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CHAPITRE-IV

Carnot au ComitS de Salut public.

Carnot fit son entree au comite de salut public en 1 793 , et la partie militaire y devint son domaine presqu'exclusif. U travailjait seize heures par jour. De son bureau partaient tous les ordres , toutes les instructions qui prepa-. xerent de si etonnans succ&s h la republique. Cest Ik qu'il crea le plan , forma 1 'organisation de forces innombrables ; c'est de Ik que , grace a ses inconcevables travaux , sortirent quatorze armees avec tout leur materiel et I'instinct de la victoire.

U avait , par des observations soutenues , recueilli avec une telle etendue et k un tel point d'exactitude , des details sur le personnel des officiers , que quand il envoyait aux generaux en chef des listes d'officjers superieurs ou inferieurs, il les signalait sous tous leurs rapports moraux. Ces listes etaient le tableau des degres differens d'habilete y de courage , et d'aptitude k tel ou tel autre eroploi. Aucun

( 38 ) defeat n'echappait a sa surveillance : et 3 ne les dissmralait pas dans ses instructions par— ticulieres. Sur un seal point 3 etait d'nne dr— conspection delicate. U ne pariait jamais des opinions privees: il lui paraissait impossible que , quelle que put etre 1'illiberalite des idees d'un offider , 3 ne les sacrifiat pas an send— ment de l'honneur premier besoin d'nn mili— taire, comme il doit etre son mobile babituel. II ne ponvait pas meme sonp^onnernne pente contraire. C'etait 1 'illusion d'nne belle 4me. EUe a du cesser, s'aflaiblir an moins , en presence de honteuses et fatales defections.

A l'aide des rensdgnemens qui lenr etaient donnas par Carnot , le classement des offiders dans leurs etats-majors , devenait pour les generaux en chef, un travail stir et fedle. Dans la redaction de ses notes , qu'on pourrait appeler la statistique morale et personnelle des etats-majors , Carnot , loin de consigner quel-, ques souvenirs amers contre les offiders dont 3 avait eu quelquefois h se plaindre , y mentionnait honorablement ceux qui, par des actions d'eclat, meritaient une consideration distingnee ; et si au milieu du vaste cercle de ses occupations , dans l'espece de magistrature militaire qu'il exer^ait , 3 avait perdu de vtte des offiders superieurs ou inferieurs , s'il avait >

( 3 9 ) pTesqu'i son insu , retarde lair avancement , il s'emprfessait de Sparer cette inexactitude.

C'est ayec le m£me esprit de justice, le meme ordre , et la presence habituelle et morale de sa pensee aux armees , que Carnot en crea de nouvelles avec une tactique (oute neuvc , et dirigea les guerres de k revolution. De son cabinet , il organisa la brillante campagne qui , commencee par la levee du si^ge de D linkerque j et le debloeus de Maubeuge , auquel il avait si vaillamment contribue , et suivie de l'invasion enti&re des Provinces-Unies au Nord, se termina au Midi , aprfes dix-sept mois de victoires non nrterrompues , par la prise de Figui&ret et de Roze.

Le i**.vendSmiaire an 3 ^ Carnot fit II la Convention nationale, an nom du comite de salut public, un rapport sur la reprise d<s qnatre places de la fronti&re du nord qui a vaient ct£ envahies par l'ennenii. Ce rapport est le resume des plus hardies, comme dcs plussa- ▼antes combinaisons militaires. Les plans de cette campagne glorieuse &aient Pouvrage de Carnot. Le tableau de leur developpement et de leu? succfes , est plein de ces traits energiques qui ne peuvent 3tre inspires que par la conscience elevee , et forte des plus grandes cboses.

« Dfcs l'ouverture de la campagne, disait « Carnqt dans sou rapport, le comite desalut K public avait senti la necessite de s'ecarter ft dans le cours de cette guerre , des routes « usitees. Des places formidahles h prendre 9 a appuyees d'un cote par la Sombre et la « foret de Mormal , de l'autre par la Scarpa h et les bois de Samt-Amond , soutenues par « tout ce que l'ennenri avait pu concentrer sur « ce point, de forces auimees par 1'espoir de « la centre - revolution et du pillage de la cc France ; voila les obstacles qu'il fallait vaincre « avee des troupes toutes de nouvelles levees, *c Us etaient tels, ces obstacles, qu'en les atft taquant de front , deux ans d'une prosperity « continue , une perte d'bommes incalculable , K une cansommation de guerre excedant tout a ce (jui existait dans les magasins, pouvait « k peine en faire esperer le renversement.

