TOURS
chignons retroussés et les élégantes jambes qui ont tant de plaisir à glisser hors de leurs jupes!
J'ai passé la nuit à Tours. Grande rue large, pleine de boutiques et de foule, toute sendjlable à l^aris. La retraite, tambours, trompettes, passe bruyante, avec un déluge de fanfares joyeuses et vulgaires, accompagnée par tout un peuple. Nous remarquons le contraste, on est ici très loin de Rennes.
Le lendemain, nous nous somujes levés à cin(| heures pour voir la cathédrale. Le portail est bien élégant, bien l'iclx', bien ouvragé, avec deux tours (pii finissent en pointe émoussée; mais l'exagération du gothique y est trop visible. — Rien que des dentelles de pierre; c'est du tiligrane; il n'y a pas de moulures plus fines et plus multipliées dans un joli meuble de salon La conséquence est que rien ne tient. Quantité (le jours, de fenêtres ont été bouchés pour empéclier l'écroulement; sur la droite, de haut en bas, on a plaqué un énorme emplâtre de maçonnerie, cela est piteux. 11 en est de môme
62 CARNETS DE VOVAGE.
à Strasbourg, toute la charpente du clocher est en fer, la pierre n'est qu'un revêtement. Voilà de l'art outré, faussé. La civilisation du Moyen âge est toute pareille, brillante et creuse.
Rien de sain, les disparates foisonnent. Le chevet est une sorte de pigeonnier recouvert d'ardoises. Plusieurs contreforts enjambent la rue, comme une patte de crabe luxée, pour soutenir une saillie. — Le dedans est beau, haut et mystique. Ce que j'ai le mieux senti, ce sont les vitraux. Le soleil du matin donnait dans les 2:randes fenêtres du chevet comme l'aurore d'une résurrection rayonnante ; les trois rosaces commençaient à étinceler; la queue d'un paon n'est pas plus magnifique; mais l'effet est tout autre, douloureux, violent. Ces couleurs parlent; elles sont toutes excessives, jaune intense, écarlate, surtout violet foncé, la plus tragique des couleurs, celle qu'on doit voir dans l'extase.
Je me souviens d'un beau groupe à Poitiers, dans la nef droite de la cathédrale et qui doit être du xv*^ siècle, à peu près contemporain des premières statues de Solesmes. C'est un Ensevelissement : le Christ, avec sa grande barbe,