XLII. — CEROME
« Le décapité qui parle î # ainsi fut baptisé ce buste au Salon de 1872. L'expression contenait un petit reproche — sur la présentation inaccoutumée de cette tête sans épaules — et un bel éloge que répétèrent, avec des nuances diverses, tous les critiques :
(( Quelle merveille que ce buste de Cérome. Comme la vie éclate dans ce bronze et fait rentrer sous terre les plâtres et les marbres d'alentour F On voit le sang circuler sous la chair et la vie palpiter sous le métal... » (Wolff, le Figaro.)
<r Voici un chef-d'œuvre... C'est la vie même... Les cheveux en coup de vent, la moustache rude, l'œil profond, M. Gérome apparaît avec ses traits creusés et son air à la fois sympathique et dur... » (Claretie, l'Artiste.)
« Tous les plans du visage sont fins, mais énergiques, fortement accusés et travaillés un peu grossièrement avec une certaine négligence calculée qui donne au bronze la couleur et l'apparence de la vie... Le statuaire empiète sur le domaine du peintre en reproduisant la nature vivante pour ainsi dire en action... » (D. de Hauranne, Revue d^s Deux- Mondes .)
« Ici encore l'outrance domine : trop d'arêtes et de saillies vives, trop de vent dans la moustache et de hérissement dans les lignes. Ce modelé forcené tient de la torture. L'artiste a suraiguisé la physionomie acérée de M. Gérome : c'est comme à coups de sabre qu'il l'a fait entrer dans les yeux, mais elle y reste... La vie circule..., le regard darde deux éclairs d'intelligence et de volonté. Cette tête se coule dans la mémoire comme elle est coulée dans le bronze, n (P. de Saint-Victor, La Liberté .)
« La furie de maigreur et d'action, qui en ce moment possède M. Carpeaux, l'a bien servi. On y voit palpiter et frémir cette volonté féroce... par laquelle ce grand peintre a pulvérisé tous les obstacles... Du moins, si dans ce merveilleux portrait — un chef-d'œuvre I — le statuaire a exagéré, exaspéré le visage de M. Gérome à l'image de son âpre volonté, il ne l'a idéalisé que dans le sens même de son caractère et de sa personnalité... » (Th. de Banville, le National.)
Le modèle, le peintre et sculpteur J.-L. Gérome (1824-1904), est encore suffisamment connu pour que nous n'ayons pas à retracer ici sa carrière. Rappelons seulement que dans sa statuaire il a poussé assez loin ces essais de polychromie qui semblèrent plus d'une fois tenter Carpeaux.
Le bronze de notre buste est conservé à l'École des Beaux- Arts.
xlii. — J.-L. GÉROME