‹ Carnets de voyage, notes sur la Province, 1863-1865Chapitre 6 sur 46 · DE RENNES AU MANS ET A TOURS · texte numérisé non relu

DE RENNES AU MANS ET A TOURS

Le pa\s change, la verdure vivante et sauvage disparaît. Plus de chênes; l'humidité diminue, le Loir apparaît, puis la Loire.

Une grande plaine, une rivière sans lit qui déborde souvent et sèche à demi, parmi des îlots de gravier et de longs bancs de sable. Les sables foisonnent. Il v a de grandes landes plantées de petits pins.

Mais, depuis Tours surtout, rien de plus riant, qui sente mieux le bien-être et la vie facile. De belles prairies, de riches cultures, des arbres fruitiers, des peupliers en lignes; çà et là, des maisons tranquilles. Le chanvre, le blé, les

truits abondent; plus de sarrasin, comme en P>rotni!;ne. Ce (jui achève la doiiceiw et la gaieté (lu j)ays, c'est le ciel; on connnence à prévoir le ciel (lu Midi, velouté, d'un Ijleu rayonnant tout imprégné de lumière, sendjiahie au |)lus précieux cristal. Cette belle couleur riante et caressante donne une a})parence de bonheur aux arbres, aux longs espaces do champs fructueux; le paysage entier a lair duii jardin, non j)as exact, divisé, savannnent utilisé comme l'Angleterre, mais cultivé un jxhi à l'aventure, avec des négligences, sans (jue cet heureux laisseraller de l'homme diminue la prodigalité du sol. Quelques châteaux blancs, à jolies tourelles, bien posés comme des pigeons dans la verdure, élèvent leurs toits bleu?;, pointus, et des hauteurs regardent la plaine. On pense à l'heui-euse vie des \'alois, à Diane de Poitiers, à François !'■', à i»abelais, aux mœurs insouciantes et galantes, aux chasses, aux promenades en bateau sur les livièi-es éclatantes et nonchalantes. Que c'est bien ici l'endroit j)our les beautés de Jean Coujon, de Germam Pilon, du IMimatice, de Rosso, pour les fines tètes voluptueuses, les

Page 1