LE MANS
ville, comme une dent postiche dans un alvéole vide. Nul caractère dans les rues ni dans les bâtiments; du plâtre et du moellon, des niches parées ou mal soignées à l'usage de richards bêtes ou de prud'hommes retraités ; des rues macadamisées, puis d'autres rues pavées de cailloux pointus; une large place non pavée, poudreuse, biscornue, en pente irrégulière, et dans un coin, une vingtaine de mauvais chevaux qu'on vend et qu'on fait courir; au centre, deux vaches qui attendent.
On sent dans quelques boutiques l'effort du marchand qui fait de la réclame, qui étale les nouveautés parisiennes. Un libraire affiche le portrait de Mgr X..., figure rosée, ronde, à lunettes, comme d'un souriant potiche chinois. — Cet homme-Là a dîné, dormi les mains sur son ventre, donné la bénédiction en faisant de jolis doigts et souri avec un air de Saint-Esprit aux compliments et aux empressements de ses dévotes. — J'ai vu quelques dames en petits chapeaux et robes fraîches, sortir d'une boutique, relevant la tête comme des paons heureux ; la toilette est la seule chose où le génie
national trouve ici son dévoloppomént. — A cùté, nous avons li-avorsé le marclu', un i;ros |jàté rond, bas, vulgaire, empli de Ijoulicjues à vingt sous et de paysans qui viennent le fournir.
Connue on sent l)ien, par une seule de ces promenades, l'état social de la France! (loinnie tout le corps de la nation est bas, encore voisin des serts et des bourgeois du Moyen âge, avec les fonctionnaires en guise de nobles ! Ces fonctionnaires, sans les consulter et d'en haut, li'ur fournissent des marchés, des collèges, des tribunaux, mettent le holà. En somme, la masse a ce qu'elle veut : la petite vie bourgeoise et la faculté de vendre son blé. sa récolte, comme elle l'entend .
J'ai pensé à cela depuis (|ue je fais ce nouveau métier. l]n somme, sauf la friponnerie naturelle et les grandes lilouteries en haut lieu, bref, en défahpiant les Rastignac et rn ne |»i<'nant les choses (ju'en gros, ce pays-ci a atteint un haut degré de justice (>t de bien-étir. b"(''galité V est praticpiée; il i\ \ a pas dv laveurs, même envers les très nobles et les très riches; on juge absti'aitement et sans savoii- les noms.
LE MAXS. 19
Lo trait le plus saillant ot qui produit le plus de bien comme aussi le plus de mal, est celui-ci : le constructeur de la France semble s'être dit qu'il V a un certain nombre de bonnes choses et qu'il faut que chacun en ait un morceau; que nul n'ait un très gros morceau, mais presque tous un petit ou un médiocre. Les généraux de division, évèques, proviseurs, recteurs, directeurs, etc., arrivent à 15 000 francs ou environ. Les petits traitements de 1 200 à 3 000 francs foisonnent. Chacun avance un peu tous les trois ou six ans; augmentation de 100, de oOO francs, une croix de chevalier, puis d'officier. On s'occupe deux, dans leur vieillesse par les retraites et les pensions de veuves; dans la vie, il y a l'avancement graduel, chacun aperçoit à peu près où il en sera dans vingt ans ; les grandes injustices flagrantes sont presque impossibles. Beaucoup de petites gênes, mécontentements, envies, espérances, dépenses, économies, mais point de désespoirs éclatants. C'est la vie rationnée; chacun se serre le ventre et attend en grognant quelque peu.
