COMMENTAIRES SUR LES LARMES
Le portique de la vie, la jeunesse» était tendu de fleurs et illuminé pour lui.
Jbak-Patjl Rjêhtm.
C'était hier ou ce sera demain, et la chose se passera encore longtemps ainsi. La scène est à Paris.
La porte cochère d'une maison de la rue Laffitte était tendue de noir. Deux initiales blanches se détachaient sur l'étoffe sombre : J. D. ; aune guirlande rouge, accrochée au drap de tenture, pendait une croix d'honneur. Personne n'a pu concevoir un rapprochement plus philosophique que de placer ce bijou tout humain, qui donne ses plus grandes joies aux plus petites vanités, sur le lange crasseux et noir de la vie éternelle, sur la livrée mêpie de la mort. Et pourtant je crois pouvoir affirmer que le premier quia songé à faire figurer sa décoration à son enterrement n'est qu'un sot qui a voulu encore une fois faire envie aux passants en se distinguant de la foule. J'en ai vu gui accrochaient des blasons et des devises à ce drap sinistre, qui garde à peine la trace des épingles et des cjous. Et tous ces brimborions passent de la tenture au corbil-
fit boire du bon lait ; de là celui-ci passa dans une maison de sevrage; puis il entra en pension, puis au collège. Durant des années le père se montra peu; il payait ou faisait payer très-exactement, travaillant et vivant en vrai garçon. Il ne pensait à son fils qu'en songeant à son héritier.
Il arriva tout naturellement que M. Delayen se trouva un jour face à face avec un grand jeune homme qui portait son nom, et qui rappela Monsieur d'un ton plus froid peut-être que le respect. Le père et le fils vécurent dans la môme maison une ou deux années; mais cette cohabitation devint impossible. Un enfant peut difficilement être un camarade pour son père ; d'autre part, c'est un témoin gênant pour un joyeux vieillard. Voici comment ils se séparèrent. M. Delayen dit un jour à son fils : « J'habite rue Laffitte; c'est loin de l'Ecole de droit. Cherche-toi un logement par là-bas. Il est bon que la jeunesse apprenne la vie. Sois libre. Je mets à ta disposition cinq cents francs par mois. Ne fais pas trop de sottises et travaille un peu. Quand tu passeras par ici, tu monteras me dire bonjour. Viens dîner deux ou trois fois par semaine. Telles sont mes conditions ; si tu les trouves trop dures , si je suis un père trop exigeant, explique-toi. — Vous êtes excellent, mon père 1 » répondit Maurice avec calme et réserve, comme il aurait dit : « Vous ne m'aimez pas I »
Nous aurons à revenir sur la vie du fils. Quant à celle du père, une fois affranchie, elle fut parfaitement heureuse. Il mit ses affaires en ordre et reprit son existence méthodiquement joyeuse. On rencontre sur les boulevards de ces sages modernes qui sont toujours prêts. Le coffrefort est muni de tous les titres de leur fortune et de toutes les instructions nécessaires ; un homme de confiance sait le secret de la boîte précieuse. Il y a quelque part des héritiers, pauvres ou riches, qui attendent; et notre philosophe dîne, joue et dort bien. Il mange et boit avec
l'aplomb d'un homme qui est payé de ses peines et qui jouit d'un paradis anticipé. 11 a travaillé, c'est-à-dire qu'il a fait une grosse fortune. Son rôle est joué, et, s'il lui arrive de penser à Dieu dans les extases de ses digestions, il s'étale sans doute devant son Créateur, les doigts dans les entournures de son gilet, la bedaine en avant, la face rubiconde, le kaléidoscope des passants devant lui, ravi, béni, récompensé, adressant à la Providence des actions de grâces d'avoir créé un monde si bien à sa portée. Je ne sais pas ou est le Bossuet qui prouvera à ces égoïstes que leurs béatitudes vulgaires seront effroyablement pu-* nies, s'il y a une justice.
M. Delayen n'avait plus de souhaits à adresser au ciel Pour quelques fournitures faites au gouvernement et dans lesquelles il réalisa d'énormes bénéfices, il demanda accessoirement la croix d'honneur. 11 reçut cette faveui* avec émotion, comme s'il l'eût méritée. Les illusions de certains imbéciles dépassent celles qui hantent les mansardes les plus intelligentes.
On vint un matin annoncer au jeune Maurice que son père était mort. Maurice accourut. Il ne restait rien à faire* On trouva des ordres pour les funérailles : l'argent préparé ; l'heure indiquée. On n'eut qu'à obéir. Un notaire très-respectueux, obséquieux avec gravité, aida le Cils à ouvrir les papiers de son père.
