‹ Carnets de voyage;Chapitre 7 sur 47 · DE RENNES AU MANS ET A TOURS · texte numérisé non relu

DE RENNES AU MANS ET A TOURS

Le pays change, la venliiro vivante et sauvage disparaît. Plus de chênes; l'humidité diminue, le Loir apparaît, puis la Loire.

Une grande plaine, une rivière sans lit qui déborde souvent et sèche à demi, parmi des îlots de gravier et de longs bancs de sable. Les sables foisonnent. Il j a de grandes landes plantées de petits pins.

Mais, depuis Tours surtout, rien de plus riant, qui sente mieux le bien-être et la vie facile. De belles prairies, de riches cultures, des arbres fruitiers, des peupliers en lignes; çà et là, des maisons tranquilles. Le chanvre, le blé, les

fruits abondent; plus de sarrasin, comme en Bretagne. Ce qui achève la douceur et la gaieté du pays, c'est le ciel ; on commence à prévoir le ciel du Midi, velouté, d'un bleu rayonnant tout imprégné de lumière, semblable au plus précieux cristal. Cette belle couleur riante et caressante donne une apparence de bonheur aux arbres, aux longs espaces de champs fructueux; le paysage entier a l'air d'un jardin, non pas exact, divisé, savamment utilisé comme l'Angleterre, mais cultivé un peu à l'aventure, avec des négligences, sans que cet heureux laisseraller de Fhomme diminue la prodigalité du sol. Quelques châteaux blancs, à jolies tourelles, bien posés comme des pigeons dans la verdure, élèvent leurs toits bleus, pointus, et des hauteurs regardent la plaine. On pense à l'heureuse vie des Valois, à Diane de Poitiers, à François V'\ à Rabelais, aux mœurs insouciantes et galantes, aux chasses, aux promenades en bateau sur les rivières éclatantes et nonchalantes. Que c'est bien ici l'endroit pour les beautés de Jean Goujon, de Germam Pilon, du Primat ice, de Rosso, pour les fines tètes voluptueuses, les

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