<c Le comite de sdut public resolut done , «t au lieu d*attaquer 1'ennemi dans la troupe « <ju*il avait faite , de se porter sur ses deux tt flancs; de le center, de lui couper ses com- « munica.tions , et de lereduireenfina-Poption « ou d*abandonner le territoire envabi > # ou d'y tt rester luwn&ne enferrae et d*y perir.

« Cfast sur ce plan, sum avec perseverance cc parle comite, execute avec autant d'snergie.

( 4. ) K que de talens par les generaux , consomml cc enfin par la tenacite et le courage incotnpa- <c rabJe des soldats de la republique , qu'il a g fait crouler en un moment eel echafaudage de « competes forme par les ennemis coaliscs.

ccSi l'ennemi a penetre* ee dessein, il a « cm, sans doute , qu'on n'aurait pas la har- <c diesse de 1'esecuter , et qu'en se portant <rlui~m£me audacieusement en deqk de la «c frontiere , il ferait volei^ la terreur jusqu'fc « Paris ; il crat surtout , lorsque la trahison « lui eut liyre Landrecie , que la masse de « nos forces aUait abandonner ses postes avan- « ces pour accourir k la defense de Cambrai; a que nous allions disseminer nos troupes dans cedes camps intermediaires , et nous laisser « battre en detail en defendant successiyement «c les foibles barrieres qui nous restaient en- « core. 11 nous faisait cbaritablement suggerer « ces mesures ; il les faisait appuyer par ses <c affides k Paris , qui se disaient les patriotes « par excellence , qui criaient k la trahison tc sur oe qu'on retirait les -forces du point me- <c nace au lieu d'y en ramener de nouvelles , «c e'est-i-dire , de ce qu'on n'executait pas le « projet de PEmpereur. Mais au milieu de ' «c ces brillantes esporances , Cobourg nous vit «c lui-meme tout a coup sur ses ailes, gagnant

K ses denieres , ct il n'eut que le terns de se <c retirer honteusement , au plus vite , du lace byrinthe on il s'etait engage.

<c Rappele k la defense de ses propres foyers , « et neanmoins toujours raaitre de nos places , <cfaisant agir ses moyens ordlnaires d'insooc lence , de ravage et de corruption , il espe- <c rait au moins nous faire consumer le reste <c de la campagne sans ev&nement decisif , et <c c'e6t ete nous vaincre en effet que de nous <c paralyser ; mais on lui preparait , sur les «c bords de la Moselle , un rassemblement de « cinquante mille braves , qui re^urent tout k <c coup Pordre de venir k travers' les Ardennes « prendre en flanc Parmee enneinie ; et concc duits fcvec aiitant de bonheur que de sagesse cc par Jourdan , rompirent bient&t P6quilibre , « et fix&rent !a victoire sur les bords de la cc Sambre et de la Meuse , pendant que « Pichegru la fixait de son eot£ sur les bords « de la Lys et de VEscaut , contre les satelcc lites de Georges , par six ba tallies sanglantes «c et autant de villes prises.

<c Ces sucefcs rcpondirent tellement aux especc ranees du comite de salut public , que Parr£t6 cc par lequel il avait determine le plan de cam- <c pagneau commencement, a plutot Pair d'une <c inspiration que d'un projet soumis aux ha— <c sards des combats. »

Apr&s les details des principaux faits de cette carapagne, Caraot termina ainsi son Tajrport :

«c Voift , eiteyens , ce qn'ont feits les dc- « fenseurs de la patrie pour Ja dflivrer de se* <r craels ennerais ; vailk ce qu'ils faisaient an fc nom de la liberie , an nom de la repuhli- «c fjne , aux cris miHe fois r£petes de vive la

«c Convention nationale / Ce cri de raDiement

«c les rendait invincible*. Oui , citoyens , la #c France a des araifes de beros : toujour* «c cenx fjui eombattront pour la defense de «c leurs foyers et de leurs droits sacres , ren- «c verseront les esdaves , coratne un vent imcc petumx: eni&ye et foule un tourbillon de <c ponssi^re,

cc On a yuees jeunes guerriers etonner \cf cc bandes germanigues par leur audace et pa?