Jamais M. Delayen n'avait dit à son héritier de quelle importance devait être l'héritage. Maurice devinait bien qu'il serait riche; mais cette fortune si bien établie, si facile à gérer, si considérable, le surprit et l'étourdit un moment. Le notaire lui donna les détails dont il fallait accompagner les titres et pièces du testament. Officiellement, M. Delayen, dans la bouche de l'homme d'affaires, n'était plus que : « le défunt ; » désignation qui alternait avec celle-ci : « Votre pauvre père. » Chaque fois que le notaire prononçait ces mots, une certaine onction grave.
humectait sa voix, et Maurice, sans douleur, se mettait à verser quelques larmes.
Cette vie est pleine de comédies : Seulement nous jouons nos rôles sans nous en douter. Ainsi, dans cette circonstance, les deux hommes qui sont en présence n'ont pas besoin de mentir. Maurice est un cœur loyal et simple. Quant au notaire, je le suppose assez au courant des rapports de M. Delayen et de son fils pour n'être pas obligé de se mettre à l'unisson d'une douleur douteuse. La force de l'habitude les pousse cependant'; ils. obéissent aux convenances. La voix de l'un s'altère et les yeux de l'autre se mouillent, par la même raison qui fait que le premier rira demain à la signature d'un contrat, et que le second sera soulagé de tout son chagrin quand il aura mis un crêpe à son chapeau. Il ne devra plus rien à personne. Il pourra rire , s'amuser ; sa douleur sera bien cousue et exposée un an sur sa tête. Dans les premiers temps même, ceux qui le rencontreront croiront devoir paraître plus affligés que liy. Les amis sont forcés de se composer un visage, quelquefois trop triste. Lui, ne s'occupe de rien; il a son crêpe.
Maurice avait vingt-cinq ans. Quand les détails d'affaires furent traités et qu'il se vit seul dans cet appartement abandonné par un pauvre vieillard qui lui laissait à lui, enfant , la plus grande marque d'affection qu'on puisse laisser en ce monde , au dire de bien des gens, le plus puissant instrument qu'on puisse mettre aux mains d'un homme, au dire des ambitieux, une immense fortune, en un mot, il se sentit plus fort, plus solidement établi sur cette terre. Tout trésor a son œuvre à faire. L'argent donne le pain et la vie, mais les millions ont une puissance dont ils doivent compte.
Celui-ci fait un tas d'or ; élève patiemment un monceau qu'il cache dans un coffre, dans une banque ; qu'il entasse . en moellons dans les rues, en gerbes dans les champs.
Un héritier arrive, et jette au vent or, pierres et javelles. L'enfant prodigue est un symbole : Dieu disperse par ses mains des choses vaines.
. Cela, c'est la loi ancienne. Aujourd'hui la matière n'est plus maudite. L'argent que les hasards de la mort jettent aux jeunes et aux intelligents, peut rendre autant de services que la pensée et la force matérielle.
M. Delayen ne voulut laisser aucun ennui après lui. De sa main il avait dressé la liste des personnes qu'il désirait inviter à son enterrement. Dans la soirée les lettres furent envoyées.
Le jour arriva , et quand Maurice , qui était retourné chez lui passer la nuit, revint, il comprit, à la soumission de tous ceux qui s'adressèrent à lui, que dès à présent il devenait le maître. La plupart des personnes qui allaient assister à l'enterrement étaient inconnuesau jeune homme. Isolé au milieu d'une pareille cérémonie, il songea à amener un ami avec lai. Triste et ridicule corvée quand il n'y a pas de douleur réelle à calmer et qu'on doit faire semblant de consoler ; c'est accompagner le soir, dans un bois sans danger, un homme qui n'a pas peur et qu'il faut « feindre de protéger.
Arsène Pellegrin, possesseur d'un maigre patrimoine, étudiait la médecine; pour obéir à son père, il avait embrassé une carrière presque héréditaire. A proprement parler, son goût ne le poussait vers aucun travail. Sceptique, fainéant, il estimait que l'argent est tout en ce monde, et qu'aucun moyen conduisant à la fortune ne devait sembler mauvais. La richesse représentait à ses yeux la suprême excuse et la consécration de la paresse. La rêverie inutile se perdant dans les bouffées du tabac, l'état oriental d'un cerveau engourdi par la fumée, d'un corps enfoui dans des coussins abondants, telle était l'activité à laquelle aspirait son être. Toutefois, * forçat consciencieux, il ramait patiemment sur lesçalères
delà vie. Jl travaillait pour passer letemps,comme d'autres jouent aux échecs pour tuer l'oisiveté. Raillant ce qu'il savait» doutant de ce qu'il apprenait, il continuait cette besogne ingrate de remplir soq cerveau de «hoses inutiles. Au milieu de charlatans qui lui enseignaient leurs secrets, il se croyait dans une officine de sorciers; et tout en reconnaissant que ses maîtres envisageaient la vie du côté réel, il se révoltait contre ces clowneries de la science; honnête par tempérament, il laissait son scepticisme s'exhaler en paroles, et, comme un homme atteint d'une vertu inutile, il promenait sa probité cynique, comme certain^ êtres portent une infirmité, empressés d'en rire les premiers.
