D'oracles fulgurants dans ce Cantique chaste. Où ses yeux de colombe embrassaient l'avenir.
— La nuit silencieuse absorbe mes paroles... 0 Seigneur, vous tentez, peut-être, votre Roi. Il s'en ira demain, riche de paraboles, Par vous-même investi, sacré de votre effroi.
Apocalypse large, ô gouffres johanniques, Ouvrez-vous, rayonnez pour lui, divin séjour, Anges, revêtez-le de vos blanches tuniques. Archanges, mitrez-le de splendeur et d'amour 1
Vous lui ferez des traits brûlants et diaphanes. Il centrera nimbé dans les temples : mais vous, Si rÉpouse l'attend dans vos profonds arcanes, A travers Lui, Seigneur, vous resterez TÉpoux.
Promenez son esprit dans les similitudes.
Qu'il vous élève un jour l'autel sur les hauts Lieux,
Qu'il vous suive parmi toutes vos solitudes,
En courbant devant vous. Dieu vivant, tous les Dieux.
Oui, répandez sur lui mille cornes, du baume Dont l'or liquide et doux nous vient des oliviers; Qu'il soit un constructeur de l'immortel Royaume; \ Que la haine et le mal s'éteignent à ses pieds I
Que même les méchants implorent sa prière I Que, mêlant à l'ardeur des roses la candeur Des lys, parlant avec des gestes de lumière, Il soit l'harmonieux Réconciiiateur...
Tel je rêve, égaré dans vos sacrés abîmes. Et, me sentant grandir parfois immensément, Je reconquiers, guerrier aux victoires opimes, Les mystères cachés dès le commencement.
Et, plein du grand passé, plein des choses future- Entre ma calme lampe et tout le ciel qui luit, Sans pouvoir détacher mes yeux des Écritures, Je laisse avec lenteur se consumer la nuit.
PRiECONIUM PASGHALE
Le temps est revenu de nos fêtes sereines : Voici finir les jours de désolation.
Que l'on n'entende plus, en lamentables thrènes, Gémir l'opprobre de Sion.
Relevez-vous, ô fronts prostrés dans la poussière ; Retrouvez des élans joyeux, cœurs pénitents. Voyez, tout se ranime et ril dans la lumière : C'est la vie et c'est le printemps.
Avril, Tardent avril étreint la terre éprise, Et, tandis qu'au zénith monte l'astre vermeil, Le cycle de la vieille et toujours jeune Église Nous ramène le vrai Soleil.
Que les purs chants latins s'exaltent à sa gloire : Et, pour le figurer surgissant du tombeau, Sous ta riche tunique, et d'un air de victoire, 0 Diacre, lève ton flambeau I
Annonce que, demain, le Fort, le Pacifique Les fera ruisseler nos larmes de bonheur... La clarté brille enfin de ce jour, magnifique Entre les fastes du Seigneur.
Le pontife joyeux, que la foule contemple, Saint vieillard qui verra d'autres Pâques encor, En des vapeurs d'encens, vers l'abside du temple, Trône dans ses vêtements d'or.
Le peuple est ressaisi par l'esprit des ancêtres. Plus d'un homme incliné frémit comme un enfant ; La voix de l'org^ie éclate, et tout le chœur des prêtres Acclame le Christ triomphant.
Salut à ce Héros de la sainte Louange ! C'est lui que le Prophète, au fond des temps montra, Pareil au vendangeur, rouge de sa vendange, Qui vient d'Édom et de Bosra.
Lui qui nous a lavés de l'antique anathème, Dans les généreux flots de son sang répandu ; Et qui voulut pour nous, en Tachetant Lui-même, Rouvrir plus beau le Ciel perdu.
Voyez-la resplendir la Victime pascale : Prémices de ceux-là qui seront couronnés. Tout son sang lui devient une pourpre royale, Devant les Anges prosternés.
Il exulte, l'Agneau, dans sa vigueur divine Son règne commencé n'aura pas de déclin : C'est le Vainqueur, qui porte, ouvert sur sa poitrine. Le Livre, aux sceaux brisés enfin 1....
Mais le temps est rapide, et la dernière antienne S'éteint avec le jour, qui commence à pâlir. Il meurt... Ah ! que, du moins, notre vie en retienne Le reflet, pour s'en embellir.
Bien morts, avec le Christ, à tout ce qui nous souille, Sentant l'homme nouveau tressaillir dans nos cœurs. Ne la reprenons pas notre vieille dépouille,
De ce monde, et de nous, vainqueurs. ^ ,
i Sourions à l'espoir de notre récompense, Et qu'à nos fronts rayonne une telle clarté, Qu'il semble que pour nous, dès ici-bas, commence La Pâque de l'Éternité.