h lenr discipline ; on les a vu surpasser en cc eonstanee tout ce que l'histoire rapporte des 7 cc phalanges grectjues et des legions roinalnes. cc Et sur quoi &aient fondees ces verbis suMicc mes de nos fibres d'armes sortant de leurs cc cbarraes ? Quels etaient les liens de cette' cc discipline ftonnante? Citoyens, ces vertus, <r c'est Pamour seul de la patrie ; cette con- « fiance , c'est la discipline de la fralernite.

a Oh ! si la meme Anergie , le m£me en-

{ 44 ) « semble etaient deployes . contre les ennemis <C de Pinterieur , combien la republique serait <c prospfcre ! comme on yerrait se rouyrir & <( l'instant les sources de la felicite nationale ! <(Eh! qui done en empecherait? serait -ce a quelques factions obscures , quelques horncc mes.avides de sang et de pouvoir? Non:

a le peuple veut que les viles passions dispa- « raissent Prononcez-vous done , depositaires cc de sa puissance ; declarez que vous la con- <c serverez dans toute sa plenitude ; que vous cc ne souffrirez jamais que ce depot sacre soit cc viole ; que vous ne permettrez pas qu'aucune cc portion de ce qui a ete confie k votre garde cc par le peuple tout entier , soit usurpe par cc aucune fraction du peuple,

cc Soyez seuls sa boussole; soyez seuls son « point de ralliement. ,

cc II n'est qu'une ligne droite , et il en est ct mille tortueuses. U n'est qu'un moyen d'etre oc pur , il .en est un million d'etre pervers. cr Sauvez le peuple , et de ses faux amis et de cc ses ennemis declares. Sauvez votre dignite cc qui lui appartient. Proscrivez 2t jamais de <c votre sein ces denonciations qui dechirent « les entrailles de la patrie. Punissez le crime > «c et le crime seul. Portez la securite dans le « coeur de l'homme simple , et dans l'asile du

( 45 ) « malheureux. Que le genie de Pegalite ranime <c 1'emulation , et que l'amour du travail el a de l'economie fasse revivre 1'agriculture et c( les arts. »

L'ombrageuse jalousie du dominateur d'alors (Robespierre) s'inita de la reputation dont les travaux de Carnot l'avaient entourre : il lui voua haine ; et la haine de Robespierre etait inextinguible. Vers la fin , ce farouche ambitieux ne pouvait plus la contenir. Carnot fiit inscrit le onzieme sur une liste de 192 representans que la proscription devait atteindre et conduire a la mort ; et comme s'il fallait , pour tromper plus suiement le peuple , que le pres- , tige du patriotisme yint toujours , k l'aide des raffinemens d'une politique atroce, ensanglanter les imposantes epoques de la revolution, le glaive devait frapper Carnot, le jour meme de la translation des cendres du jeune Viola au Pantheon.

Long-terns auparavant, Robespierre avait ecrit k un des siens : cc Nous avons encore cc besoin de Carnot pour la guerre ; mais k <c l'instant que nous pourronsnous en passer, cc sa tete tombera. »

Carnot echappa , comme par miracle , k ce premier danger ; mais quand le devoir et Phorreur pour le crime s'accordent pour disaiper

( 46 ) les apprehensions de la terreur, elle ne frappe pas les &mes fortes ; a l'aspect meme d'on peril presque certain , Carnot n'en fat pas ebranle : deux fois k la tribune il signala deux homines qui , lies k la revolution , en etaient la honte. II accusa leurs excels dans la Vendee ; et il declara qu'un troisieme , general alois , y avait ete maintenu malgre lui.

Toujours il s'cleva contre les hommes atroces; toujours il proclama les noms de ces proconsuls sang'uinaires qui , dans leurs missions , rendirent k force d'excfes , la revolution odieuse ; et que le terns , qui devore tout , ne parviendra pas meme k arracher a leur hideuse renommee.