Il se vengeait terriblement d'être né bon. Partout il voyait un masque à arracher; ce qui fit que souvent il déchira des visages.
. Tout en ce monde était calcul à ses yeux. La raison sociale humaine ne se composait pas pour lui de l'âme qui dirige et du corps qui obéit. Il y avait la chair, sorte de maison de banque occupée par deux personnages, deux associés toujours en querelle : l'un, sot et bon enfant, * qui cédait à ses impressions, prêt à donner, à se laisser toucher, à pleurer, à rire, à raconter ses affaires à tout le monde; l'autre, sage, méthodique, mesurant, pesant, calculant tout, toujours occupé de l'intérêt commun quand son camarade se livrait à ses émotions et sachant tirer profit du rire et des larmes. Pour son compte, depuis longtemps Arsène Pellegrin avait imposé silence au plus turbulent des deux, et la direction de sa maison était abandonnée à ce teneur de livres qu'on nomme l'égoïsme. Ce procédé est souvent employé dans le commerce et toujours en politique ; certaines parties sont confiées à des misérables nécessaires, doués des qualités spéciales de l'administration. Telles étaient les bases de la vie de Pellegrin, réglée et rendue méthodique par l'application de
il CARTES SUR TÀBLB.
ses théories. Gomme tout philosophe a un monde intérieur qu'il habite, ce hardi sceptique cachait peut-être des habitudes humaines dans un refuge sacré. Les bons sont aussi souvent hypocrites que les méchants.
— Arsène, lui avait dit Maurice, mon père est mort. J'ai besoin d'un ami pour la triste cérémonie de demain. Veux-tu m'assister?
— Tout à toi ! répondit Pellegrin.
— C'est que je ne connais personne. Les amis de mon père étaient des étrangers pour moi. Je n'ai pas d'autres parents. A l'exception de quelques indifférents qui viendront me serrer la main pour la forme, je serai entouré de froides sympathies.
— Sois tranquille fne redoute pas l'indifférence. Crains plutôt l'empressement. Si tu le permets, j'étudierai tout ce monde-là, et si plus tard tu as besoin de renseignements sur tel ou tel, tu n'auras qu'à m'appeler. A demain donc!
— A demain.
Je ne connais point de misanthrope plushaineux et plus incorrigible que celui qui, dans son aversion pour tous les antres hommes, sait en aimer encore quelquesuns.
Swirr.
Les doux amis arrivèrent ensemble rue Laflitte. Ils res* tèrent seuls pendant quelque temps au milieu d'un appar-' tement désert. Les domestiques allaient et venaient. Arsène entraîna Maurice dans une chambre écartée.
— Mon ami, lui dit-il, ne va pas te figurer qu'il est commode d'être riche, tu te tromperais. Moi seul peut-
LE SECRET DE POLICHINELLE. il
être, parmi ceux que la fortune aborderait brusquement, saurais m'en servir comme il convient. Je la traiterais comme la plante exotique traite la serre qui l'enferme ; je lui demanderais du repos, de l'air chaud, une température égale, une vie oisive. Je suis un cactus, vois-tu, moi, un cactus au milieu des légumes, chez un maraîcher grossier qui cultive des choux et des carottes. Le fumier sent mauvais, l'air est froid et les gros arrosoirs de cuivre rouge font de la boue à mes pieds. On aura beau m'arroser, je ne deviendrai jamais une plante utile. Ce monde est un vaste potager où poussent des salades et des pelons. Quelques fleurs rares trouvent à. se réfugier dans les coins; pour elles sont les belles poteries, la terre tamisée, l'exposition du midi. Elles portent à côté de leur tige un bâton avec une étiquette. À partir d'aujourd'hui tu vas habiter cette planche exceptionnelle, privilégiée. Tu vas avoir ton inscription : Riche, genre des heureux. C'est à qui cueillera tes fleurs; c'est à qui froissera tes feuilles pour en tirer un parfum ; c'est à qui se penchera vers toi. Là est le danger. Que vas-tu faire? Vas-tu livrer ton calice à tous les papillons? Vas-tu embaumer l'air? Vas-tu te fermer au contact comme une sensitive ou piquer les indiscrets comme les plantes jalouses, comme moi, par exemple?
— Je vais vivre!
