‹ Carpeaux; 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 20 sur 53 · XIX. — LE PRINCE IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

XIX. — LE PRINCE IMPÉRIAL

Vouloir à la fois s'imposer aux gens du monde et réaliser l'œuvre rêvée est une dure tâche. « Mes forces s'épuisent et la volonté s'en va — écrivait l'artiste à son ami Chérier — je n'ai, aujourd'hui, que le désir de pouvoir élever des cochons, de charmantes poules, d'avoir un cheval, une vache, et surtout une femme — que mon art m'a toujours refusée, — me réfugier dans la vérité, et dans la vraie vie I » (1864).

Ces accès de découragement duraient jusqu'au premier témoignage d'estime et d'admiration.

Carpeaux fut chargé en 1865 de la statue du prince Impérial, et le voici transfiguré par les premiers succès de son œuvre.

« L'Impératrice est venue hier me visiter avec une suite nombreuse — écrit-il au même en mai 1865 — mon succès est définitif et les bravos m'ont rempli de joie. »

« L'Impératrice est enchantée du buste du prince et de la statue — ajoute-t-il ailleurs. — C'est la vie, la fortune de ma mère, c'est la gloire... J'en pleure de joie. »

Chaque jour l'enfant Impérial venait pendant une couple d'heures poser devant l'artiste. Il prit, paraît-il, un tel intérêt au travail de Carpeaux que celui-ci dut lui donner des leçons de modelage.

Le plâtre exposé au Salon de 1866 recueillit les suffrages des critiques par son élégance et sa simplicité. « Carpeaux — disait Auvray — a voulu faire un portrait vraiment ressemblant, sans s'inquiéter du rang du personnage, sans souci du prestige qu'il attache au nom qu'il porte.

« M. Carpeaux a caché sa science sous une extrême simplicité — disait aussi Jahyer — le groupe est tellement juste de proportion, tellement vrai qu'on l'admire sans en chercher les mérites divers comme on admire la nature elle-même. » De même que Baignières (Revue Contemporaine), il remarque « l'attitude noble sans prétention ainsi que la souplesse des mouvements » et se félicite que le statuaire ne soit pas tombé « dans le majestueux et le grandiose » auxquels les conditions sinon le sujet se prêtaient.

Th. Gautier remarque que Carpeaux a osé franchement aborder le costume moderne, veston léger, pantalon court, cravate nouée négligemment.

Le marbre se trouve aujourd'hui au château d'Arenenberg. Au Salon de 1868 figura une répétition en bronze argenté commandée par la Préfecture de la Seine. Le chien fut supprimé, le grand-cordon de la Légion d'Honneur ajouté et l'attitude modifiée. Le prince Impérial existe aussi comme buste. Un exemplaire daté de 1867 est au Petit Palais. Un masque, au musée des Arts Décoratifs. La manufacture de Sèvres édite encore aujourd'hui une réduction en biscuit, que l'administration républicaine a baptisé l'Enfant au Chien.

xix. — Le Prince Impérial

(PLATRE. MUSÉE DE VALENC:ENNES)

PHOT. DELSAUT

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