Procope, ibid., I
Bélisaire fut magnanime dans son triomphe : il promit la vie sauve aux Vandales réfugiés dans les églises. Dès que toutes choses furent régularisées, il s'occupa de réparer les fortifications de la ville, ébréchées en maints endroits : au bout de quelques semaines, Carthage fut en état de soutenir un siège de longue durée*. Ces précautions n'étaient pas inutiles, car Gelimer tenait et terrorisait la campagne : il avait coupé Taqueduc du Zaghouan et toutes les routes, et il entretenait des intelligences dans Carthage même. Bélisaire déjoua ses projets, se mit à sa poursuite et finit par le bloquer au mont Pappui non loin d'Hippone*. A bout de ressources, le roi des Vandales se décida à implorer la clémence du vainqueur. Il se mit en route pour Carthage avec une suite nombreuse. On dit qu'il pleura de dépit quand il vit les murs restaurés de son ancienne capitale. Bélisaire vint à sa rencontre jusqu'au faubourg appelé Aclas"; il le traita avec honneurs et se disposa à l'envoyer à Constantinople auprès de Justinien, en attendant que lui môme pût aller jouir de son triomphe.
Mais auparavant, il dut organiser l'Afrique en province de l'empire byzantin. Tout le pays oiîcupé par les Vandales forma la Préfecture cC Afrique, et Carthage reçut le nom de ColomaJustiniana Carthago. Solomon, qui succéda à Bélisaire comme gouverneur, prit à tâche de rendre à cette capitale le lustre dont elle avait joui jadis. Deux nouvelles basiliques furent construites : l'une, consacrée à la Vierge, fut bâtie à côté du palais du gouverneur; l'autre fut dédiée à saint Prime. On vit aussi s'élever, sur le bord de la mer, un monastère fortifié qui protégeait le Mandracium*; il y eut enfin le Biaconium ou grand Séminaire, et le couvent de Biqua, bâti à côté de la basilique de Celerina». Il n'y avait alors qu'un seul point noir à l'horizon de l'Afrique
1. Procope, De bello VandaL, I, 21; De Aedific.^yi,^; cf. Beulé, Fouilles à Carthage, p. 15. , ,
2. Procope, De bello VandaL,ll, 4; cf. Ch. Tissot, Géogr. comp.de ta province d'Afrique, 1. 1, pp. 36-39. Sur l'emplacement présumé du mont Pappua, voyez la noie de M. Gsell, dans la Revue africaine, 1894, p. Ibl.