SCENE IX
LÉON, SAINT-GÉRAN
SAINT-GERAN, entre d'un air de mauvaise humeur, et $e promène quelque temps sans rien dire.
La belle chose qu'un garçon en voyage... des domestiques négligents... aucun soin... Ions mes paquets en désordre. Si Ton avait là une femme. . . el ici , personne pour me recevoir.. . Ah ! c'est vous , Monsieur mon neveu ?
~% LÉON
Oui , mon oncle , enchanté de vous revoir,
O SAINT-GÉRAN, brusquement.
Et moi aussi. ( Continuant. ) J'aurais trouvé 1k bon feu , visage agréable, une bonne bergère... une robe de chambre et des pantouffles fourrées , toutes prêtes au coin du feu.
LÉON
Mais , mon oncle , voulez-vous qu'à l'instant même.
Eh ! non , Monsieur , c'est inutile , je n'ai pas besoin de feu au mois d'août ) mais je dis que les soins , les égards et les pantouffles fourrées. . . sont des douceurs auxquelles il faut qu'un garçon renonce pour toute sa vie. . . prenez leçon sur moi , et profilez. Comment se porte votre future ? Comment la trouvezvous ?
LÉON
Fort jolie, assurément.
SAINT-GÉRAN
Je l'aurais parié ; depuis six ans que je l'ai mise au couvent et que je ne l'ai vue, elle doit être bien changée et bien embellie. Ce doit être un ange, si elle ressemble à son père. . . Pauvre colonel ! c'était un brave , celui-là j nous le savions tous , et l'en*» nemi aussi.
Air de Lantara.
v* Oui pour tout bien à sa famille ,
II u'a laissé que son nom, ses exploits; Un brave méritait sa fille, Et c'est de toi que j'ai fait choix. ( bis. ) Mais je connais déjà, malgré ton âge ,
Ton cœur, ton courage... en uu mot, La gloire est son seul héritage ) . , . , Et tu sauras ajouter à sa dot. j ^ ' {
Oui , Monsieur ; vous serez heureux, et moi, je ne serai plus seulj car vos enfants seront les miens et ils auront tout mon bien.
LÉON
Mon cher oncle , combien je suis touché de tant de bontés ) mais , dites-moi pourquoi , vous , qui détestez autant le célibat ; ne songez-vous pas vous-même ?. . .
Pourquoi , Monsieur ? Parce que celui qui ne se marie pas à votre âge est un fou , et celui qui se marie au mien est un sot... Vous entendez bien que je me connais ; la femme que je prendrais ? aurait toujours trop d'esprit , et avec une femme qui ré-
fléchit et qui raisonne, je serais perdu ^car, à coup sur, ses réflexions ne seraient pas à mon avantage.
LÉON
Je comprends, mon oncle.
SAINT-GÉRAN
C'est fort heureux ?... Je ne dis pas, si j'avais rencontre' l'ignorance et la simplicité que je cherchais; mais où les trouver maintenait.. avec l'éducation qu'on donne aux demoiselles... Vous, c'est différent , vous n'êtes pas dans le même cas, et rien ne s'oppose à voire bonheur.
LÉON
Eh ! bien ! mon oncle, c'est ce qui vous trompe, il y a un obstacle insurmontable; vous êtes trop généreux , pour contrarier mon inclination , et je ne puis épouser Caroline , puisque] j'en aime une autre.
SAINT-GÉRAN
Comment! morbleu!... j'en apprends la de belles... Et moi, j'entends que vous n'en aimiez pas d*au,tre... et que vous aimiez Caroline... Eh ! pourquoi, s'il vous plaît, ne l'aimeriez vous pas ?
LÉON
Mais mon oncle, on n'est pas maître...
SAINT-GÉRAN
• Si Monsieur...
Air : Quand une agnès devient victime.
A sa présence, à sa personne, Bientôt vous vous habituerez j Elle vous plaira, je l'ordonne y Et dans huit jours vous l'aimerez P
LÉON
Vous prétendez qu'un homme sage, Devienne amoureux tout exprès.
SAINT-GÉRAN
Oui ceites , Monsieur , à votre âge, Moi , je Tétais quand je voulais.
LÉON
Et moi , je vous déclare que cela m'est impossible; je ne pourrai jamais m'habituer à un tel caractère. . . et encore moins à un tel esprit. . . Interrogez-la vous-même, et vous verrez si c'est la femme qui me convient.
SAINT-GÉRAN
Qu'est-ce à dire ?
LÉON
Nul maintien. . . nulle tenue, même.
CU
tu
L'ignorance, la simplicité
SAINT-GÉRAN
Comment ! comment ! Serait-il vrai ? . . • Répete-moi donc un peu cela.
LÉON
Oui , mon oncle , je vous répète que c'est la gaucherie personnifiée.
, SAINT-GÉRAN
Vraiment!
LÉON
Ne sachant ni parler y ni répondre.
SAINT-GERAN.
Serait-il bien possible?. . .
LÉON
N'ayant pas le moindre usage* ,- pas la moindre habitude du monde.
SAINT-GÉRAN
C'est à merveille.
LÉON
Er^fin , d'une nullité d'esprit. . .
SAINT-GÉRAN
Allons , tranchons le mot. . . tu crains de dire qu'elle est. . .
LEON
Je n'aurais pas osé.
Il n'y a pas de mal. . . il n'y a pas de mal. .7 Je vois cela d'ici... Comment ! diable ! mais c'est un trésor que cette femmelà; et moi , qui, sans en connaître le prix , allais la sacrifier. . . Allons , puisque tu ne l'aimes pas , je te pardonne. . . Nous arrangerons cette affaire-là. {Appelant. ) Holà ! quelqu'un. Cherchez Mademoiselle Caroline 7 et dites lui que je serais enchanté delà voir. Quant à toi, voyons un peu quelle est ton inclination ?. . . car je veux que tout le monde soit heareux , et dès demain, je te marie.
LÉON, à part.
Nous y voilà. . . ( Haut. ) Mon cher oncle , je suis indigne de vos bontés ; je ne puis pas espérer que celle que j'aime puisse jamais vous plaire. . . Je combattrai, je surmonterai ma passion.. . Je ne vous demande que du temps... beaucoup de temps pour me guérir.
SAINT-GÉRAN
C'est égal, . . je veux savoir.. . .