Ici le professeur de mathématiques spéciales
20 CARNKTS DE VOYAf.E.
a 40(HI iVaiu's. Un (•oiiiiucncc par 1 (SOO francs, on fait huit .classes par somalnc, on met dix ans pour arriver à 4 000. Ce qui vous soutient, c'est riionorabilité de la position, lengrenage, la crainte de rendre son passé inutile, l'espoir d'un petit changement avantageux II y a des gens grinch(Hix ou <|iii se croient opprimés, comme le lieutenant (pii enseigne la natation, l'escrime et la gymnasti(jue; mais ils n'espèrent pas briser l'énorme l'oue, elle est la France même. En somme, il faut un parti pris dans l'État, comme dans Tait; celui-ci est un des bons, quoicpi il ne soil (pià demi bon : supprimer les grandes vies, les visées longues, toute hérédité et aristocratie, partager tout, produire un<' (piantité de demi culture et de demi-bienètre, faire quinze ou vingt millions dindividus j)assablement heureux, les protéger, les rétrécii-, les discipliner et au besoin les lancei' en corps
LA FLECHE
Depuis le 3Ians, le pays est charmant, je suis venu de Xoyen à la Flèche sur l'impériale de la diligence, parmi toutes sortes de verdures en bouquets, d'arbres épanouis, silencieux dans le calme du soir. Ici, sur le Loir, commencent les paysages de Touraine, le sourire voluptueux, la tiède caresse du climat tant aimé des Valois, les rivières tranquilles, si lentes sur leur sable, épandues, dormantes entre leurs herbes, avec des tortillons et des frétillements dans les remous. La rivière s'étale vers le pont, près d'un haut moulin qui a l'air dune tour; sous le doux soleil, il n'y a pas de glace plus souriante. Des feuillages légers, des peupliers aux feuilles déjà
22 CARNETS DE Vu V ACE.
rares, trciiil)I<>iit en tacc, dans la \:iV'j^o |(laiiit' unie et verle ; on voit h? I)lcii liiiniiiciix, la poudre diamantée de iaii- entre les minces branches; la vei'dure na (|i;(; des tons doux; la ri\i('i-e la noniril. mais le soleil la brunit on la dore; les yeux se rej)osent sur ce coloris fondu, ou est bien, on i-e^artie l'eau miroiter, on ti'ouve (jiic la vie e>t accueillante et Jjonne. A la Flèche, le paysage est ilamand, avec un antre soleil. Dans une plaine basse, unie, une l'ivièi-e Irahiante, avec des îles; |)artout la prairie et des haies dispersées de peupliers, l/hiver, elle déborde — ^lais comme le soleil chans^e tout! Quel air de sérénité et de j^ràce heureuse! L'eau est claire et sons le ciel ondoie,. se plisse avec des treillis dnn azm- admirable. IMeu lumineux, riant, dans un cadre d un \ert doux, et des nuages au-dessus, comme des duvets de cygne. Les j'ives basses se perdent et ne font (prune ])elife bordui'e. l>e ciel a toute ram[)lenr de sa vonle el j y ti'ouve enfin la vraie lumière, léclal velouté du Midi, delà lait penser au lapis-lazuli, aux piei-res [)récieuses.
LA Fli:CIIE. 23
J'ai passé deux soirées assis sur une poutre en face du port. La rivière s'étale dans un large carré de pierres, avec une petite écluse murmurante. Deux ou trois hauts bâtiments sont plantes au milieu; ce sont des tanneries.
Impossible de rendre la grâce, le calme, la douceur charmante de ce paysage. Il faudrait ici un Decamps ou un Corot. Le ciel est ouvert et en courbe douce comme une cocjuille nacrée, luisante ; la large nappe d'eau renvoie sa lumière; les deux clartés qui se rencontrent nagent indistinctement dans la brume délicate qui transpire. Cela fait un voile aérien, transparent, cjui amollit tous les contours; les arbres légers, les peupliers lointains deviennent vaporeux, on dirait des ombres heureuses qui flottent entre l'Etre et le Néant, mollement, amoureusement, aussi promptes à s'évanouir qu'à reparaître. Point de couleurs, les hauts bâtiments allongent sur l'eau leurs ombres noires. Tout à l'entour ruissellent et tremblent des clartés blanches; la lune danse sur l'eau, et les petits flots jouent languissamment ou bruissent.
24 CARNETS DH VuYAr.K.
La rièclie est une ville <K' liiiil ou tlix. mille âmes; petits pavôs pointus, rues étroites, une M'aie ville de |)rovince; diiii côté, une belle rue moderne, de l'autre, un petit quartier de pauvres diahles; des maisons d'un étage comme en Angleterre. Une maison pour famille entière, avec jardin, coûte 300 francs par an.
