‹ Carnaval est mort: premiers essais pour mieux comprendre mon tempsChapitre 9 sur 56 · Voir plus loin, page · texte numérisé non relu

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fait parmi les riches entre eux ou parmi les pauvres entre eux. C'est de fonder un art en qui se rejoigne la nation entière, réunie dans un enthousiasme et dans une gaîté communes. Il faut faire rire le peuple tout entier, il faut faire pleurer le peuple tout entier.

Je ne crois pas qu'il se dresse devant nous de nécessité plus pressante. Assez de ces jeux d'oisifs. Assez de ces petites psychologies de vases clos. Assez de ces petite^ perversions de clubs. Assez dé ces chinoiseries rétrogrades* Assez de ces pièces de coîlectioii, assez de cette bibeloterie d'art, de toute cette vanité coûteuse^ .-

Assez, par dessus tout, de ce faux art populaire qui est le laissé pour compte des grossièretés, des turpitudes, des médiocrités de l'art riche. ;

Nous répétons à l'art d'aujourd'hui ce que disait jadis la petite Monelle :

Détruis, détruis, détruis. Détruis en toi-même, détruis autour de toi.- Fais de la place pour ton âme et pour les autres âmes...

... Les choses mortes sont des miroirs qui déforment.

Détruis, car toute création vient de la destruction...

Et pour imaginer un nouvel art, il faut briser l'art ancien. Et ainsi l'art nouveau semble une sorte d'iconoclastie...

Il faut détruire les formes ^.

Fenêtres grand ouvertes. N'allons pas à la nation une fois l'an, eri mission, pour la décrire ; n'allons pas, au hasard de nos sentimentalités raffinées, respirer expérimentalement l'air empuanti de Gennevilhers, et remplir dans les maisons pauvres un calepin dé notes. Soyons de tout cela partie prenante, partie intégrante. Ne faisons plus qu'un avec le peuple voué au travail. Et souhaitons que tout ne fasse plus qu un avec lui. Que notre art parle le langage de tous. Qu'il connaisse les soucis de tous. Qu'il comprenne les problème$ et s'enquière des solutions. Qu'il fasse la chasse aux solutions. Il le peut, mieux que les sociologues ou les écônomistea. L'art, dans son inconscience, voit plus clair qu'eux. Ou du moins il voit clair avant eux.

J'ai tort encore. Les mots me trahissent. Les formes intellectuelles se glissent sournoisement sous ma plume pour démentir ma pensée* Que rien, dans notre art, ne ressemble à une information ni à une compréhension. " Connaître les soucis ", « comprendre les problèmes ^\

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