‹ Carpeaux, 1827-1875Chapitre 87 sur 90 · HOT · texte numérisé non relu

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traits expressifs où la résignation était gravée avec la douleur. Madame Carpeaux évoquait rarement le passé, disant seulement qu’il est indigne des grands cœurs de répandre le trouble qu'ils ressentent (1). Minée par une existence qui avait connu tant d’injustice, de calomnies et d'insultes, elle s’était efforcée d’élever l’âme de ses enfants au-dessus des vilenies de ce monde.

Mère admirable, sa vie était abrégée par la mort de son fils aîné. En 1901, Charles Carpeaux, attaché au Musée du Trocadéro depuis 1894, partait sur sa demande en Indo-Chine, adjoint à une mission archéologique de l'Ecole française d’Extrême-Orient. Il coopérait brillamment au premier

.défrichement des magnifiques ruines d’Angkor, au Cambodge, puis,

collaborait avec M. Henri Parmentier en Annam, pour mettre au jour d'importants monuments Chams. Une troisième mission le ramenait à Angkor, déjà épuisé par les fièvres ; lorsqu'il mourait, le 28 juin 1904, à Saïgon, à la veille de son retour en France, il avait conquis le titre de Chef du service pratique à l’Ecole Française d’Extrême-Orient.

Charles Carpeaux mourait pour la science, âgé de trente-trois ans.

Il a laissé une œuvre pieusement recueillie au Musée Guimet, au Musée Kmer du Trocadéro et aux archives de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. En Indo-Chine, sa mémoire est conservée aux Musées d’Hanoï et de Tourane, qui ont donné son nom à une de leurs salles.

Sa mère inconsolable lui a consacré ses dernières forces en publiant son journal de route (2); elle le suivait de près au tombeau, le 12 février 1908.

Charles avait ajouté un fleuron au nom glorieux de Carpeaux.

Louise CLÉMENT-CARPEAUX, 1927.

(1) Tous les documents dont nous nous sommes servis pour relater ces faits avaient été réunis et scellés par Mme Carpeaux, qui recommandait à ses enfants de ne s’en servir que si sa mémoire était attaquée. (Elle l’était par M. Louis Dimier, dans une étude Carpeaux parue dans Le mois littéraire et pittoresque de mai 1909, étude que le Tribunal civil de la Seine, condamnait le 15 juin 1910). En léguant ces documents à ses enfants, la valeureuse mère y joignait ces lignes qui sont bien le reflet de sa grande âme : « Votre père m’a fait beaucoup souffrir et très injustement, il m’a laissée ainsi que vous dans un profond dénûment dont je vous ai sortis de mon mieux. Mais votre père était malade et inconscient ; je ne lui en veux, ni ne lui en ai jamais voulu ». C’est ainsi que cette noble femme répondait aux persécutions insensées qui devaient la poursuivre au-delà du tombeau, malgré la dignité de toute son existence.

(2) Les Ruines d’Angkor (Paris, Challamel, 1908).

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