L'ornement de la \ille, c'est le Prytanée ; quatre cents élèves, tous boursiers sauf vingt ; un général commaudaut, etc. Les bâtiments et jardins occupent quatre hectares, c'est l'ancien collège des Jésuites, fondé par Henri 1\ . delà est monumental; les gens du xvi" siècle avaient besoin de plus d'espace que nous pour respirer et remuer. Enorme construction carrée enfermant une vaste cour verte; sur les côtés, toutes sortes de cours et bâtiments accessoires. Derrière, un ti'ès large parc avec des charmilles et des Heurs, un? vas(jue verdàtiv et un ji-t d eau, une haute futaie de gros arbres, de grands fossés comme pour un château. La piei-i-e, l'espace et les aibres ont été prodigués. La main-d'œuvre, alors, et le terrain ne coûtaient pas grand'chose. Ces vastes cours, ces construc-
LA FLKCIIE. '25
tions régulières, hautes, symétriques, ce grand promenoir à arcades, l'église avec sa haute tour droite et son chevet aigu, font plaisir au sortir de la ville. Cela est noble, large, et fait contraste avec la basse petite vie bourgeoise qui transpire à travers les façades bossues et les formes étriquées des maisons. — On prétend que je suis aristocrate; il y a cela de vrai qu'il me semble odieux de vivre sans ces choses grandes et belles.
Bon tableau ou presque bon dans l'église, sur les Macchabées. Pas d'images ni de poupées, haute nef; c'est le style Jésuite, guirlandes, consoles enrubannées; mais là ce stvle affecté devient beau par contraste.
On s'imagine que tout est calme ici, heureux à la flamande ! De près, c'est comme un verre d'eau vu au microscope, avec des animalcules affreux qui se dévorent. X... y est venu fort jeune; il a acheté un jardin avec une petite maison de deux pièces dans les quartiers ouvriers, et y vit comme les artistes de Fontainebleau entre son enfant et sa femme. Il avait un logement au Prytanée, Il l'a (juitté à cause de la gène et de l'obligation de s'habiller. « On ne rencontrait
26 CARXKTS DE VOYAGE.
que ci'innlincs et liahits iiciitV, dans le paie. » — Il paraît (|ii(' la ( riiinliiH" et rajusteiiieiit tournent la tète (le toutes les feinmes; les maris ont désappointements de dix-huit cents, deux mille, trois mille cinq cents francs; un seul a cjuatre mille francs; on doit rogner sur le bœuf et le potagepour fournir aux rubans. — 11 faut voir les têtes des vieux professeurs! Mais songez aux misères universitaires. Souvent, ces tètes ne sont si ridicules (pie parce qu'elles ont subi une loniiue averse de malheurs.
Un trait curieux, (|ui mai-que rengourdiss»»ment de la province, c'est l'engourdissement des élèves eux-mêmes. Ils sont ternes, n'ont |)as l'air de sentir, ne se secouent pas au tableau. X..., ([ui est de bon sens et judicieux, me cite un nouveau venu arrivant de Paris, qui au tableau s'agite, se disculpe, dit : « C'est singulier, je suis tout incapable aujourd'hui. » Bref, il se défend (oui en faisant le modeste i-n public. C'est (|u';i Paris rain()ur-i)i'opre est un grand excitateur.
SOLESM ES
En voiture particulière par la pluie, de la Flèche à Sablé. Pays bien vert; les arbres sous la pluie m'ont toujours touché. Us vivent et verdoient.
De Sablé nous allons à Solesmes, pour voir l'abbaye des Bénédictins. Quelques-uns sont instruits, entre autres Dom Guéranger, ami de M. Veuillot. Celui qui nous introduit nous dit qu'il s'occupe des saints de l'Anjou, des antiquités du Mans. — Assez médiocre bibliothèque; ils ont l'abbé Migne, édition des Pères de l'Eglise. Cinq ou six travaillent, sur soixante.