•—Ce que tu me réponds là suffisait il y a quelques jours. Étudiant, avec une pension copieuse, travaillant ou ne travaillant pas, tu pouvais dire à ceux qui t'auraient interrogé : Je vis! Ne m'en demandez pas davantage. Mais aujourd'hui, c'est différent. Le monde va te questionner.— J'ai des passions et des vices, te dira-t-il. Il faut qpe tout cela vive. — Êtes-vous ambitieux ou avide de plaisirs? Voulez-vous mépriser le» hommes ou aimer les femmes? Ou n'êtes-vous que sage ? Alors mariez-vous. Si vous nous enlevez m homme, vois nous livrerez un*
12 CÀRTBS SUR TABLE.
femme. -—-Que vas-tu répondre à ces paroles? Que vastu donner à toutes les quêtes de cette pauvre humanité mendiante? Traverser la vie, c'est franchir une rue macadamisée, par un jour de pluie, une de ces larges rues de Londres si tristes et si boueuses. Moi, je passe sans souci an milieu de la chaussée. Toi, tu as le pied délicat, tu voudras prendre le sentier tenu propre par les balayeurs, et chacun d'eux te tendra la main ou le chapeau. Tous ces cantonniers, c'est l'Amour, c'est le Jeu, c'est le Plaisir. A qui donneras-tu et que donneras-tu ? Songes-y. Celui qui part à l'aventure donne à tout le monde.
— Est-il donc si difficile de vivre? dénuda tristement Maurice.
— Non. Rien n'est difficile quand on veut apprendre. Figure-toi que je sais une langue très?peu connue, une sorte de sanscrit ; que dans cet idiome les sages préceptes de la vie sont formulés et qu'il en circule de très-mauvaises traductions. Tu liras des versions de toutes sortes, et tu ne comprendras pas leurs différents sens. Le même verset de cette bible étrange sera interprété de plusieurs façons. Il y a des scoliastes de deux espèces, les rassurants et les terrifiants. Le mot amour, pour les uns, veut dire péché, pour les autres mariage ; le mot misère s'est traduit par v;ce, expiation, orgueil ; femme a signifié tour à tour ange et démon ; quant au mot bonheur, c'est le synonyme éternel qu'on veut donner à tous les autres. Il y aune langue, c'est l'arabe, je crois, où des idées opposées n'ont qu'une expression; le même terme signifie noir et blanc, roi et esclave, passé et avenir, riche et pauvre. Eh bien ! moi, j'ai étudié ce mystérieux vocabulaire I Je sais interpréter les symboles de l'Apocalypse humaine ; je connais cette science qui peut s'expliquer par un idiotisme, savoir ce que parler veut dire. Le livre est ouvert sous tes yeux, et le danger c'est que le moins expérimenté y comprend toujours quelque chose.Si tu me le permets, je suivrai par-
dessus ton épaule. Je m'institue le pédagogue de ta vie. J'ouvre une école de philosophie pour toi seul. En morale comme en médecine il n'existe pas de précepte ni de remède absolu. 11 faut traiter l'homme et le malade, et non pas l'humanité et la maladie. Si vous administrez à tous les ûévreux du sulfate de quinine, parce que le quinquina coupe la fièvre,, vous faites une sottise. Si vous répétez à. vos contemporains ce que tous les philosophes ont dit : Soyez bons I faites le bien ! dites le vrai ! pratiquez l'honnête 1 vous proclamerez des formules qu'on admirera ; vous serez déclaré sage et vertueux, mais vous ne changerez ni le cœur d'un méchant ni l'esprit de celui qui manque de probité. C'est dans le détail de la vie qu'il faut poursuivre le vice. On fait le mal I à quoi bon rédiger une sentence? Appliquons la loi anglaise qui ne connaît que le flagrant délit. Tu vas vivre, moi, je végète. Je ne suis qu'un moraliste platonique ; j'ai- peu occasion d'appliquer mes études sur moi-même. Nous triwersons la foule ensemble. J'ai le gousset vide; tu as la poche pleine; je connais les filous, et toi seul as à les redouter.
Maurice, hébété, supportait cette boutade comme on écoute, au coin du feu, l'élan de verve d'un ami, par un soir d'hiver, en fumant.
— Que me dis-tu là? reprit-il. Vais-je donc être dévalisé à tous les coins de rues, volé dans tous les salons?
— Il ne s'agit pas de cela;* écoute: accorde-moi une liberté. Qu'il me soit permis de tomber chez toi à l'improviste, à toute heure, en tout lieu et de te dire : A quelle page en es-tu?... Et nous expliquerons le passage ensemble.
— Tes tristes commentaires ont leur charme; je te donne plein pouvoir !
— Sérieusement?
— Très-sérieusement.
— Accepté. J'userai de ta patience jusqu'à ce que tu me mettes à la porte.
L'entretien finit là. On arrivait pour l'enterrement. Les salons se remplirent d'habits noirs et de mines compassées. Chacun venait serrer la main de Maurice eu murmurant quelques sottisesde condoléances; puis les groupes de connaissances se formaient et l'on chuchotait des réflexions sur l'héritier, vers lequel tous les yeux étaient
Lui, appuyé sur le bras d'Arsène, se promenait, la tête penchée, dans l'espace laissé libre au milieu des pièces, tous les étrangers s'étant réfugiés dans les coins et les embrasures.
Arsène rompit le silence.
