PARTIES DU MONDE
Le plâtre (aujourd'hui au Louvre) fut exposé au Salon de 1872. Jamais œuvre de Carpeaux ne fut « éreintée » avec un pareil ensemble : « Ce sont les quatre parties du Demi-monde », disait le Figaro. « Le monde marche — continuait M. Lafenestre — celui de Carpeaux danse. » Et M. Claretie : « Après la danse de Bullier, voici la danse de Saint-Guy. »
Mais toutes les critiques sont résumées dans la longue tirade de Paul de Saint-Victor : « C'est une erreur aussi grossière, un contre-sens aussi lourd que le sera leur pesant de bronze. Depuis son groupe de l'Opéra, le talent de M. Carpeaux semble piqué de la tarentule. C'est un galop sidéral que mènent à travers l'espace, d'un train de comètes, ces quatre figures efflanquées et dégingandées, dont les jambes se recourbent en replis tortueux comme la croupe du dragon de Théramène. L'Afrique semble être le coryphée de leur ronde et lui imprimer la torsion d'une bamboula frénétique. Elles chancellent, elles plient, elles titubent ; elles traînent comme un boulet au pied vacillant ce globe qui devrait prendre entre leurs bras l'aplomb d'un équilibre éternel. Il y a de l'èreintement dans leur faux entrain. La beauté leur manque autant que la force : ces grands corps masculins tordus en arabesques, ne déroulent que
des galbes grêles et de maigres lignes. Tout est angles, aspérités, sécheresse : pas une forme et pas un contour où le regard puisse se reposer. Un fait capital dans ce groupe aussi mal construit que conçu est encore l'uniformité de ses types... Ni homme ni femme, toutes négresses. Certes M. Carpeaux est un puissant et robuste artiste. La vigueur de main, la richesse d'exécution, l'entente de la décoration colossale et monumentale qu'il a montrées dans quelques ouvrages l'ont placé au premier rang de l'École. S'il n'a pas le style, il possède à un rare degré le don de la vie ; si le sens de la beauté lui manque, il a celui de l'énergie et du caractère. Mais depuis quelque temps ses défauts grossissent et ses qualités s'atténuent. Son exagération habituelle tourne à l'excentricité convulsive : la laideur défigure son talent et la vulgarité le relâche. (Liberté, 22 juin 1872). Comme contre-partie à ce concert de reproches, il n'y aurait guère à citer que la longue description de D. de Hauranne, dans la Revue des Deux Mondes : <( Le grand mérite de cet ouvrage — disait-il — c'est que la grâce et la liberté de la figure humaine s'y concilient sans effort avec l'aspect monumental et la fermeté des lignes... Toutes ces figures sont fort belles, fort expressives, fort habilement graduées, et elles forment un ensemble des plus harmonieux. C'est là une oeuvre importante, une des meilleures de M. Carpeaux, et pour laquelle nous ne nous expliquons guère l'apparente indifférence du public. »
xxxix. — Les quatre Parties du
MONDE (bronze. — fontaine du Luxembourg)
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