Très jolie maison, semblable à l'habitation d'un homme qui aurait trente mille livres de
28 r.AHXKTS lil-: VOYACE.
l'oiile. ['AU' est sur le hord tle la Sarllie, à cinquante pieds au-dessus, avec une terrasse liordée de murs, un lar^e promenoir sous une charmille àj^auciie,debelles fleurs, des vi<i;nes, desglycines grimpantes le long de la maison, un beau figuiei'. Beaucoup de goût, de jolis arrangements et encadrements de verdure. Siu" la droite, vue admirable : la Sartlie toui'ue et disparaît sous des massifs d'arbies. dans un lointain vert indistinct. Les Bénédictins ont bâti une haute tourelle cocpictte, à [)lusieurs étages, terminée par des créneaux; ils y logent leurs hôtes. Ils disent (pi'ils l'ont construite en 18i<S pour occuper les ouvriers; ils y avaient dernièrement vingt-deuK hôtes. Le frère qui nous accom- ])agne a des façons dhomme du monde. « Si vous voulez nous faiie l'honneur de partager notre dîner ».... En somme, ce ne sont pas des ascètes.
Il nous contluit dans le promenon-, .<ous des arcades blancliies à la clmux; on tourne^ ainsi autour' d'un massif de verdure. Çà et là, on renconti'e dis iN-res, prescjue tous lisant, (|ii(l- «pies-uns d'une belle figiue maigre et pâle. —
Point cafards, un seul salut m'a choqué : celui d'une bande de novices, sur la route.
Réfectoire tout lambrissé de bois noir, au centre une lampe de cuivre; par les fenêtres ouvertes, on voit le charmant paysage, lis ont du cidre et du vin : ce goût, ce bien-être, ces études me font penser à l'ancienne abbave près de Senones. — En somme, cette vie est aussi tolérable que celle d'un soldat, d'un marin ; la discipline et l'habitude suffisent à l'homme. Cela fait un monde réduit, avec des chefs, souschefs, dans une clôture donnée, toutes les heures réglées — et un soupirail pour les âmes rêveuses du côté de Dieu.
Le couvent est joli de l'extérieur, avec son haut clocher arrondi, grisâtre ; mais tout l'intérêt est dans la chapelle : chapelle étroite, avec une crypte; au fond, le chœur avec ses vitraux, tout lambrissé de bois sombre ; plusieurs moines dans leurs stalles, lisant d'un air absorbé. Quelques tètes sculptées, raides, avec un commencement d'expression, du temps de Louis XL
Le corps de l'église est occupé à droite et à gauche par un grand monument de sculpture.
très belle et très ancienne œuvre, exécutée, diloii, pai" (les artistes italiens, commencée en I U)C>, liiiie en l'ol'ù) (ces dates sont dans les mouluresj. Les figures sont grandes comme nature. — A droite, le Christ au tombeau; le caractère (lu Moyen âge subsiste encore presque en entier. L'ogive, les arceaux réunis en gerbe, les dentelures, les figurines grotesques, un diable, un Tiiboulet dans les encadrements, inditjuent assez la date. La Renaissance commence à peine; le beau est encore presque inconnu. Figures réelles, prises sur le vif, l'artiste est encore servile; mais comme il a observé la nature et qu'il sait bien! — A gauche, l'Knsevelissemenl de la Vierge. Elle est admirable de piété, de calme; les mains sont croisées si doucement; la mort ne l'a pas encore raidie, on sent t|ue ses mains pendent à demi, r^lle est dans un linceul blanc, (pie dcuv personnages soutiennent par les deux bouts; menu» idée làbas, poui- le Chi'ist; les autres hommes et femmes, debout ou penchés, peuvent l'aire groupe autoui' de ce t-enti-e. I^ncoi'e un peu te\tu(>l, luinulieuK et rai(!e: les corps sendilml liop
conrf?-. ; ils ont l'air tassés dans une rave. Mais il V a dt'jà (le belles têtes énergiques et nobles, et quel grand cœur tendre que celui qui a trouvé l'expression et la pose de la Vierge !
