‹ Carpeaux, 1827-1875Chapitre 5 sur 90 · PURE £. RUB · texte numérisé non relu

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mention spéciale : ayant offert à Carpeaux mourant, et obsédé du désir d’un séjour dans le midi, l'hospitalité dans un petit pavillon de sa villa de Nice, il eut occasion d’acquérir, fort avantageusement, les caisses remplies de dessins qui ne quittaient jamais le grand statuaire, et où étaient consignées toutes les scrupuleuses recherches et observations nécessitées par son art.

Carpeaux destinait ces innombrables études à sa chère ville natale ; le prince Stirbey ne pouvait l’ignorer ; aussi se dessaisit-il d’un assez grand nombre de ces dessins en faveur du Musée de Valenciennes (1).

Aujourd’hui le Palais des Beaux-Arts de la Place Verte, édifié d’après les plans de M. Paul Dussart, architecte, compatriote de Carpeaux, renferme des œuvres originales de premier ordre ; on y suit, présentée dans un cadre superbe, la génèse des compositions du génial artiste.

Là, on l’écoute vivre ; là, se révèle l’étonnante conscience qui n’a Jamais accordé un moment de repos à cette âme toujours avide d’apprendre et de s’exprimer avec vérité.

Que d’études ont présidé à ces chefs-d’œuvre qui semblent nés spontanément sous les doigts agiles du maître! Son amour pour l'art l’a fait exceller dans les recherches les plus hardies. Toute matière, toute facture lui est serviable pour noter les plus insaisissables visions ; le papier, la toile, le cuivre nous montrent, dans un splendide combat de la lumière et de l’ombre, la science profonde de l'artiste, la maîtrise, la variété imouie de cet incomparable talent, tout comme la boulette de terre qui garde l'empreinte de ses doigts fébriles. L'intelligence toujours en éveil, Carpeaux étudiera jusqu’à son dernier jour ; jusqu’à son dernier jour, la puissance de son art ira grandissant !

Il faut faire le pèlerinage de Valenciennes pour concevoir l’envergure de ce génie, pour le suivre dans ses envolées, l’étudier en face de ses consciencieuses recherches pour pénétrer plus intimement la force d’un sentiment, la grâce d’une attitude, l'harmonie d’un mouvement.

Qui peut rivaliser avec lui d'imagination créatrice?.

Les collections de Valenciennes sont là pour attester que lobservation réfléchie de la nature n’a nullement détourné le grand Maître d’un magnifique idéal. C’est en face d’elles que nous redirons avec le regretté Maurice Guillemot : « On déplore bien plus la fin prématurée de Carpeaux, quand on s’instruit de tout ce qu'il voulait accomplir (2) ».

(1) Des acquisitions, judicieusement faites aux ventes des œuvres du maître, complétèrent très heureusement les belles collections du Musée.

En 1921, le prince Stirbey offrait à la Ville de Valenciennes le marbre de « l'Amour blessé », exposé au Salon de 1874, et qu’il avait acheté à Carpeaux. Ce beau marbre avait, jusqu’alors, décoré le parc du château de Bécon.

(2) Préface du catalogue de l'Exposition des œuvres de J.-B. Carpeaux à l’Ecole des Beaux-Arts, en mai 1894.

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Louis Courajod, l’éminent professeur à l’Ecoie du Louvre, a magistralement souligné la place que Carpeaux s’est acquise dans l'Histoire de l'Art :

« Il a fallu attendre le XIX® siècle et la fin du long complot de David «pour que la lente révolte des éléments opprimés se manifestât. On «s’aperçut alors, comme on l'avait fait au XIVe siècle, que l’art occidental « peut se regénérer tout seul ».

Et, réunissant dans un même hommage Victor Hugo, Lassus, Léon de Laborde, Delacroix, Berlioz, Rude et Carpeaux, Louis Courajod ajoutait :

« Ils ont renoué la chaîne rompue de nos traditions nationales ; 1ls ont «restauré chez nous le respect de nos grands ancêtres ; ils nous ont délivrés « du cauchemar ultramontain et de l’asservissement à l’archéologie exo- «tique ; ils nous font aimer la patrie rétrospective et les manifestations «de son art. Honneur à ces révélateurs, à ces continuateurs du tempéra- «ment français, tel que ce tempérament existait avant les inoculations «italiennes et avant la déséquilibration de nos facultés originelles.

« L'opinion publique, inintelligente et trompée, a refusé trop longtemps « de reconnaître (en eux) le plus pur sang français ; gloire à ces Franco- « Flamands du XIXE® siècle, à ces revenants de la primitive Renais- «sance. Ils nous ont rendu la moitié de notre âme nationale (1). »

(1) « La Sculpture Française avant la Renaissance classique ». Leçon d’ouverture du cours de l’Histoire de la Sculpture Française, 17 Décembre 1889, par Louis Courajod, Conservateur au Musée du Louvre.

SCULREURES

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