PRÉFACE IX
l'action même, par M. Tinayre, l'artiste distingué, correspondant du Monde illustré.
La photographie ainsi pratiquée rendra de précieux, d'inestimables services aux historiens de l'avenir, puisqu'ils n'auront plus à choisir entre différents récits, souvent contradictoires, et que les faits seront racontés par l'image photographiée, qui ne ment pas.
Les carnets de campagne du colonel Lentonnet nous font suivre le 2* bataillon du régiment d'Algérie, lequel fut toujours à l'avant-garde. Le bataillon prit part à tous les combats de la campagne, de Marovoay à Tananarive, ainsi que pendant l'insurrection ; et il fut le héros du plus brillant, du plus glorieux de ces combats, celui de Tsarasaotra.
Ces carnets, enfin, nous disent quelles souffrances, quelles privations, quelles fatigues ont supportées nos troupes décimées par la fièvre; ils seront utilement consultés par les représentants du pays au Parlement et par les spécialistes qui étudient actuellement l'organisation d'une armée coloniale, solide et résistante, entraînée, acclimatée, aujourd'hui absolument nécessaire à la France, non pour étendre un domaine peutêtre déjà trop vaste, mais pour le protéger et le conserver,
H. Galli.
LE L»-COLONEL LENTONNET
Le lieutenant-colonel Lentonnet, dont nous publions les notes prises au jour le jour pendant la dernière campagne de Madagascar, mort, au retour, de fièvre et d'épuisement, à bord du Djemnah, commandait, au départ du corps expéditionnaire, le deuxième bataillon du régiment d'Algérie. Agé de plus de cinquante-quatre ans, presque à la veille de la retraite, il aurait eu bien le droit de laisser la place à de plus jeunes, ayant lui-même et très largement payé sa dette à la patrie; mais le général Hervé, commandant le 19* corps, désigna ce vaillant soldat, alors chef de bataillon au i*' tirailleurs algériens, comme Tun des meilleurs officiers de guerre, comme Tun des plus aptes, et par son énergie et par son expérience, à servir utilement la France à Madagascar. Fier de cette désignation particulièrement honorable, Lentonnet en garda une profonde reconnaissance au général Hervé.
Dans la joie qu'il en éprouva, l'ambition ne pouvait cependant entrer pour beaucoup; l'état-major du régiment d'Algérie était formé d'officiers distingués, la plupart appelés à un brillant avenir, et le chef de bataillon Lentonnet n'avait aucun espoir d'atteindre aux échelons les plus élevés de la hiérarchie; mais, homme de devoir, soldat dans l'âme, il considérait comme un bonheur inespéré de faire encore une campagne de guerre avant la retraite.
LÉ LIEÙTÈNANT-COLONEL LENTONNEt Xlli
dés plus pénibles, à tett^ époque, et bien différente de la vie deg^amison.
Lentonnet, caporal depuis décembre 1859, fît campagne au Maroc et'dans ta province d'Oran. Sergent en 1861, sergentmajor en 1864, il fut promu sous-lieutenant au 13* de lignes après un avancement lent, le 28 janvier 1870.- A la déclara-» tion de guerre, il est nommé porte-drapeau et suit son régi^ ment à Tarmée de Metz, 4* corps, général de Ladmirault. Il assiste aux grandes batailles livrées, du 14 au 18 août, à Bomy, à Rezonville et à Saint-Privat.
' « A Borny; dit un historique de la bataille, le 13* de ligne excite Tadmîration par son attitude impassible. Un éclat d'obus mutile Taigle du régiment et renverse le porte-drapeau Len« tonnet : ce brave officier, bien que contusionné, ste relève et refuse d'abandonner son poste. i>
Le 16 et le 18 août, le 13* de ligne est encore engagé. Le 18, à six heures du soir, près 4'Amanvillters, le sous-lieute-< 'nant Lentonnet tombe frappé d'un coup de feu à l'avant-bras gauche; il ne consent pas à se rendre à l'ambulance; à huit heures, une secondé balle l'atteint à la jambe gauche.
Il fut cité à l'ordre du jour de l'armée, et promu lieutenant quelques jours plus tard, le 24 août. A peine convalescent; Lentonnet partagea, en octobre, le triste sort de ses camarades après la capitulation de Metz, et, moins heureux que d'autres qui réussirent à s'échapper, il demeura prisonnier de guerre en Allemagne du 29 octobre 1870 au 31 mars 187 1.
Dès son retour en France, il fut versé à l'armée de Versailles; mais tout le rappelait vers l'Algérie, où les Arabes révoltés faisaient de nouveau parler la poudre, et il passa, sur sa demande, au 4* zouaves.
Citons désormais purement et simplement ses états de service :
Lieutenant au 11 3* d'infanterie le 6 mai 1 87 1 , au 4« zduaves
prend que plus de valeur, et son témoignage aura, dans Thistoire de cette expédition, l'autorité d'une parole non préparée, et consacrée par la mort.
Nous avons eu entre les mains ses carnets mêmes, minces agendas usés dans la poche du dolman, où, chaque soir, à bord ou au bivouac, il notait les faits de la journée ; hors ce qui eût paru trop intime, nous n'en avons rien effacé, et nous nous sommes borné à transcrire, sans y rien ajouter que les éclaircissements indispensables, les lignes crayonnées hâtivement, en pleine guerre, par le soldat qui ne devait pas revenir.