‹ Carnets de voyage, notes sur la Province, 1863-1865Chapitre 7 sur 46 · TOURS · texte numérisé non relu

TOURS

chignons retroussés et les élégantes jambes qui ont tant de plaisir à glisser hors de leurs jupes !

J'ai passé la nuit à Tours. Grande rue large, pleine de boutiques et de foule, toute semblable à Paris. La retraite, tambours, trompettes, passe bruyante, avec un déluge de fanfares joyeuses et vulgaires, accompagnée par tout un peuple. Nous remarquons le contraste, on est ici très loin de Rennes.

Le lendemain, nous nous sommes levés à cinq heures pour voir la cathédrale. Le portail est bien élégant, bien riche, bien ouvragé, avec deux tours qui finissent en pointe émoussée; mais l'exagération du gothique y est trop visible. — Rien que des denlelles de pierre; c'est du filigrane; il n'y a pas de moulures plus fines et plus multipliées dans un joli meuble de salon La conséquence est que rien ne tient. Quantité de jours, de fenêtres ont été bouchés pour empêcher l'écroulement; sur la droite, de haut en bas, on a plaqué un énorme emplâtre de maçonnerie, cela est piteux. 11 en est de même

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à Strasbourg, toute la cliarpente du clocher est en fer, lu pierre n'est qu'un revêtement. Voilà de l'art outré, faussé. La civilisation du Moveu âge est toute pareille, brillante et creuse.

Ricii de sain, les disparates foisonnent. Le chevet est une sorte de pigeonnier recouvert d'ardoises. Plusieurs contreforts enjaudjcnt la rue, comme une patte de crabe luxée, pour soutenir une saillie, — Le dedans est beau, haut et mystique. Ce que j'ai le mieux senti, ce sont les vitraux. Lo soleil du matin donnait dans les grandes fenêtres du chevet comme l'aurore d'une résurrection rayonnante ; les trois rosaces commençaient à étinceler; la queue d'un paon n'est pas plus magnifique; mais l'effet est tout autre, douloureux, violent. Ces couleurs parlent; elles sont toutes excessives, jaune intense, écarlate, surtout violet foncé, la j)lus tragique des couleurs, celle qu'on doit voir dans l'extase.

Je me souviens d'un l)eau groupe à Poitiers, dans la nef droite de la cathédrale et qui doit être du w" siècle, à peu près contemporain des premières statues de Solesmes. C'est un Ensevelissement : le Christ, avec sa grande barbe,

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