‹ Carpeaux. 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 21 sur 51 · XX. — DUCHESSE DE MOUCHY · texte numérisé non relu

XX. — DUCHESSE DE MOUCHY

La duchesse de Mouchy était citée à la cour de Napoléon III parmi les « beautés blondes » comme ^me Walew^ska l'était parmi les « beautés brunes ». C'est à ce titre qu'elle figura parmi les six médaillons du Salon Bleu des Tuileries, où Dubufe avait peint en outre la duchesse de Morny, la marquise de Cadore, la duchesse de Malakoff, et la duchesse de Persigny, opposant dans une gloire égale chevelures d'or et cheveux d'ébène. Enfant gâtée des souverains, Anna Murât, petite-fille de Caroline Bonaparte et du célèbre maréchal du premier empire, avait trouvé dans sa corbeille, au jour de ses noces avec le duc de Mouchy, en même temps qu'une dot princière, un écrin évalué plus de quinze cent mille francs, ce qui fit sensation dans tout Paris. Ce fut une des reines de la cour qui, à la noblesse des attitudes, joignait la finesse et le charme des traits. Carpeaux réussit admirablement à traduire ce double caractère en un buste

pompeux (aujourd'hui au château de Mouchy) qui rappelait l'art de l'époque du Grand-Roi. « On n'imaginerait pas autrement un portrait de Largillière taillé dans le marbre » — disait P. de Saint-Victor, qui, peut-être à dessein, reprenait une expression dont il s'était servi cinq ans auparavant à propos du buste de la princesse Mathilde (Liberté, 7 juillet 1868).

Le buste fit d'autant plus d'effet que le Salon de sculpture de 1868 était assez mal partagé. Au dire de Thoré-Burger, la duchesse de Mouchy retenait seule le regard « dans une galerie de têtes mal construites par la nature et par l'art qui s'était efforcé de la reproduire ».

Sous cette tête fine et jolie, tête de déesse petite et charmante coiffée de façon exquise, Palma détaillait « un cou superbe, des épaules magnifiques et des bras du galbe le plus pur retenant sur le sein des draperies souples et harmonieuses donnant à l'ensemble une distinction réelle » (Revue de Paris).

Tout ceci nous éloigne un peu de la sculpture serrée et réfléchie de Rude, pour nous rapprocher de la manière colorée et pittoresque de certains maîtres du xvii' et du xviiV siècle. Faut-il blâmer entièrement M. Lafenestre d'avoir déploré à cette date, dans l'Art Vivant, cette confusion entre la peinture et la sculpture et d'avoir annoncé au sculpteur qu'il courait à sa perte ?

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