‹ Carpeaux; 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 42 sur 53 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

Les représentants de la Ville de Paris furent, comme bien on pense, fort déconcertés par cet accueil. Ils pensèrent refuser le monument et ils l'auraient refusé — paraît-il — sans l'intervention du sculpteur Eugène Guillaume.

Enfin l'œuvre prit place en 1874. Non telle que Carpeaux l'avait rêvée : avec son goût pour la richesse un peu exubérante, il imaginait les figures en marbre et la sphère en bronze doré; la statuaire fut toute de simple bronze, fondu par Matifat (16.800 francs pour les quatre figures ; 60.200 francs pour l'ensemble). Carpeaux, dans son besoin obstiné de couleur, réclama alors des patines polychromes. Il ne fut pas donné suite à sa demande. La lettre qui nous la fait connaître (publiée par Paul Mantz en 1876) contient aussi une des plus belles confessions de l'artiste.

« Non, je ne suis pas le premier sculpteur du monde. Je ne suis qu'un observateur, un enfant de la nature. J'aime avec naïveté. Je crois de toutes les forces de mon âme et j'adore avec recueillement tout ce qui s'élève vers Dieu. Or la contemplation étant constante dans ma vie, mon enthousiasme, à la vue des différents carac-

tères que nous offre la nature, me fait quelquefois exprimer la forme et le mouvement avec un peu plus de frémissement que d'ordinaire : ce n'est donc pas du génie, ni ce qui constitue le premier sculpteur du monde...

« de suis heureux de voir que le public n'est pas indifférent à cette œuvre (la Fontaine). Je remercie Dieu de l'avoir sauvée des mains des ennemis de ma carrière artistique... »

(( Comment faire pour obtenir que *** consente à me laisser patiner mon groupe comme je l'ai rêvé, dans la coloration des races ? Je vous confie cette mission, celle de lui prouver combien la forme et les lignes gagneront à être distinguées par les teintes. Je vois d'ici l'affreux cirage vert empâtant la forme et la souplesse des détails. »

La patine verte n'a pas produit les effets redoutés : par exception, l'œuvre réalisée est très supérieure au plâtre original. Faut-il dire avec M. Conse que c'est « le chef-d'œuvre de Carpeaux et le dernier mot de la statuaire mouvementée » ? En tout cas, dans l'admirable cadre des allées du Luxembourg, escortée par les chevaux bondissants de Frémiet, elle nous apparaît comme l'une des sculptures les plus décoratives, les plus « meublantes » qui aient jamais été créées. Elle supporte, sans perdre aucune de ses qualités propres, une épreuve cruelle pour quelques autres : le voisinage de ce probe et parfait chef-d'œuvre qu'est LE Maréchal Ney, de Rude.

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