AMIENS
Je me suis arrêté à Amiens pour voir la cathédrale. Les clôtures qui séparent les chapelles latérales du transept sont fort curieuses : c'est comme le hérissement et l'entrelacement d'une forêt, la même exagération que dans le Moyen âge de Gustave Doré, mais sans la verve.
Sur les parois du chœur est sculptée V Histoire de saint Jean-Baptiste. Le bourreau est un superbe type de seigneur du xvi*" siècle, admirable tête coupée du saint, les yeux clos; quel profond sentiment de la mort! L'abondance d'idées, l'expression de l'âme, la variété des vêtements, architectures, plantes, animaux, toute la riche acquisition de la Renaissance éclate tout d'un
coii|). I.o bouton va s'épanouii'. Tout cela c'tait doré, colorié, resplendissant, ce devait être un éblouissement ! llien n'y est ascétique; le Christ nu, baptisé, a déjà un coips bien membre. C'est par le réalisme qu'on quitte le style hiératique. H est curieux i\e voir linii- ici le gothique, comme à Solesmesdevoir reconnnencer le païen.
Sur le pourtour du nord. Vie de saint Firiniii. Ces patronages sont beaux : chaque ville avait ainsi son petit dieu propre comme une cité grecque; seulement le dieu grec victorieux est pour une ville de braves et de conquérants; ici le saint souffrant est pour un troupeau de malheureux opprimés.
Màh ce (jui est le |)lus frappant dans la cathédrale, ce sont les deux tombeaux en bronze des fondateurs : Evrard de Fouilloy (1:2:23) et Geoffroy d'Ru (1-2-2(5). Profonde c\ admirable immobilité de l'altitude et des traits, ils peuvent dormir ainsi toute l'éternité. Pas une idée dans ces têtes, rien de plus simple que cet esprit. — Voilà pourquoi on avait des convictions complètes; l'homme était plus simple et partant plus fort.