— Sais-tu ce qui m'irrite, dit-il tout bas à son ami? c'est que les mœurs du pays où nous vivons nous obligent à jouer une comédie perpétuelle. A F heure où nous sommes, l'homme qui viendrait à toi et te dirait franchement sa pensée serait déclaré infâme , sans cœur, sans entrailles, dangereux. Il ne respecterait pas la douleur d'un fils ; il se jouerait des choses les plus sacrées, que sais-je? toutes les formules des malédictions bourgeoises l'accableraient. Les mères lemontreraient à leurs filles comme un monstre; les pères défendraient à leurs fils de le fréquenter. Tout le monde serait d'accord pour expulser le misérable ; et cependant figure-toi que ces imbéciles qui nous entourent se mettent à entonner un chœur à la façon antique : que te chanteraient-ils ? Écouté : « En vérité, ce jeune homme est bien heureux ; son père est mort lui laissant une grande fortune ; c'est la loi générale qui veut que les pères précèdent leurs fils dans le sépulcre ; quelquefois cette loi est douloureuse à subir, quand l'enfant a besoin d'aide et de soutien : mais quand le jeune héritier est en âge de bien conduire sa vie, les dieux sont justes d'enlever un vieillard qui ne fait que retarder l'épanouissement des forces nouvelles. Quand l'arbre prend l'air de l'arbrisseau, il est bon qu'il meure et laisse sa part de soleil à qui
saura mieux l'utiliser. En vérité, jeune homme, tu es bien heureux. Nous te disons cela en faisant semblant d'avoir de l'affliction, et tu fais ton possible pour paraître triste devant nous ; c'est bien. Ta sagesse est déjà grande ; les vertus sont Mes des convenances. »
Et dans un coin, deux personnes causaient ainsi :
— Voyez donc, général, quelle douce chose que les consolations de l'amitié. M. Maurice serre le bras du jeune homme qui l'accompagne et le remercie de ses bonnes paroles.
— Ah ! il ne sera pas embarrassé de trouver des amis, celui-là ! mais il fera bien de prendre garde à lui ; les plus jeunes ne sont pas les meilleurs. Je ne dis pas cela...
Celui qui venait de parler, le général de Pontbriquet, s'avança vers Maurice :
— Qu'il me soit permis, jeune ami, de vous exprimer tous mes regrets. Je compatis à votre chagrin plus que vous ne sauriez croire. Votre pauvre père était mon meilleur camarade. Il m'a assez souvent parié de vous. Je vous connaissais sans vous connaître, comme on dit Mais je puis vous jurer que l'affection que je portais à votre père est un héritage dont vous ne serez pas frustré. Il me fit assez souvent cette recommandation : S'il m'arrivait malheur, n'oublie pas mon fils. Si je n'ai pas le temps de lui faire mes recommandations moi-même, dis-lui ce que j'étais pour toi, et il t'ouvrira les bras*
Le général essuya ses yeux, se moucha avec émotion et saisit la main de Maurice. Puis, se retournant vers Arsène, il ajouta :
— Vous avez là un excellent ami; je vois son cœur dans ses yeux. La vie est longue ; on a besoin d'appuis : aimez-vous, jeunes gens. Tous ceux qui ont commencé la vie avec moi sont partis. Le dernier vient de me quitter.
Et encore une fois il essuya ses yeux.
16 CARTES gUR TABLE.
Le signal du départ fut donné par la maître des cérémonies. Le défilé descendit l'escalier, et Ton se rendit à l'église.
Derrière le corbillard Maurice et Arsène marchaient. Tous les curieux du quartier étaient sur leurs portes. De toutes parts l'envie apportait des couronnes à l'héritier. Notre-Dame de Lorette s'ouvrit au convoi, et tous les spectateurs transformaient l'église en' un temple qui recevait un jeune vainqueur. Cet enterrement faisait l'effet d'un triomphe où le vaincu marchait devant.
— Quel est ce vieillard à moustaches blanches qui a voulu te faire savoir qu'il pleurait ton père ?
— Je ne le connais pas. J'ai vu son nom, je crois, dans les papiers de la succession. Mon père a fait des affaires avec lui.
— Et il s'appelle?
— De Pontbriquet.
La messe funèbre commençait. Hélas! pourquoi faut-il que notre argent nous suive partout? Pourquoi som- ' mes-nous richfes à l'église? Pourquoi cette égalité qui va commencer tout à l'heure, au-dessous du niveau de notre vie, iie se montrerait-elle pas une demi-heure plus tôt? Pourquoi faire sonner aux anges de la mort les fanfares de l'héritage ?
Maurice et Arsène, assis ou debout côte à côte, suivaient la cérémonie avec le plus grand sérieux. L'orgue répandait sur la foule des roulements dramatiques et comme des menaces pleines de terreur. Malgré tout, Arsène retrouvait dans ces grondements sinistres toutes les polkas de la vie. Rien n'est plus commun qu'une obsession joyeuse ou grotesque au milieu d'une triste cérémonie, et, par opposition, les réflexions mélancoliques nous occupent souvent durant la célébration d'une fête. Rien n'est plus gai parfois qu'un enterrement, et rien n'est plus sombre qu'un mariage.
