DE M. G. MARCEL
Les découvertes de la carte d'Europe de 1659, se rapportant à la notice sur le méridien de la Carte d'Amérique de 1669, et d’une carte latine d'Amérique avec le portrait de Philippe IV, roi d'Espagne, semblable en tout à celle en français avec le portrait de Louis XIV, sont des faits d'intérêts géographiques dûs entièrement à M. Marcel ; et ses dernières notes, écrites dans un moment de mauvaise humeur, n’en diminuent aucunement la valeur.
Maintenant voici les suppositions hasardées et même les erreurs de M. Marcel : 1° Mer du Mort, «orthographe évidemment hollandaise », est une supposition inexacte; car pendant toute la dernière moitié du dixseptième siècle, on orthographie en France le mot Wort avec un é, ainsi qu'il résulte d’un grand nombre de cartes de l’époque. — 2° M. Marcel dans sa première note de mai 1891, écrit van der Noort, pour le portrait en médaillon d’un des quatre héros de la mer. Il y a là une erreur voulue, car sur la carte de 1669, le nom est orthographié Vander Nort à la française. Un Hollandais n'aurait jamais fait la double faute de Vander réuni en un seul mot avec un V majuscule et de Nort épelé avec un seul 0.— 3° Le navigateur Drake a, sur la carte de 1669, son nom francisé sous l'appellation Drac épelé comme la rivière Drac dans le Dauphiné, une fantaisie d'orthographe qui n’a pu être faite que par un
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Français. — 4° M. harcel cite une carte d'Europe de 1659, ne contenant plus l’île fictive de Frisland, qui se trouve cependant dans la carte d'Amérique de 1669, contrairement à l’idée qu’il soutient que la carte d'Europe aurait suivi celle d'Amérique. — 5° La carte latine de l’Amérique avec le portrait de Philippe IV, n'a pu être exécutée, avec traduction du français en latin de celle de 1669, par la raison fort simple que Philippe IV est mort en 1665 ; et de plus la supposition que cette carte latine est « évidemment faite sur une planche déjà usée », tombe d'elle-même. Il y a là une double erreur de la part de M. Marcel, la carte latine a précédé celle de 1669, d'au moins quatre années : et comme cette carte de Philippe IV est unique, l'usure de la planche n’est pas possible, M. Marcel a pris une épreuve d’une planche inachevée pour une planche déjà usée, erreur très facile à commettre. — 6° Une autre supposition encore plus erronée de M. Marcel est que la carte d'Amérique de 1669 est une «très grande carte murale », qui, dit-il, sont « le plus facilement perdues, courant plus de chances de destruction que celles qu’on renferme dans un carton ». Telle est sa singulière explication de la grande rareté de ces deux cartes d’Amérique, « fort rares sinon uniques ». Et il cite comme exemple à l’appui de sa supposition la grande carte de Cabot de 1544 et la grande mappemonde de Mercator de 1569 (1559 ?). D'abord la carte d'Amérique de Louis XIV n'est pas une frès grande carte murale, elle est au contraire une petite carte murale de dimension non « exceptionnelle », puisqu'elle est à peine plus grande qu'une feuille ordinaire de la Carte de France dite d'Etat-major à l'échelle de 1 : 80,000. Un grand nombre de cartes, non regardées comme murales, ont exacte-
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ment les mêmes dimensions ; quelques-unes même sont plus grandes. D’ailleurs rien de plus facile que de renfermer cette carte de 1669 dans un carton. Quant à la grande Mappemonde de Mercator de 1569 (1559 ?), elle a un siècle de plus que la carte d'Amérique de 1669, ce qui est beaucoup pour la préservation d’une carte lorsqu'on remonte en arrière le cours des siècles, et d’ailleurs l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale n’est pas unique. Enfin la planisphère de Sébastien Cabot est encore plus ancienne que celle de Mercator. Ainsi les exemples cités par M. Marcel ne sont pas heureux et ne peuvent s'appliquer en rien aux deux cartes d’Amérique de Philippe IV et de Louis XIV.— 7°M. Marcel dit : « Les grandes cartes ne portent très souvent ni date ni nom d'auteur, d’imprimeur ou de graveur, les exemples abondent, et tous ceux qui se sont tant soit peu occupés de cartographie le savent. » Sans doute ; seulement il y a là une difficulté sur laquelle M. Marcel passe avec une affectation étudiée, c’est que la carte d'Amérique de 1669 n’est pas une grande carte ! Tous ceux qui s'occupent de cartographie savent que les cartes qui ne portent ni date, ni nom d’auteur, d’imprimeur ou de graveur appartiennent toutes à de très grandes cartes composées de beaucoup de feuilles, ou sont extraites d’atlas ; inais jamais à des cartes isolées en une seule feuille comme la carte d'Amérique de Louis XIV. — 8° Enfin M. Marcel se met en complète contradiction avec lui-même lorsqu'il dit : « Mais son intérêt géographique est absolument nul, ce n’est pas un monument historique ». Pourquoi alors a-t-il dit qu’elle était intéressante, ainsi que l’a affirmé après lui le Président de la Société de Géographie, le vice-amiral Vignes ? Pourquoi a-t-il montré cette carte à la Société
de Géographie, l’a-t-il décrit et a-t-il encombré le Bulletin de cette Société de sa description ? Encore faut-il que M. Marcel se mette d'accord avec ce qu'il publie à peu de mois de distance. Cédant à un mouvement de désappointement, il a dépassé de beaucoup le but.
Quant à ne pas être un monument historique, personne ne l’a jamais regardée comme tel, et moi moins que tout autre.
Une carte représentant les trois Amériques et datant de 1669, avant les découvertes des Grands Lacs de l'Amérique du Nord et du fleuve Mississipi a son intérêt géographique et à ce point de vue de géographie historique a de la valeur.
Pour sa provenance, sa destination, sa rareté, ce ne sont que des questions secondaires qui n’affectent en rien la réalité du fait de l'existence de deux cartes, de belles dimensions, de l’Amérique de 1665 à 1669, inconnues jusqu'alors, malgré les nombreuses et minutieuses recherches auxquelles un grand nombre de cartographes américanistes se livrent avec passion depuis cinquante années. et plus. Quand on réfléchit à l’avidité avec laquelle tout ce qui touche aux deux premiers siècles de la découverte du Nouveau-Monde est recueilli, décrit et conservé dans les collections particulières et publiques, aussi bien en Europe qu’en Amérique, on est étonné que deux cartes aussi importantes aient échappé si longtemps aux recherches ; et 1l est naturel d’attribuer leur grande rareté, puisqu'elles sont uniques, aux personnages royaux représentés par des gravures placées bien en évidence sur chacune d'elles.
Quant aux suppositions que j'ai présentées, je continue à les regarder comme plus probables que celles de
M. Marcel ; et dans tous les cas elles soutiennent mieux la critique que celles trop souvent des plus hasardées et mème erronées du conservateur des cartes de la Bibliothèque Nationale.
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