‹ CarnotChapitre 9 sur 42 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Car not dans ses missions et au deblocus de

Maubeuge.

D'impoRtans besoins fix&rent sur Carnot le choix de l'assemblee pour des missions particulieres ; elles furent presque toutes relatives aux armees.

A. la fin de 1792 , les Espagnols mena^aient la frontiere, et Carnot fat envoye dans les Pyrenees orientalcs. II y forma une armee capable de repousser ces ennemis enliardis par cjuelques succes: les Espagnols furent chasses au loin, et la mission de Carnot completement remplie.

Rentre au sein de la convention , Carnot fit , le 1 2 janvier 1 793 , le rapport de ses operations ; il fut imprime par ordre. Ce rapport est autant un traite complet , qu'un tableau du perfectionnement de l'administration civile et militaire. II embrasse tout dans son ensemble ; et il est si etroitement lie dans toutes ses parties , que ce serait hasarder de l'afiaiblir que

d'en extraire cfuelques endroits. Lk sont cdn-. fondus tou$ les genres de talens.

Tout entier au recrutement de trois cent mille hommes dans les departemens du Nord * ilechappa, comme par miracle, auxpoursuites actives et traitresses de Dumourier^ qui fit arreted la commission toute entiere k laquelle Garnot devait s'adjoindre la nuit meme de cette perfide et seditieuse arrestation.

Au mois de mars, il partit de nouveau pour l'armee du Nord.

Ati mois de sepiembre 1 793 , il teparat aux memes armees: c'etait l'epoque du deblocus de Maubeuge , qui valut taut d'avantages a la Fiance , et tant de gloire a Carnot.

Le due d'Yorck vtfnait d*etre battu com~ pletetaent h Honscote ; il avait fui devant Dunkerque y il en avait precipitamment leve le siege, mais Maubeuge etait investie par plus de soixante mille Autrichiens ; le prince de Cobourg les commandait : ils tenaient renfermes dans cette place et dans son camp retranche , une gamison de pr&s de vingt mille hommes ; ils paralysaient entierement toutes les operations.

Si cette place importante tombait entre leurs mains , rien ne pouyait plus arreter leur marche jtasqu'k Paris,

Dans cette circonstance , Pune des plus critiques de la revolution , le gouvernetnent fie decida k liner tiae bataille decisive. U fallait sauver cette place , et degager sa ttonibretuta garnison : eUe etait destibee k renforcer Parrnee active , seule ressource de Petat Sur cette frontiere , la plus voisine de la capitale. De0 commissaires de la convention fiirent envoyes dans cette intention , et avec les pouvoirs lea plus etendus: Carnot etait du nombre.

II etait k peine arrive k Guise, et dejA lea plans , les moyens d'attaque etaient arretes : le q^iartiergeneral pdrte k Avesnes , k deux lieues des postes avances de Pennemi ; il le fit attaquer impetueusement sur toute la ligne , qui , le premier jour de cette vigoureuse attaque, ne put cependant pas etre entamee ; mais la tiuit suivante fat employee k renforcer Paile droite de notre armee , destinee k attaquer le village de Watignie*. Ce village* situe sur tine eminence tres-elevee , et defendue par une artillerie formidable , des haies epaisses , et des ravins profonds, etait la cle principale de la position de Pennemi , qui , n'ayant rien neglige pour la fortifier , la croyait imprenable.

La montagne sur laquelle se trouvait ce vil* lage qui dominait toute la plaine , par laquelle no$ troupes pouvaient y avoir acces , fut a* sailli

( 34 ) de front par nos tirailleurs, en meme terns

que deux colonnes de troupes marchereut siir la droite et sur la gauche , p6ur l'enlever a la bajonnette.

Carnot se mit a la tete de la colonne de droite ; c'est Ik que sur le champ de bataille , il destitua un general pour avoir recule devant I'ennemi ; et ltd revetu de son echarpe rationale , le mousquet au , bras chargea k la tete des grenadiers et rallia les colonnes republicaines , les enflammant par sa presence simultanee sur presque tous les points. Rienneput nlors resister k la valeur et k Pimpetuosite de nos troubles. La colonne a la tete de laquellc il se trouvait , penetra bientot dans le village de ff^atigniea , a trayers des chetains creux , combles de cadavres : en vain la cavalerie enuemie renouvela-t-elle plusieurs fois la charge j ioute celle qui etait engagee dans le terrain resserre % y trouva son tombeau.

A peine arrive sur le plateau ou est le Tillage , cette colonne de droite y vit deboucher celle de gaudie , qui , avec la m&ne valeur , avait obtenu k la fin du jour un 6gal succes.

lit les troupes bivouaqu&rent toute la nuit , pour se mettre le lendemain matin k la poursaite de l'ennemi , achever sa deroute , et penetrer dm*. bx place qui en etait encore frdeuxlieues.

Mais appreciant sa position critique, sAr d*une defaite enti&re s'il n'avait pas repassA la Sambro avant une troisieme bataille . Peniteini s'empressa, pour efiectuer son passage, de profiter de la nuit, de ses tln&bies, et de celies d'un brouiliard epais qui ne se dissip* que fort tard dans la matinee du lenderaain.

Maubeuge respira librement j et la Prance

fat aauvee par ce coup de hardiesse et d'in-

trepidite , dont Camot avait calcule tous les

moyens , dirige tous les mou vemens , et donnc

le signal. Je dis Carnot , parce que la gloire

de eette action de nos armees ne hii est pas

contestee. Et ceites ! il fallait bien qu'elle fut

incontestable pour que, quinze ans apr&s (le

i 7 juin i 809 ) , l'eropereur , pour dffrir une

pension k Carnot , ecrivant de Scfioenbroeun

au ministre de la guerre, due de Felt re y

s'exprimat ainsi : cc N'aurait-il que contribut

a au deblocus de Maubeuge , il aura foujours

<c des droits a ma reconnaissance et k mqn '

cc interet. »

Le bulletin de la convention du 28 venddmiaire an 2 , confirme d'ailleurs , & cet egard , le rapport du general en chef; e'etait J our dan. L'annee entire en avait ete temoin ; et les vieux soldats n'en parlent encore qji'avec admiration. J'ai entendu frin d'eux raconter ayec

Pattendrissement dont sont toujours et natn— xellement saisis lea braves au recit de leurs campagnes, que Carnot, tombe de lassitude au milieu des morts et des mourans , fiit hisse sur le cheval d > un des envoyes &sa recherche, et ramene au quartier-general.

Son frere, Carnot de Feulins, combattit k ses cotes , dans cette journee glorieuse 5 et il prouva que les beaux faits d'armes , sont les actions d'instinct des militaires de cette famille. C'est de lui que le general Jourdan , eerivant £k la convention , disait : (C Le citoyen Carnot , cc chef de brigade du genie y a rendu les plus <c grands services. U m'est de la plus haute cc importance de conserver ce brave homme a « Parmee du Nord , qui manque absolument <c d'ingenieurs. J'espere que vous voudrez <c bien donner des ordres pour qu'il y soit <c employe. »

Apres le deblocus de Maubeuge, Carnolt reprit ses travaux au comite de salut public.

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