Sur les notes graves de l'office religieux, Arsène, malgré lui, composait des paroles' insensées, et à force d'y songer sans pouvoir chasser sa préoccupation, il en était arrivé à entendre réellement ces voix profanes qui chantaient dans son esprit. Les bedeaux et les gros chantres célébraient les joies mondaines, le vin et la table. Les petits enfants de chœur, de leur gosier aigu, jetaient sur Maurice des couplets pleins de toutes les agaceries du péché. Pellegrin assistait à un sabbat fantastique. Sur des chaises écartées, des femmes étaient assises. On les devinait jeunes et jolies. Enveloppées par leur chapeau et leur mante, indiquées par leurs voiles baissés et leurs robes bien accroupies pour le recueillement, elles semblaient lire dans des livres la prière des repentantes. Mais Arsène les entendait aussi chanter leur hymne de tentation. Puis la scène changeait à ses yeux. Maurice quittait sa place et s'approchait de l'autel. conduisait par la main une grande personne vêtue de blanc, pâle, maigre, inconnue. Ils s'agenouillaient devant le prêtre, comme pour lui demander sa bénédiction. L'officiant ouvrait ses deux bras sur eux en disant : Requiescat inpace. L'orgue et les chants reprenaient leur caractère douloureux, les portes de l'église s'ouvraient... Et l'on monta en voiture pour se rendre au cimetière.
Un coupé fermé suivit le corbillard. L'ombre du mort assista à son enterrement. Deux ou trois berlines des pompes funèbres se remplirent; quelques-unes suivirent vides. A la queue du déûlé, un fiacre aux stores fermés se rangea.
On avait laissé les deux amis seuls. Le convoi prit le chemin duPère-Lachaise. M. Delayen possédait un terrain dans ce lieu de repos. Sa femme l'y attendait, en supposant que ces unions d'un moment, qu'on appelle mariages, soient consacrées pour l'éternité par celui qui lie et délie.
A l'heure de la mort, l'âme qui se détache du corps
obéit à des règles inconnues, traverse les mondes, comr le pollen de certaines plantes franchit les océans, et coi se livrer, suivant la loi des affinités, aux unions attendue différées, qui n'ont pu avoir une heure de temps sur cet terre et qui, là-haut, jouiront de la durée infinie. Il sans dire que le corps appartient aux petites tendresse , au fétichisme des bons sentiments. On rapproche les bièr dans un même trou, et, si l'image ne me paraissait p impie par la forme, j'ajouterais que, nous autres vivant nous ressemblons alors à l'enfant qui voit un prestidigit teur faire un tour, qui regarde fixement un point et attei encore quand la chose est faite. Nos yeux sont tourru vers le monument de pierre ; nous voyons une boîte qu'( glisse dans un trou sombre ; les fossoyeurs vulgaires, terre qui tombe sur le bois, les dernières paroles de la r ligiôn, la ville silencieuse qui nous entoure, tout porte uij émotion terrible ; nous pleurons, et nous devrions sourii en suivant par la pensée une àme libre que Dieu a reçv et qu'il vient de rendre aux àipes qu'elle aimait.
— J'ai eu une vision pendant la messe, dit Arsène. 1 te marieras de lassitude d'avoir cherché la vie* La femn( que tu épouseras est jeune, assez belle. Grande fille, au traits sévères, elle porte sur le front les pâleurs d'un enfance maladive. Sa taille mince ne manque pas d'été gance, mais elle était d'une maigreur effrayante. Cett union ne t'a rendu ni gai ni triste ; tu te laissais faire Comme tu rencontreras un de ces jours cette étrang fiancée, je veux te compléter le signalement. L'œil es grand et très-noir. Je n'y ai rien lu. Les yeux de jeune filles sont comme les matinées de mai. On étudie le ciel, i y a des nuages, il y a de l'azur. C'est ce qui fait qu'il s trouve des gens qui vont à la campagne et d'autres qi( restent chez eux, tant la journée est incertaine. La lèvfl est triste et flétrie, comme fatiguée de désirs; elle a dl donner à la brise bien des baisers. Ne t'émeus pas; ce
baisers volaient peut-être à ta moustache. Entre ses deux sourcils se dessine une petite ride, sillon de la volonté que creusèrent quelques idées fixes. Elle allait t' adresser un sourire gracieux, quand tu l'as effrayée par ton indifférence. J'ai cru assister aux noces d'un somnambule et d'un fantôme.
— Sais-tu, répondit Maurice, que tu m'épouvantes par ta perspicacité ! Moi aussi, j'ai pensé au mariage pendant cette cérémonie de deuil, et mille fiancées passaient devant moi.