Le premier , il osa signaler , sous le nom de triumvirs, Robespierre, Couthon et St.-Ju$t y au faite alors de leur desastreuse puissance. 'St .-Just en fut tellement imte , que dans un acc&s de fureur , et sans egard pour la presence elle--nienie de Carnot , il proposa son expulsion du comite. cc Tu sortiras ayant moi : triumvirs , y> vous disparaitrez. y> Ce fut la reponse fiere et independante de Carnot

Quand Collot , Billaud et Bar r ere y membres du comite de salut public 7 furent ponrsuivis au sein de la convention , pour de& delits ultra rdvolutiormaire*, Camot ; tout eloigns

( 4 7 ) qu'il wait ete d'eux , par ses relations , par ses principes, et surtout par sa moralite, n'eoa liasarda pas moins leur defense. Sortant It peine de la tribune, impregnee encore de son hopreur poor les Grimes de quelques miserables cpars , H combattit , avec une vigueur raisonnee % 1'acte d'aecusatkm de oes trois membres du comite de salut public; et il ne fut pas, pour cela, en contradiction avec lui-meine. La conduite de ceui-ci Itait We aux actes dn gouvemement , quels qu'ils eussent ete j et la conduite des autres etait celle de monstres isoles 9 dont , l'un surtout , k force de barbarie , parvint k en imprimer des traces durables, jusques sur la superficie d'un des Clemens leg plus fugitift , l'eau qui. coule devant Nantes.

Vn placard , intitule Tocsin national , proposal d'envoyer a I'echa&aud tous ceu* qui prendraient la defense des accuses. Cet ecrit furibond n'intiinida pas Carnot. Le £9 mars ( germinal an 3) il le denon^a h la con* veution.

Le discoors qu'il prononga , dans cette circonstance > occupera une place maiquante dans la collection de. ses oeuvres. Les dangers qui resulteraient , pour la patrie, d'une pareille fluctuation , le rendirent intrepid* ; k besoiq 4 'unite entre les actes du gouvernemeut, la

(48) necessite d'une sauve- garde pour ceux, im~ zn&liatdment charges par la volonte legale , de lea r&liger et d'en assurer Pexecution, Pele— rferent aux raisonnemens d'une dialectique irresistible , le conduisiretit aux consequences d'une logique entrainante.

« On a viole a leur egard ( des accuses ) , « disait-il 9 la Declaration des droits , qui veut « que tout citoyen soit repute innocent, juste qui ce qu'il ait ete legalement declare cou- <sc paBle. On a provoque centre eux le meurtre <sc et les furears de la vengeance. Je me borne « h invoquer aujourd'hui la discussion froide « et impartiale de leur conduite et de leurs

«c intentions . -

« Je n'etais a Paris , ni aux epoques des 2 et <( 5 septembre, ni a celle du 3i mai. J'ai (C ?ecu isole ; je n'ai jamais manque l'occasion <jc de me prononcer contre les factieux quel- « conques > contre tQute espece de tyrannie , a contre la permanence des pouvoirs. Je puis «c done librement parler des prevenus; ma * conscience , a moi , ne me reproche rien. . «

« Un delit est une infraction volontaire a Ja

<£ loi ; or , quelle esp&ce de loi a ete ici violee

(4 9 ) fc par ADS collegues lesprevenus? Est-ce la loi

<c positive exprimee par les decrets? Est-ce la oc ioi naturelle et imprescriptible exprimee par <c la Declaration des droits ? La loi positive? <c Mais il existe une multitude de decrets qui cc n'ont p»int ete rendus sur kins rapports > <c qui sont meme anterieurs k leur entree au cc comite de salut public, et qui sont egalement <c ultra rdvolutiormaires. La Declaration des « droits? Mais la Declaration des droits dit cc positivement que la loi est l'expression de la cc yolonte generate ; or ,. je le demande > la voce Jonte generate dumoins la yolonte apparente , cc la seole sur laquelle un gouvernenieni puisse <c proaoncer , n'etait-elie pas elle-meme , k cette ticepogue, ultra rSvolutionnaire / Pegarocc mentu'etaKt-tl pastel, que chacun se Wtait <c les flanes pour cmtre en patriotisme , pour cc se raettce k la hauteur ; qu'on ciaigpait de a tester en axri&e , . qu'on inventait de$ mots cc nouveaux , pour mieta peindre son energie , cc on plutot 1'extxavagance dont il fallait atae

ccanime? .

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