XXXIV. - Mlle FIOCRE
Mademoiselle Fiocre fut une des artistes les plus aimées du second Empire.
On trouve son nom parmi ceux des premiers sujets de tous les ballets représentés à l'Opéra de 1863 à 1874 : DlAVOUNA, LA MASCHERA, LE
Marché des Innocents, Néméa, Faust, Cop- PÉLiA, l'Esclave, etc.
Quand Mademoiselle Fiocre représenta l'amour dans la Psyché de Molière et Corneille, tous les habitués du foyer furent unanimes à déclarer que jamais rôle n'avait été incarné avec plus de naturelle autorité.
Aussi fut-ce un événement sensationnel que l'apparition en marbre, au Salon de 1870, de « ce petit museau parisien si adorablement fin et impertinent, qui se dresse au-dessus d'une jeune gorge agrémentée d'un bouton de rose... » de ces épaules et de ce dos qui « donnent le frisson, tant le rendu est vrai, tant il y a d'intimité de chair ». (Castagnary).
(( Le dos est une merveille d'exécution... Il est inimitable » — reprennent en chœur Duparc et
Baignîèrès. « Rarement tête d'enfant capricieux fut posée sur un cou plus mince, plus blanc, plus délicat » — déclare Révillon. Et les Concourt, très sensibles au charme voluptueux de l'œuvre, et à la a jolie minceur de la frimousse mutine », admirent jusqu'à la fleur placée entre les seins, qui se garde bien de ressembler à une quelconque « fleur dans un pot et qui a quelque chose de l'amoroso de tout le buste ».
H II étincelle de coquetterie spirituelle — dit enfin Paul de Saint-Victor — , il jaillit d'un fouillis de draperies mouvantes, comme de sa nuée la tête d'une déesse d'opéra. C'est la pompe galante du xviW siècle tempérée par le naturel. On n'imaginerait pas autrement un portrait de Largillière taillé dans le marbre. »
Le marbre est resté dans la famille. Une terre cuite appartient à l'Académie nationale de musique. Le plâtre original, acquis par le Louvre en 1892, règne parmi les portraits de jolies femmes des salles de sculpture française. En 1895, le musée a acquis aussi les modèles originaux de quelques autres bustes féminins de Carpeaux : M^© Alexandre Dumas, Mme carreaux (1869), M^e Demarçay, ;Vfme Lefèvre, Mme TURNER. Pour compléter cette série unique il ne manque guère que les bustes de la Duchesse de Mouchy (1868) et de Mme SiPlERRE (1874), qui, comme ceux de M^^e Fiocre et de la princesse Mathilde, ont été justement rattachés par les contemporains à la meilleure tradition française des xviie et xviiie siècles.