XLI. — L'AMIRAL TRÉHOUART
Depuis sa jeunesse, Carpeaux avait ardemment désiré se constituer un foyer. Mais sa manière un peu brusque avait déjà fait échouer plusieurs tentatives. Il avait dépassé la quarantaine quand il épousa, en 1869, MUe Amélie- Clotilde de Mont fort, à peine âgée de 21 ans. Comme l'artiste avait exprimé la crainte que l'absence de tout titre nobiliaire ne le desservît auprès de sa future famille, l'Impératrice s'était chargée elle-même de la demande en mariage.
C'est chez son beau-père, le général vicomte de Montfort, gouverneur du Luxembourg, que Carpeaux se réfugia en 1871, pendant le siège, alors que les obus commençaient à pleuvoir sur Auteuil. C'est dans le palais qu'il termina le buste de l'amiral Tréhouart.
François-Thomas Tréhouart, type d'énergique marin breton, s'était engagé comme mousse, à quinze ans, en 1813. Après la bataille de Navarin il était déjà lieutenant de vaisseau. Mais son grand fait d'armes est la victoire d'Obligado, sous Louis -Philippe. L'escadre an glo - française venait de subir une canonnade de sept heures, et l'on désespérait de forcer l'embouchure du Parana, défendue par les troupes solidement retranchées du dictateur Rosas. Le capitaine Tréhouart, dont le navire avait été déjà mis hors de combat, prit le parti héroïque d'échouer ses trois derniers vaisseaux au pied même des batteries ennemies, pour couvrir le débarquement des troupes françaises et anglaises, qui écrasèrent les Argentins.
Lorsque Carpeaux modela son buste, Tréhouart venait d'être nommé amiral (1869). Il était grandcroix de la légion d'honneur et sénateur depuis
C'est à cause de ce dernier titre que le marbre figure à Versailles dans les salles réservées au Parlement.
L'atelier Carpeaux conserve encore le plâtre, plus vibrant et plus ardent encore, s'il est possible.
xli. — l'Amiral Tréhouart