— Mille, ce n'est rien, reprit Arsène. Je n'en ai vu qu'une, moi, et c'est trèfr-grave.Franchement, la connaistu ? Je crois tellement aux idées préconçues, que je ne <Loute pas qu'elle existe, comme je suis certain que tu l'épouseras» Sans fausse honte, connais-tu la jeune fille que j'ai vue?
— Non j mais qui te rend si sûr de toi-même ?
— Les expériences que j'ai faites* et le système que j'ai bâti sur elles. A une autre fois les théories. Un exemple aujourd'hui pris au hasard : J'avais un examen à passer, et la paresse venait justement d'arriver chez moi, en m'annonçant qu'elle s'installait pour deux mois dans mes habitudes. C'est une trop bonne camarade pour qu'on la renvoie* Je ne pouvais pas travailler. Il fallait montrer Paris à mon hôtesse, les bals, les spectacles, les promenades. D'un autre côté, l'examen me talonnait. Je possé* dais déjà quelques observations sur ce double phénomène qui nous permet d'entrer dans la pensée d'un autre et nous donne le moyen d'imposer la préoccupation de notre esprit au sien. J'étudiai une seule question, je savais passablement le reste ; mais je m'attachai à un point, et j'appris très en détail le sujet choisi. Le jour de l'épreuve arrive. Je savais par cœur ma réponse ; j'en remplis mon cerveau; j'en barbouillai mes lèvres en la récitant; je m'en fis une atmosphère, une auréole. Il était impossible
qu'un professeur, en me regardant, ne pensât pas à cette idée qui m'occupait. Le premier qui m'interrogea allait parler quand il vit mes yeux ; il changea la phrase qu'il était sur le point d'articuler et me fit ma question. Il fut vaincu ; sa demande avait été moins fermement préparée que ma réponse. Mon examen fut très-brillant, et je gardai un mois de plus la paresse. Et voilà la raison qui fait que tu te marieras.
— Tu échafaudes des théories sur des hasards.
— Attends un peu, et tu m'adoreras, comme un sauvage adore un jongleur. Ahî des hasards! Mais ce que je t'ai dit n'est rien ; si je voulais te développer mon système, ce serait épouvantable. Tu te crois vertueux, n'est-ce pas? Eh bien ! cette fiancée que je te destine, tu l'auras vue unjour, et en jouant, en la regardant d'un œil long et triste, tu auras pensé dans ton cœur : Quelle charmante femme cela ferait ! Les désirs de l'homme sont comme les œufs de mouches en été ; leur éclosion est une corruption. Tu es parti. Elle te cherche. N'as-tu jamais, dans un salon, aux instants où l'on se prélasse, dans les coins de portes, regardé une femme avec persistance de pensée et de regard? Un vœu animait cette obstination qui dura une heure. Un valseur te réveilla en te marchant sur le pied, et tu sortis furieux. Quelques jours après, dans un dîner, tu te trouvais assis auprès de cette charmante inconnue, 4ui te sourit à t'inspirer un fâcheux soupçon. Tu la reconnaissais cependant; elle a subi ton rêve, et elle t'attend. Si tu Tas dédaignée, tu auras répété partout, comme un fat, que cette femme te poursuivait avec une obsession incroyable, et mille niaiseries. Tu n'as été qu'un sot grossier qui refuse de cueillir les fleurs qu'il a semées. 11 y a des sentiments qui poussent sur les murs, comme les giroflées. Nos désirs croissent où nous les jetons. Ce qui m'a fait dire cette parole, qui est la devise de mes amours: Toutes les femmes sont innocentes 1
Le corbillard venait de franchir la porte du cimetière. Arsène mit la tête à la portière et wt le fiacre qui marchait le dernier s'arrêter. Il en sortit une femme en deuil et voilée qui se glissa entre les roues de la voiture où se trouvaient les deux amis et la borne de l'entrée.
Voilà quelqu'un que j'ai remarqué à l'église et que
je retrouve ici; décidément elle appartient à notre convoi.
Cette femme-là, n'est-ce pas? demanda Maurice; je
ne l'ai pas bien vue et ne crois pas la connaître.
Une pensée respectable vint aux deux esprits en même temps, et ils se turent.
Le char mortuaire s'arrêta au rond-point que domine le monument die Casimir-Périer. Près de là, dans unfouillis d'arbres et de pierres, se dressait la sépulture des Delayen. Les ouvriers attendaient; la grilleétait ouverte. Sur une plaque de marbre blanc, à l'intérieur, on lisait l'épitaphe de la mère de Maurice. Dans un style banal on rappelait toutes les vertus. La pauvre morte jouissait de toutes les perfections vulgaires. Sa vie avait été si courte, que personne ne fut à même d'apprécier les modestes qualités qui colorèrent cette fugitive existence; aussi le marbrier se chargea de son éloge et prodigua les lieux communs sur l'inscription. Tout est occasion de tristesse, même les erreurs et les sottises.
