JAMAIS ET POURTANT
Dites-moi, madame Gertrude, Futes-vous belle en votre terns?
— Jamais, me repondit la prude :
La beautl perd les jeanes gens.
Pourtant j'avais la peau tendue; Mem ceil n'6tait point eYaill6j M6me on pretend que Ton in'a yue Ay ant Fair assez eveilll.
Dites-moi, madame Gertrude, •
Eutes-vous jadis quelqu'amant ?
— • Jamais, me repondit la prude; Aimer est un crime trop grand.
Pourtant on n'etait pas de glace; Lindor a voulu m'en conter :
Lindor avait beaucoup de grace; J'eus peine a ne pas l'ecouter.
Dites-moi, madame Gertrude, N'a-t-il jamais su vous toucher ?
— Jamais, me repondit la prude, J'appreliendais trop de pecber.
Pourtant m'ayant, un jour de fe*te Demands par grace un baiser, Secluite par son air bonneta
Je ne cus pas le refuser.
Dites-moi, madame Gertrude, Ne succombates-vous jamais?
— Jamais , me' repondit la prude , Dieu sait la peur que j'en avais !
Pourtant, certain soir de careme Je l'appelais pour le precber; Mais il pr£cba si bien lui-memq, Qu'il me fit, je crois trebucber.
Dites-moi , madame Gertrude , Avez-vous trebuche* souvent?
— Jamais, me repondit la prude , Sinon dans ce fatal moment.
Pourtant, au bout de la journee, Quand j'allais au bo is sommeiller, J'e'tais souvent toute etonnle Dans ses bras de me re'veiller.
Dites-moi, madame Gertrude,' Trelmcberiez-vous bien encor?
— Jamais, me repondit la prude , J'aimerais mieux cent fois la mort.
Pourtant a quelque complaisance, S'il fallait, pour vous, consentir, Je tacberais avec decence De contenter votre desir.
( ? 7 2 ) Dites-moi, madame Gertrude* Du ciel cst-ce Ik le chemin?
— Jamais, me repondit la prude* Je n'en connus de plus certain.
•— Ah ! votre bo\ile me ptaetre , Re*pondis-je a ce propos-la; Pourtant, si vous daignez permettre, Je me sauvcrai sans cela.
Sa Romance attribute a une Religieuse prouve avec quelle flexibility de talent il sait passer de la plaisan-*terie la plus adroite a la gravity la plus austere. Combien il sait s'identifier avec tous les genres , avec tous les sujets. Dans cette romance , les regrets de 1'amour qu'on enchalue, la rigueur des sermens qu'on arrache, les re tours vers la nature, les obligations forcees de 1st vie claustrale sont peints avec l'expression de la philosophic la plus entrainante et du sentiment le plus exquis.