XXI. — QUADRILLE A COMPIEGNE
« Lorsque tant de statuaires sont si empêchés de faire le moindre croquis — écrivait Mantz à propos de Carpeaux — il a couvert les feuillets de ses albums de voyage de milliers de dessins, rapides souvenirs de ce qu'il voit passer, vision sommaire de ce qu'il imagine.
Ce sont pour la plupart des frottis légers, des crayonnements spirituels et justes qui notent d'un trait précis une attitude, un geste, un commencement de pensée. » (Gaz. des Beaux-Arts, 1876.)
L'artiste ne s'est pas borné à ces indications rapides qu'il griffonnait sans cesse, en ville ou à la campagne, sur un coin de table ou dans le fond de son chapeau. Le dessinateur était aussi un peintre. Dessins et peintures sont aujourd'hui recherchés à l'égal de ses sculptures.
C'est probablement beaucoup dire que d'affirmer qu'il eut pu être le Watteau du second Empire. Mais on peut s'arrêter sans déplaisir à certaines de ses ébauches « pleines de saveur, d'accent et de vie, que vient relever encore l'intérêt documentaire » (P. Jamot).
Tantôt il consigne un épisode de cette année 1867 où Paris vit défiler tous les souverains de l'Europe venus pour visiter l'exposition, et c'est Le Sultan franchissant les Grilles des Tuileries; tantôt il évoque l'attentat de Bérézovrski contre l'empereur de Russie, et c'est le
Retour des souverains, esquisse faite de touches sommaires et fortes, « le chef arabe impassible, le cheval de l'aide de camp qui se cabre, la femme renversée à terre; les bras tendus, gesticulant, des hommes, et au milieu du remous la calèche qui continue sa course » (Jamot).
M. Ceffroy admire dans la même toile « un ciel noir traversé de déchirures blanches et des éclaboussures violentes de bleu sur un fond roux (( rappelant certaines tonalités du Creco ».
Une autre fois, Carpeaux nous montre Les trois Empereurs causant après dîner ou encore Le THÉ AUX Tuileries, dans lequel on aperçoit Napoléon III, l'Impératrice, M'"© de Metternich et Bismarck.
Quant aux tableaux de fêtes, il sont aussi typiques qu'intéressants comme reconstituant la vie, les gestes, les attitudes, les costumes d'une époque déjà loin de nous. Voici, par exemple, sur un papier gris-bleu foncé où les frottis légers et les hachures ^ du crayon sont soulignés de rehauts blancs accrochant la lumière frisante, un fort beau dessin. Le Quadrille a Compiècne.
Il avait figuré à la Centennale. Il fut acheté 560 francs par le Louvre lors de la vente Carpeaux du 14 Décembre 1906. Le Musée acquit dans la même occasion quelques peintures : Le Retour des Souverains, Le Bal aux Tuileries, et Le Bal COSTUMÉ. Dans cette même vente, on vit passer le fameux Napoléon III dans son cercueil aujourd'hui à Versailles.