Trois autres sujets, avec quantité de figures; cela fait monument ; il y a des colonnes, des niches à coquilles, une architecture décorative; toutes les marques de la Renaissance. — Tête charmante de la femme qui foule le dragon, en face de la fenêtre. — Mais, ce qui m'a frappé le plus, c'est la Vierge et saint Joseph, retrouvant Jésus parmi les docteurs. Saint Joseph est le pkis vif et le plus fin des paysans italiens; la Vierge a une expression de jeune fille mignonne et pourtant décidée; le couple est charmant et les poses sont prises au vol. Le petit Jésus est un bambino un peu gras, à grosses joues ; cette sincérité de l'art qui ignore la règle, le convenu et prend la vérité sur le vif, fait un plaisir extrême; ces gens inventaient tout, ils ont vécu; probablement une famille, une sorte d'école tout entière a déposé, imprimé là toute sa pensée, toute son âme. — - Les docteurs, habillés à la façon du xvi" siècle, sont
vrais coinine des tètes dAlhcit Diiier, mais plus beaux. Ce sont, dit-on, les portraits des hérétiques du temps. L un d'eux, coléii(jU(' et sanguin, ressemble à Luther. Tous sont des types réels, audacieusement copiés, et avec un fini! Ce réel étonne et choque un pou en scuiptui-c, mais finit par charmer. — Je me rappelle surtout l'air scandalisé, demi-irrité du premier docteur, homme solide et énergique, qui, son livre à la main, redresse la tète sur le premiei- |)lan.
Bas-relief représentant le massacre des Innocents. La femme qui cache son enfant dans ses bras est copiée de llaphaël, mais j)lus massive, presque bru laie
On voit là toute l'um'oro de l'nrl.
Quantité de paysans et de [ietits bourgeois au
Mans, à Novell, à Sablé, etc Mon inq)ression
est toujours que la France est organisée en l'axcur de cette classe-là, et c'est un triste produit.
Une société est comme un grand jardin : on l'aménage pour lui faire rendre des pêches, des oranges, ou des carottes et des choux. La nôtre est tout aménagée en faveur des choux et des
carottes. L'idéal, c'est que le paysan puisse manger de la viande et que mon cordonnier, ayant amassé trois mille francs de rente, puisse envoyer son fds à l'école de Droit. Mais les hommes distingués n'atteignent rien d'éminent; tout au plus une croix, une retraite maigre; leur traitement les empêche juste de mourir de faim. Le colonel L..., entré à seize ans à l'école Polytechnique, sorti le second, ayant se?vi quarante-quatre ans, a quatre mille francs de pension! Mettez un pareil homme en Angleterre! — De même le général C..., les gens de l'Institut, etc.
Partant, tout est viager; impossible de rien fonder de grand, d'avoir une famille qui vous continue. — Partant, tout est au concours; nous arrivons à des mœurs chinoises. Nous nous préparons à des examens, nous passons des examens et nous entrons dans la filière. L'effet de ces mœurs, c'est l'étude mécanique ou exa-
3i CARNETS DE VOYAGE,
gérée, la vie de collège, la journée passée sui' un pu|)itre, l'ennui, l'attente, l'intrigue, l'étroitesse des vues, le caractère de l'employé.
Et le concours est nécessaire. Ijuel autre moyen de choisir entre les prétendants? Ce n'est pas que tout ce qu'on leur demande d'apprendre soit indispensable ou même utile pour leur état, mais c'est un test, un moyen d'ôter rapj)arence de l'injustice. Les vraies études, les grandes études désintéressées y périssent. Les postulants bourrent leur inémoire, se mettent dans des pensions préparatoires, se réduisent à l'état de candidats ôt de bacheliers. A l'eârégation d'histoire, un candidat a fait l'histoire ancienne et moderne de cent cinquante îles de la Méditerranée; un autre, douze pages sur le Concile de Florence avec citation des calend>ours latins du temps. Ce candidat-merveille est resté un honnne de sixième ordre. Voilà les fiiiits du concours : des médiocrités et des monstruosités.
On vient d'en établi)- un nouveau pour les télégraphes. lmj)0ssible de choisir sans cela, et il y a déjà tant de mécontents!