Maurice lut cette apologie de sa mère avec douleur. — Bonne épouse! elle avait été mariée quelques mois; bonne mère! ce mot le fit pleurer.
Pauvre mère! pensa-t-il, Dieu te donna une tâche
lamentable! Tu n'as connu ni la paix de la famille ni les joies de la maternité. 11 t'a confié un être à apporter sur cette terre; tu l'as déposé dans son berceau, et tu as fui sans lui dire adieu. Rien de toi, ni une trace ni un souvenir n'est resté à ta créature ! Ton fils n'a pu te voir dans ses rêves, etrhomme qui aujourd'hui pense à toi te revêt
de la robe des saintes et des martyres pour se figurer ton image. cher ange, qui m'aimes quelque part, je dois te ressembler, car je souffre en pensant à toi ! Tu m'as donné ta vie; inspire-moi, afin que je te consacre la mienne. J'amène à ton tombeau le compagnon d'un jour qui t'oublia et ne m'a jamais parlé de toi. Hélas I lui non plus ne t'a pas connue ! Me voilà seul, pauvre mère I Tout le monde me dit que je suis un des heureux de la terre ; je ne sais pas comment ils le comprennent; mais puisqu'il y a des gens qui meurent de faim, ils ont raison. Je suis riche et solitaire. Si ma bonté était courageuse, j'émietterais ma fortune aux pauvres, comme un enfant jette le pain de son déjeuner aux oiseaux, et j'irais te rejoindre; mais je suis pareil à mes semblables, j'ai Pégoïsme bienveillant et oublieux. On éprouve un bon sentiment, mais on a peur de commettre une bonne action. ma mère ! soutiens-moi. Personne de nous n'est méchant, mais je me sens faible comme les autres.
Durant cette oraison mentale, la cérémonie s'accomplissait. La femme voilée et vêtue de noir qu'Arsène remarqua à l'entrée du cimetière venait de s'agenouiller et pleurait avec l'audace d'une douleur impossible. Maurice ne vit rien. Quand tout fut achevé, son cœur gonflé éclata, et il tomba dans les bras de son ami en murmurant :
— Ma mère I ma mère I
Arsène l'embrassa avec effusion; il comprenait ce chagrin réel. Certaines larmes qu'on n'a pas versées s'amassent dans le cœur, et rien ne les sèche, ni le temps, ni le bonheur. Maurice n'avait jamais pleuré sa mère. ,
C'est ainsi que M. Delayen fut enterré. On lui fit honneur de cette scène attendrissante, et personne ne songea à la pauvre femme. Le père de Maurice méritait cet oubli. Il avait vécu dans l'indifférence ; il mourut entouré d'indifférents. Les convenances furent sauvées; il eut l'air d'être pleuré. On récolte selon qu'on a semé. Une justice secrète
et impitoyable plane sur cette vie ; heureux ceux qui la devinent!
Les deux amis revinrent seuls, 1 lsdescendirent, appuyés l'un sur l'autre, la silencieuse colline qui domine Paris.
Arsène puisait partout ces émotions particulières et exceptionnelles qui sont les véritables. Tous les amis qui avaient accompagné le corps rentraient en hâte à la ville. Se débarrassant de la démarche triste adoptée pour la circonstance, ils venaient de reprendre le pas mondain, empressé, le pas du trottoir, qui. vous conduit à une affaire ou à un plaisir. Ils allaient remonter en voiture et sef aire conduire à leur but. Leur prétendu devoir accompli , l'oubli déclouait la tenture noire posée dans leur esprit. Il n'y paraissait déjà pas plus qu'à la maison mortuaire et à l'église.
— Maurice, dit Arsène, il y a dans l'Évangile un discours du Christ qui s'appelle le sermon sur la montagne. Je voudrais que tous les enterrements se fissent àla môme heure, et qu'un prêtre, du lieu où nous sommes, entouré de tous ceux, riches ou pauvres, qui seraient venus ici derrière un cadavre, récitât les paroles de Jésus à ses disciples. Cette sévère et sainte morale frapperait tout le monde au cœur, comme des lanières déchirent un visage. Tu vois bien tous ces gens qui s'en vont là devant nous, ils ne pensent qu'à des infamies. Si je pouvais les atteindre, je les fustigerais des vérités les plus terribles. Des journées comme celle-ci me rendent féroce. Je sens que tout à l'heure je ne vaudrai pas mieux qu'eux. Si nous nous rencontrons dans une rue, ils me dédaigneront, parce que jenè suis rien et que je n'ai rien, et je les mépriserai, moi, parce que ce sont des imbéciles. Ah ! Maurice, ne ressemble pas à ces hommes pour qui le dieu pénate est un veau d'or.
A la rue Laffltte, les amis se séparèrent.
— Adieu, dit Arsène en embrassant Maurice, adieu,
24 CARTES SUR IABLE.
cher orphelin ; je suis conjtent de toi , tu as bien pleuré
ta mère. . .