SCENE XX. V
LEON, CAROLINE, deux domestques.
( Caroline sort de l'appartement a droite, et parle aux deux domestiques. ) ^
Oui , c'est bien j je vais faire placer le lustre et les guirlandes de fleurs. ^
*% LEON
C'est elle ! et j'ose à peine maintenant lui adresser la parole. ( haut. ) Mille pardons, Mademoiselle, je vois que vous avez de si nombreuses occupations?
Oui.. . votre oncle a voulu.,..
LEON
Je n'ose alors vous arrêter.... mais je cherchais, je voulais...
(jAROLINE ( vivement. )
Mon dieu, l'on peut attendre j ( aux domestiques. ) allez, vous autres , je vous rejoins ; ( Ils sortent. ) serais-je assez heureuse , Monsieur Léon, pour que vous ayez besoin de moi?
LEON
Oui , j'ai besoin de vous avouer combien je fus coupable enversvous... moi qui ai pu vous méconnaître... vous outrager... J'en suis assez puni , puisque je vous perds , et qu'en vous perdant , je n'ai pas même le droit de me plaindre.... mais si vous
saviez quels sont mes tourments et mes remords, vous ne me refuseriez pas la grâce que je vous demande.
A moi!., une grâce ?
' LÉON
Oui, je serais moins malheureux si j'avais la certitude que vous ne me haïssez pas , que vous oubliez mes torts, et que vous daignez me pardonner.
Vous pardonner? et quels torts avez-vous envers moi ? Est-ce votre faute si vous ne m'aimez-pas ?..
LÉON
Que dites-vous!... Ah! vous ne connaîtrez jamais combien je vous aimais , et à quel point ma faiblesse et une fausse honte , ont pu m'égarer... Mais vous ne me croiriez pas , et je dois renoncer à tout... même à l'espoir de vous convaincre de ma sincérité !... Il est donc vrai que tout est fini pour moi! Caroline, vous allez en épouser un autre.
Oui... mon consentement est donné... ma main n'est plu» à moi.
SCEINE XXI.
Les Précédents , SAINT-GÉRAN.
( // est dans le fond. )
SAINT-GÉRAN
Diable , un tête à tête! approchons,
LÉON
Et j'aurais pu posséder tant de charmes , et c'est moi-même qui m'en suis privé... Non , mon oncle, ne peut exiger un pareil sacrifice, et s'il me réduit au désespoir , je suis capable de tout oublier.
Non, vous n'oublierez point la reconnaissance que vous lui devez; vous vous rappellerez qu'il prit soin de votre enfance , qu'il vous comblât de ses bienfaits ; que tout à l'heure encore', il vient d'assurer votre fortune ; et quand il fait tout pour votre bonheur, de quel droit viendriez-vous troubler le sien? Vous
Ï rétendez que ce sacrifice vous est impossible ; je le crois , je veux ien le croire; mais vous n'avez pas pensé, sans doute, quç
l'honneur le commandait , ce mot doit vous suffire, et je n'ai pas besoin , auprès de vous , d'autres considérations.
LÉON
Oui , vous vous éloignerez , vous quitterez ces lieux. . . Vous hésitez ; et qui vous a dit , Monsieur, que vous souffriez seul au monde , qu'il n'y eut pas d'autres personnes plus a plaindre. . . et qui ont autant que vous besoin de courage. . . J'aurais peutêtre dû vous le laisser ignorer } mois je ne m'en fais pas de reproches ; je crois que vous n'en abuserez pas , que vous n'y verrez (ju'un nouveau motif de faire votre devoir , et que vous rougiriez qu'une femme eut plus de fermeté que vous.
LÉON
Je ne balance pins... je m'éloigne.... chaque vertu que je découvre en elle est un nouveau regret pour moi; adieu Caroline. ( Il fait quelques pas pour sortir. )
SAINT-GÉRAN
Allons!.... il s'en va... c'est très-bien.
LEON, revenant.
Et vous? n'avez-vous point d'adieux à me faire? N'avez-
vons plus rien à me dire?
Non, depuis long-temps mon parti est pris j'ai juré de
faire mon devoir, d'épouser votre oncle, de ne plus vous voir, et de vous aimer toujours.
LÉON, se jetant à ses pieds.
Grand dieu !
SAINT-GÉRAN
Comment , de vous aimer toujours ? *
LÉON
Eh quoi! vous étiez là.
% SAINT-GÉRAN
Oui , Monsieur , et elle vous a traité comme vous le méritiez \ c'est bien, Caroline, c'est très-bien.... je suis bien content.. . il n'y a que quelques mots seulement que j'ai peine à comprendre, j épouserai votre oncle et je vous aimerai toujours. Yoilà une distinction diablement subtile j et j*» crois qu'en effet il y a trop d'esprit pour moi la dedans... hein ? Qu'en dites-vous?... De crainte de ne pas nous entendre, je crois qu'il faut retourner la phrase: * Yous épouserez mon neveu, et vous m'aimerai toujours » , car
je serai toujours votre père , votre ami ; ouï , mes enfans , je reviens âmes premiers projets, et nous ne changerons rien au contrat.